MADEMOISELLE CONTAT
LE CARDINAL COLLIER A LA BASTILLE
Luise confesse en vrai bêta (1)
Alléluia !
Notre Saint-Père l’a rougi ;
Le Roi, la Reine l’ont noirci ;
Le Parlement (2) le blanchira,
Alléluia !
A la cour il est impuissant ;
A la ville, IL est indécent ;
A Saverne (3), il végétera,
Alléluia !
M. P. de Nolhac, que Fouquier-Tinville prendra ses argumenls et armera sa justice.
(1) Il semble que le cardinal de Rohan ait été surtout a un naïf, au moins un homme d’une intelligence médiocre et d’une crédulité qui dépasse la commune mesure » (Journal des Débats, 24 avril 1919). Mais n’est-ce déjà trop, pour la mémoire de Marie-Antoinette, qu’un prince de l’Église, un haut personnage « surchargé d’honneurs et de dignités », ait pu ajouter foi, un seul instant, à toutes les infamies que les libelles colportaient sur la conduite de la reine, et ne les ait pas considérés comme des médisances ? Marie-Antoinette, par ses imprudences et ses légèretés, n’avait-elle pas donné, la première, prise à la calomnie? Les circonstances atténuantes en faveur du cardinal pourraient être aisément invoquées, et le dernier mot n’a pas été dit sur cette fameuse Affaire.
(2) On sait que le roi avait donné au cardinal le choix entre sa justice souveraine et celle du Parlement; le cardinal préféra cette juridiction à la clémence, qu’il jugeait sans doute très problématique, du monarque offensé, plus comme mari que comme souverain.
(3) Ce n’est pas à Saverne que Rohan allait « végéter », mais à la Chaise-Dieu, en Auvergne, comme nous l’indiquons ci-après. Il ne put rentrer à Saverne qu’à la fin de 1788, mais « il y rentra comme un roi : des troupes civiques firent la haie, on
* le harangua, on pavoisa, on illumina et l’on but. L’Alsace parut ivre de joie ». (Munier-Jolain, 185.)
Le cardinal de Rohan, reconnu innocent, quitta la Bastille le 1er juin entre 9 et 10 heures du soir. La foule l’acclama, les habitants voulaient illuminer, la police s’y opposa.
Sans tenir compte du verdict d’acquittement, le Roi exila le cardinal, à la Chaise-Dieu, en Auvergne. Ilne devait pas y séjourner longtemps ; il demanda et il obtint la faveur de s’établir à Marmoutiers, près de Tours. En 1787, on le retrouve à Saint-Waast d’Arras, à l’abbaye dont il était l’abbé commendataire.
En 1789, le cardinal était député par le clergé aux États-généraux ; en août 1790, il avait donné sa démission de membre de l’Assemblée nationale. Pour avoir protesté contre la Constitution civile, il fut exilé, il franchissait les frontières et se retirait sur la rive droite du Rhin, à Estenheim. C’est là que dans la nuit du 17 février 1803 s’éteignait celui que l’histoire a marqué d’une empreinte ineffaçable, en le désignant sous le nom de Cardinal-Collier .
Il fut inhumé dans l’église de la petite ville où il termina ses jours ; et ce n’est qu’en 1888, au cours de fouilles que fut retrouvée sa sépulture. « Quelques ossements, mêlés à des débris d’un cercueil de sapin, des gants violets, un crâne, c’est tout ce qui demeurait (1). »
Vanitas vanitalum , dit l’Ecclésiaste...
(1) Maurice Vitrac et Arn. Galopin, introduction à leur ouvrage sur le Duc d'Enghien; recherches historiques sur son procès et sa condamnation .
ÜN médecin, géôlier de la famille royale