‹ Dans les coulisses de l'histoire (volume 2)Chapitre 53 sur 60 · Il est question du « célèbre Lerebours » dans la thèse · texte numérisé non relu

Il est question du « célèbre Lerebours » dans la thèse

qui guérissait les cataractes sans opération, au moyen de certaines frictions; elle se soumit tout l'hiver à ce traitement, dont le résultat définitif fut absolument nul. Mais l'emploi de la belladone, qui certainement entrait pour une notable part dans ce remède, en dilatant la pupille, rendit souvent, pour quelques heures, la vue à Mme Récamier et lui donna encore quelques jouissances visuelles.

C'est à cette date que doit vraisemblablement se placer la lettre suivante, adressée par Ballanche (1), devenu un des familiers de l'Abbaye-aux-Bois, à une destinataire dont le nom est resté inconnu :

Depuis cinq à six jours, Mme Récamier est souffrante au point de ne pouvoir pas quitter le lit. Elle ne reçoit que ce soir votre lettre, il est trop tard pour vous envoyer la réponse, et elle est hors d'état de répondre elle-même. Elle veut bien me charger, Madame, de l'honneur de vous écrire. Je m'empresse de m'acquitter de cette commission.

Vous comprenez, Madame, que Mme Récamier ne peut plus espérer de se trouver mercredi dans une situation

de M. Herriot; nous n'avons aucun renseignement sur ce confrère.

1. Ballanche, nous l'avons dit ailleurs [Les Enigmes de l'Histoire, pp. 311 à 313), servait constamment de secrétaire bénévole à celle qu'il appelait dévotieusement « Notre-Dame de l'Abbaye ».

supportable, pour la fête musicale dont vous avez eu l'extrême bonté de vous occuper. Elle est désolée d'un tel contre-temps qui la prive du plaisir qu'elle comptait vous devoir, et qui vous oblige, Madame, de rompre des arrangemens que vous aviez formés avec un soin si aimable.

Recevez, Madame, l'expression de ses plus vifs regrets. Sa première sortie sera pour aller vous remercier de tout ce que vous aviez eu la bonté de faire et pour vous prier de vouloir bien tenir en réserve, pour un autre moment, les charmans préparatifs auxquels elle est si cruellement forcée de renoncer. Elle vous prie, Madame, de recevoir, en même temps que l'expression de ses regrets, celle de tous ses sentimens et de toute sa reconnaissance.

Permettez-moi, Madame, de vous prier d'agréer l'expression personnelle de mon respectueux dévouement.

Ballanche.

La vue de Mme Récamier ne s'améliorant pas, ropération de la cataracte fut décidée. L'automne fut la saison fixée pour cette opération, qui devait se faire à Passy.

Tout était arrêté, quand on apprit que Chateaubriand venait d'être victime d'un grave accident : ses chevaux s'étaient emballés et en voulant descendre de voiture, avant que celie-ci fût arrêtée, il s'était fracturé la clavicule. Mme Récamier résolut d'ajourner l'opération, afin de pouvoir donner ses

soins à son vieil ami. « Cet accident, écrit Mme Lenormant (1), marqua un nouveau degré de décadence physique pour M. de Chateaubriand; à partir de ce moment, il ne marcha plus. Lorsqu'il venait à l'Abbaye-aux-Bois, son valet de chambre et celui de Mme Récamier le portaient de sa voiture jusqu'au seuil du salon; on le plaçait alors sur un fauteuil que l'on roulait jusqu'à l'angle de la cheminée (2). Ceci se passait en présence de la seule Mme Récamier, et les visites qu'on admettait après le thé trouvaient M. de Chateaubriand tout établi; mais, pour le départ, il fallait qu'il s'opérât devant les étrangers présents, et c'était toujours un moment cruel; l'imagination de M. de Chateaubriand souffrait à laisser voir ses infirmités. Par respect, on semblait ne pas s'apercevoir du moment où on l'emportait du salon. »

Cependant, l'opération projetée eut lieu; elle fut

1. Souvenirs et Correspondance de Mme Récamier, t. II, p. 553.

2. A. de Vigny, qui lui avait rendu visite lors de son élection, en 1842, avait été frappé « de son attitude infirme; il était juché sur un fauteuil de travail de hauteur ordinaire, d'où ses pieds ne touchaient pas la terre et pendaient à quatre pouces de distance... » En parlant, il pressait de la main gauche son bras droit paralysé et se tordait douloureusement sur son fauteuil (Herriot, Thèse citée, t. II, p. 350).

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