‹ Dans les coulisses de l'histoire (volume 2)Chapitre 46 sur 60 · Cf. Gazette médicale de Paris, 8 janvier · texte numérisé non relu

Cf. Gazette médicale de Paris, 8 janvier

2. Annales des maladies de l'oreille, du larynx, du nez et du pharynx, N° 1, janvier 1923.

... Que toute maladie infectieuse peut déterminer cette lésion et laisser une pareille séquelle; et surtout qu'il peut très bien y avoir eu une faute commise dans la prise du moulage en plâtre. Il paraît assez singulier, en effet, que les trois médecins, Weisbach, Foldt et Meynert, qui, lors du transfert des os d'un cimetière dans l'autre, ont pris, le 21 juin 1888, la mesure exacte du crâne de Beethoven, n'aient pas mentionné cette anomalie osseuse.

Et le docteur Canuyt de conclure à une « otite scléreuse trophique et hyperémique » qui, vers trente-cinq ans, rend délinitivement sourds les malheureux qui en sont atteints.

A retenir cette assertion d'un spécialiste dont l'autorité est incontestée : l'ouïe n'est nullement indispensable au compositeur. La surdité de Beethoven, en la concentrant en lui-même, favorisat-elle l'épanouissement de son génie; a-t-elle, au contraire, exercé sur celui-ci une action défavorable? Il semble acquis que le maître a produit ses plus belles œuvres à la suite de la perte de l'ouïe : les cinq dernières sonates, les six derniers quatuors, la messe en ré et la neuvième symphonie sont de cette période. Le Beethoven intérieur, le Beethoven de la dernière manière, est né dans la souffrance; celle-ci

nous a valu ses chefs-d'œuvre, nous lui sommes redevables peut-être de l'entière expression de son génie.

Il ne nous reste qu'à donner, en un raccourci concret, l'observation clinique de notre personnage.

Nous avons dit que la première maladie importante dont fut atteint Beethoven, la petite vérole, outre qu'elle avait gravé son visage de ses cicatrices, alors ineffaçables, avait déterminé un affaiblissement de la vision dont le compositeur eut toujours à souffrir.

Dès l'âge de dix-sept ans, il eut des crises qu'on a présumé être de nature asthmatique; plus une sensibilité intestinale, qui se traduisit par de fréquentes diarrhées. Souvent il se plaint de l'état de ses entrailles, de ses « terribles coliques ». Il parle aussi, fréquemment, de ses maux de tête, de migraines tenaces pendant plusieurs années.

Un panaris menaça de lui faire perdre un doigt. Ce qu'il appelle un catarrhe inflammatoire violent peut bien avoir été une bronchite aiguë. Il craint de devenir poitrinaire comme sa mère. Un ictère (jau-

nisse) vient se joindre aux maux qui l'accablent, et à toutes ces tristesses s'ajoute un affaiblissement de la vue.

Il paraît certain que Beethoven était myope; un oculiste de Breslau (1) a donné des renseignements curieux sur la myopie du maestro. Le docteur Gérard de Breuning, qui le vit souvent dans ses dernières années, a raconté que le maître portait en public, suspendu à un cordon passé autour du cou, un monocle, dont il se servait constamment pour voir à distance.

Après sa mort, on trouva chez lui deux paires de lunettes, qui firent supposer qu'il s'en servait pour écrire. Les caractères fins de ses manuscrits musicaux prouvent, d'ailleurs, sa myopie. Le poète viennois Gillparzer, qui rencontra Beethoven pour la première fois en 1805, le représente ainsi : « Il était, à cette époque, maigre et brun; il était vêtu assez élégamment et portait des lunettes. » Il cessa d'en porter dans les dix dernières années de sa vie; ce qui s'explique par le fait que, vers la cinquantaine, les myopes ont de la tendance à devenir presbytes.

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