LES ORDONNANCES D UN ABBÉ MÉD1CASTRE
Invidia medicorum... pessima. Si l’on s’en tenait à l’opinion de J’acerbe Gui Patin sur ses- contemporains, bien peu d’entre eux trouveraient grâce devant nous. Mais comme on sait la manière dont l’âpre satirique accommode ceux qui ne partagent pas ses vues sur l’antimoine ou le quinquina, on fait la part de sa bile et on passe outre. Non, toutefois, sans mesurer la justice ou la justesse de ses griefs.
Notre chroniqueur excelle, convenons-en, à camper ses personnages. Admirez ce croquis tracé à l’eau forte :
« Le docteur Bourdelot — celui dont nous nous proposons de vous entretenir — ment presque autant qu’il parle et quand il faut, il trompe ses malades aussi. Il s’est ici vanté en de bonnes maisons qu’il étoit l’inventeur de la circulation du sang, et que ses compagnons faisoient tout ce qu’ils pouvoient
DANS LES COULISSES DE l’hiSTOIRE
pour lui en ôter le nom. Il est courtisan à yeux enfoncés, grand valet d’apothicaire et de toute la forfanterie arabesques, menteur effroyable, joueur et pipeur.
« Il a été garçon apothicaire, in tonstrina pctterna educatus ; il a été plusieurs ans en Italie (1). »
Interrompons la citation pour ouvrir une parenthèse.
Pierre Michon, plus connu sous le nom de Bourdelot, était fils d’un chirurgien — chirurgien-barbier serait peut-être une appellation plus exacte — et il descendait, par sa mère, du grand réformateur Théodore de Bèze. Il vint étudier la médecine à Paris, auprès de ses oncles maternels, dont l’un Jean Bourdelot, était maître des requêtes de Marie de Médicis ; et l’autre, Edme, médecin ordinaire de Louis XIII. Le jeune docteur dédiera son premier travail au « héros très courageux, au seigneur très illustre » François, comte de Noailles, qui le choisit pour être son médecin. Le philosophe Gassendi, alors à Digne, recommandait en ces termes Bourdelot
à son ami Peiresc : « . C’est un jeune homme —
il avait alors 23 ans — que vous trouveres bien honneste et bien sage et qui a très bon esprit. Il estudioit encore en médecine quand je party de Paris, et il n’avait même point de barbe, mais oultre son érudition et son jugement, il a un advantage pardes-
(1) Lettres de Gui Patin , éd. Réveillé-Parise, t. I.