Magasin pittoresque
et cette circonstance n'a pas peu contribué à faire rechercher des amateurs et des curieux le précieux livre (1).
L'imprimerie fut un des divertissements préférés de Louis XV adolescent. On avait mis auprès de lui un imprimeur de Paris, Jacques Gollombat (2), qui fut appelé à diriger « l'imprimerie du Cabinet du Roy». Gollombat imprima, pour son auguste élève, un petit manuel typographique de quatre pages in-4°. En l'année 1718, il ne sortit pas moins de vingt-cinq productions de l'imprimerie du Cabinet du Roy. A l'exception du Cours des principaux fleuves et rivières de VEurope, le seul titre qui paraît avoir surnagé, c'étaient, pour la plupart, des feuilles volantes, ou des placards de différents formats, se rapportant à l'éducation du roi (3).
A l'instar de son époux, Marie Leczinska avait fait
1. Louis XV, Cours des principaux fleuves et rivières de VEurope, composé et imprimé par Louis XV. Paris, Irapr. du cabinet de S. M., dirigée par J. Gollombat, 1718, in-8°. Ce rare volume a été imprimé par les soins du roi Louis XV, et tiré à très petit nomlDre.
2. V. sur le iDersonnage, le Bidletin de la Société de VHistoire de Paris et de Vile de France, 1891.
3. Sur les livres imprimés par le roi, on trouvera des détails circonstanciés dans Paul Lacroix, Dix-huitième siècle, Sciences et Lettres, 277-280.
28 DANS LES COULISSES DE L'hISTOIKE
établir, dans ses petits appartements, une imprimerie, dont elle fit fréquemment usage, pour distribuer autour d'elle des prières, des sentences et des maximes de morale. Le Dauphin, son fils, l'ayant un jour surprise occupée à ce travail, se récria sur le scandale qu'elle donnait par son imprimerie clandestine. La reine lui fit présent d'une collection d'ouvrages sortis de sa presse (1), et lui demanda s'il ne serait pas curieux d'apprendre le métier à son école. « Pas du tout, repartit le prince, à moins que ce ne soit pour imprimer un règlement bien sévère contre l'abus que l'on fait aujourd'hui de l'imprimerie (2). »
Contrairement à son mari, la dauphine Marie- Josèphe de Saxe avait le goût des livres, et elle en imprima quelques-uns sous la direction d'un ancien imprimeur du roi, devenu l'huissier de son cabinet; un de ces livres, de format in-16, portant pour titre : Elévation du cœur à N. S. Jésus-Christ, avec la date de 1758, est, dit-on, imprimé tout entier de sa main.
A l'imitation de son illustre aïeul Louis XIV,
1. Marie Leczinska peignait également à ses moments perdus (Cf. Intermédiaire, 1880, pp. 36, 94, 144).
2, Quentin-Bauciiart^ Les femmes hihliophiles de France, TT, 42.
LOUIS DAUPHIN, FIL. S i^L L(»l IS XV
(Vniyrès le tableau de Tocqvé
LOISIRS DE PRINCES '. DU TRONE A l'aTELïER 31
Louis XV s'adonna à l'horticulture (1), mais ce fut chez lui moins par nécessité que par goût. Le cardinal de Fleury lui avait montré à planter des laitues; dès ce moment, il voulut créer des jardins de différents côtés (2). Il ne se contenta pas de perfectionner le système des serres et des châssis dans tous ses châteaux, il donna une impulsion notable à toutes les cultures de graines, de légumes, d'arbres nouveaux, pour lescjnels furent alors créées tant de pépinières royales.
Du travail du tour, de l'élevage des poulets et des pigeons et du jardinage, Louis XV passait à l'aiguille de tapisserie.
Nous n'avons pas lieu de nous étonner de voir Mme de Maintenon travailler au métier, tout en dictant ses lettres, ou en conversant avec le roi; Marie Leczinska et ses filles n'eurent pas de passion plus chère que cette sorte d'ouvrages, cjui conviennent si bien à des femmes; mais lorsqu'on voit cette passion gagner le sexe fort, devenir une mode, un
1. Comme Louis XIV également, son arrière-petit-fils cultiva le billard, au moins lorsqu'il était enfant; cette distraction put seule le consoler, paraît-il, du départ de sa gouvernante, Mme de Ventadour, si nous en croj^ons le Mercure, de 1717.
2. Sur Louis XV jardinier, cf, le Vieux-Neuf, d'Ed. Four- NIER, t. II, 343.
engouement, après que le roi lui-même a été atteint de la contagion, on a lieu d'en être plus surpris.
En 1747, d'Argenson écrit (1) que le roi s'est mis subitement à faire de la tapisserie : « Cette détermination a été prise tellement à l'improviste, que c'a été un chef-d'œuvre de courtisan de l'avoir satisfaite avec cette promptitude ». Le mémorialiste fait allusion à M. de Gesvres, qui avait dépêché un courrier de Versailles à Paris, pour y chercher tout ce qu'il fallait, métier, laine, aiguilles : il avait effectué en deux heures un quart le trajet d'aller et de retour!
C'est à Marly que Louis XV avait été pris de cette fantaisie; au voyage suivant, qu'on fit à la Muette, il y avait déjà sept ou huit seigneurs qui avaient acquis des métiers pour leur compte. Les gens du Bel air ne tardèrent pas à imiter le roi et les personnages de la Cour; comme il se passe d'ordinaire, la province copia Paris. De nobles dames demeurèrent fidèles, jusqu'à la fin de l'ancien régime, aux traditions que leur avaient léguées leurs aïeules.
A Trianon, Marie-Antoinette (2) entrait dans son