PROPORTIONS DE L 'ANIMAL PRISEF
Longueur depuis le bout du nez jusqu'à
l 'extrémité de la queue
Longueur depuis le bout du nez jusqu'à
la naissance de la queue
Longueur du bout du nez jusqu'à l'occiput. Circonférence de la tête prise au-dessus des
yeux
Contour de la bouche
Distance du museau à l'angle antérieur de
l'œil
Distance entre l'angle postérieur et l'oreille. Longueur ou fente de l'œil d'un angle à
l 'autre
Circonférence de la tête prise entre les
oreilles et les yeux
Longueur des oreilles
Distance entre les deux oreilles
Circonférence du corps
Longueur du tronçon de la queue
Longueur de l 'avant-bras
Longueur du poignet jusqu'au bout des
ongles
Longueur de la jambe depuis le genouil
jusqu 'au talon
Longueur depuis le talon jusqu'au bout
des ongles
Longueur du pied de derrière
Longueur du pied de devant
Longueur du plus grand onglon
Longueur des dents canines ou défenses . .
Avant lo dessèchement
Aprèn lo dessèchement
On se croyait à tout jamais débarrassé de la Bête, et pendant plusieurs mois, en effet, on n'entendit pas parler d'elle.
Mais, en janvier 1766, des traces sanglantes sont relevées dans la neige qui couvre le sol ; de nouveaux cadavres, portant tous des mutilations spéciales, attestent son existence.
Ce sont des petites filles auxquelles le monstre a enlevé le cœur, arraché les seins et coupé la tête; d'autres sont complètement vides de sang, comme si un vam.pire les avait sucées. Il en est à qui toute la peau du visage a été enlevée.
A noter la déclaration de ce paysan, qui assure l'avoir entendue « rire et parler ». Il lui arrivait, dit-il, de se dresser sur son séant et de « faire de petites singeries », se livrant à des éclats de joie, « comme une personne ».
Cette apparence humaine de l'étrange animal a amené le professeur Puech à émettre une hypothèse qui ne manque ni de vraisemblance, ni d'ingéniosité.
« Que cet animal de légende, écrit-il dans son très intéressant travail (1), qui fut communiqué à l'Aca-
1. Qu'était la Bête du Gévaudan? par le D'" Puech^ Montpellier, imprimerie générale du Midi, 1911.
demie des Sciences et des Lettres de Montpellier, que cet animal ait été vu, il y a cent cinquante ans, par les habitants de la Haute-Lozère, cela n'est point pour surprendre le psychologue et le médecin. Ils n'ignorent pas ce que peuvent les imaginations surexcitées, ils savent le rôle de la suggestion et connaissent bien cette espèce de délire qui peut s'emparer des collectivités, que l'on décrit sous le nom de folie des foules. »
L'histoire en fournit, en effet, de nombreux exemples; il n'en est pas de plus significatif que le phénomène désigné sous le vocable de Grande Peur, et qui, en 1789, frappa en maints endroits la foule de panique. C'est d'un pareil vertige, au dire du docteur Puech, qu'auraient été atteints les habitants de l'Auvergne et du Gévaudan en 1764.
Une bergère raconte, certain jour, qu'elle a vu le loup — ne souriez pas, c'est tout ce qu'il y a de plus sérieux; — mais c'est un loup de taille inusitée, dont elle fait une description qui ne cadre avec aucune de celles qu'on tient des naturalistes. Làdessus, les imaginations prennent feu; «on se raconte ces morts qui se multiplient tous les jours; on en commente les circonstances étranges, on cherche des explications... Et voilà l'idée qui pénètre
dans le cerveau simpliste et crédule de l'habitant du Gévaudan et qu'aucun raisonnement n'en pourra déloger. La peur fera le reste. »
On verra et on reconnaîtra la bête « dans l'ombre démesurément agrandie d'un inolTcnsif quadrupède... dans la figure du vagabond ou du voisin, avançant la tête dans l'encadrement de la fenêtre, pour jeter un indiscret coup d'œil, pour envoyer un bonsoir amical au retour des champs, pour faire la grosse voix et joindre ses gronderies à celles de la mère irritée contre ses enfants. »
Peu à peu, le monstre prend forme et l'animal fantôme finit par se transformer en une bête réelle.
Mais, peut-on objecter, il y a des faits indéniables, des enfants mutilés, des cadavres semés le long des chemins, des mentions sur les registres de la paroisse : « J'ai enterré dans le cimetière du village les restes de,., dévoré par la bête qui parcourt le pays » ; ou cette autre : « Acte de sépulture du corps de..., mangé en partie par la bête féroce. » A cela, notre confrère répond qu'en moins de deux ans, cent cinquante-deux loups ont été tués, au cours des battues organisées pour exterminer le Minotaure, et que les méfaits attribués à celui-ci lui ont été à tort imputés, que les cent cinquante-deux
loups ont bien pu se rendre coupables de la plupart d'entre eux.
A la Bête légendaire n'a-t-on pu encore attribuer certains actes qui étaient le fait de mauvais plaisants? Il en surgit toujours en pareilles circonstances, et ils ne sont jamais à court d'expédients.
En même temps que des mystificateurs se livrant à de grossières farces, il y eut des simulateurs. Oii avait promis une prime de 9.400 livres à qui abattrait l'animal; mais, en outre, des indemnités étaient accordées à ses victimes. Pour avoir droit à ces gratifications, des paysans n'hésitèrent pas à simuler des blessures qu'ils n'avaient pas reçues. On en démasqua quelques-uns; mais combien d'autres se livrèrent impunément à ces supercheries !
Restent les cadavres atrocement mutilés et qu'un loup ordinaire n'aurait pas arrangés de telle manière. Ces fantaisies sanguinaires, l'auteur de l'opuscule que nous parcourons n'hésite pas à les attribuer à un être humain, à un fou sadique, comme les annales du crime en mentionnent, et dont Jack l'Eventreur et Vacher, de sinistre mémoire, sont, avec le Vampire de Dusseldorf, des exemples encore près de nous.
Ce possible maniaque du meurtre aurait été de la
catégorie de ces vampires « qui augmentent leur plaisir en suçant le sang des plaies qu'ils ont faites, ou en dévorant les chairs de leurs victimes. »
Certes, cela est très soutenable; mais où sont les preuves médico-légales d'une pareille assertion? Le professeur Puech convient qu'elles font défaut, aucune autopsie sérieuse de victime n'ayant été pratiquée. Toutefois, il relève un fait assez insolite, en complet désaccord avec les habitudes des animaux carnassiers, c'est que la Bête du Gévaudan s'attaquait de préférence à des femmes ou à des enfants, qui sont précisément les victimes habituelles des criminels sadiques.
D'autre part, on trouve les restes de celles-ci enfouis, au moins pour quelques-unes, à une certaine distance. Or, « le souci de cacher les traces de ses forfaits n'appartient qu'à un être humain. »
Cette hypothèse acceptée, bien des particularités, de prime abord déconcertantes, trouvent leur explication. On comprend, dès lors,' pourquoi les nombreux appâts empoisonnés, semés un peu partout, ont été dédaignés par la Bête; pourquoi la Bête ne s'est jamais approchée des parcs aux brebis, ainsi que l'a remarqué un curé de l'endroit où elle sévissait; pourquoi, enfin, on a signalé au même moment
des accidents semblables en Auvergne et en Picardie : ce qui laisserait supposer que le sadique sanguinaire avait trouvé des imitateurs.
L'argumentation est, sans contredit, liée en un faisceau solide, mais elle n'entraîne pas complètement notre conviction.
Il ne nous est pas démontré, par exemple, pourquoi, lorsque le sieur Jean Chastel tire, « avec son fusil chargé de deux balles bénites », sur la fameuse Bête, la vraie, au dire des paysans du voisinage, accourus pour la voir, et celle-ci ne bougeant pas, et pour cause, puisqu'elle était morte, pourquoi, disons-nous, à dater de ce moment les meurtres cessent, et pourquoi on n'entend plus désormais parler de l'animal qui, auparavant, exerçait ses ravages dans la contrée?
Simple coïncidence? Peut-être! En tout cas, s'il reste un point d'interrogation quant à la nature de l'animal, il nous est donné une certitude : le bienfondé et la réalité des faits enregistrés qui, eux, ne sont pas de la légende.