TALMA
(d’après une peinture originale de J. -P. Davis).
dre à la fleur d’orange est comptée 30 sols ; un pot de pommade, 6 livres.
Le prix des corsets varie, selon les fournisseurs, de 84 livres à 148 livres, alors que « les gens du métier assurent qu’un corset ne peut valoir plus de 60 à 72 livres ». Par contre, les cordonniers se montrent plus -raisonnables : ils ne font payer leurs souliers que 11 livres la paire pour le roi, et 9 livres les souliers de dames.
Les prix de blanchissage ne sont pas, non plus, exagérés. « Ils sont à peu près égaux à ceux que l’on fait payer aux citoyens aisés ».
On a vu ce que coûtaient la nourriture et l’entre tien de la famille royale au Temple ; il reste à faire connaître les appointements des personnes « employées journellement par la Commune, pour la garde, la subsistance et le service de la famille cy-devant royale. »
Il apparaît, à première vue, qu’il y avait beaucoup d’emplois inutiles.
Le personnel de la prison comprenait : les deux concierges de la tour, dont le traitement avait été fixé à 6.000 livres chacun.
Le valet de chambre Cléry, occupé à servir le roi et le dauphin, était proposé pour 6.000 livres. Certains avaient même demandé pour lui 8.000 et même 10.000 livres, en raison de son zèle, son désintéressement et sa probité.
Au citoyen Tison et à son épouse, dont l’exactitude
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et la Fidélité sont connues de tous, et qui font « un service très assujettissant auprès de personnes Fort exigeantes pour leur sexe et leurs habitudes », Verdier est d’avis qu’on ne peut leur donner moins de 7.000 livres.
Les citoyens Mattay et Fontaine, présentés par les citoyens Pétion, Manuel et Santerre, pour exercer au Temple les fonctions de surveillants, et auxquels on a plus tard adjoint le citoyen Richard Fontaine, les commissaires de la Commission des comptes estiment qu’on doit leur accorder pas moins de 3.000 livres d’appointements annuels.
Il y a, en outre, un frotteur et gardien des meubles, « pour avoir la garde et prendre soin des appartements du Temple, à qui on avait assigné provisoirement un traitement de 900 livres, et qui recevra désormais 1.200 livres.
Au service du Temple sont encore attachés : un balayeur, un ci-devant allumeur de réverbères, actuellement employé au nettoiement des cours, des escaliers, etc.
Un autre est chargé de « scier les vieux bois de charpente, les marronniers nouvellement abattus et autres bois de chauffage, et de les porter et distribuer dans les salles de la tour et dans les cuisines, dans l’office et le corps de garde, et autres lieux ». Ce même domestique doit entretenir le grand nombre de feux qu’exige le chauffage des diverses pièces occupées par les détenus. On ne saurait donner à
cet humble serviteur moins de 50 sols par jour.
Il y aurait encore à citer la femme de charge qui a soin du linge dans la prison et qui réclame un traitement de 800 livres"; les treize officiers de la bouche et du gobelet. Le chef de cuisine, le chef de l’office, le rôtisseur, le garde d’argenterie ont des places qui valent 2.200 livres de fixe, avec de grands bénéfices casuels. On accorde aux garçons servants 1.000 livres par an ; mais le tourne-broches doit se contenter de 40 sols par jour.
Verdier a conté les difficultés qu’il eut à surmonter pour faire payer les dépenses de bouche et d’entretien des captifs du Temple. Quand Manuel vint pour se rendre compte de la légitimité de ces dépenses, Verdier lui soumit les comptes. Le Procureur de la Commune en trouva le montant fort exagéré ; il proposa de renvoyer tous les cuisiniers et de mettre à leur place une cuisinière qui mettrait le pot-au-feu et ferait à la famille royale une cuisine bourgeoise ; il donnait pour raison que, quand on était enfermé et qu’on ne faisait pas d’exercice, il fallait manger moins, et il se donnait pour exemple, en disant que pendant son séjour à la Bastille il mangeait très peu.
Verdier lui fit observer que ce changement de régime pourrait rendre le roi et sa famille malades et qu’on ne manquerait pas de dire, dans le public, qu’on les avait empoisonnés. Cet argument convainquit le magistrat de la Commune, qui n’insista plus
pour les modifications qu’il avait lui-même réclamées comme indispensables.
Un dernier détail est consigné par Verdier dans son précieux manuscrit : « Si les prisonniers faisaient bonne chère, les municipaux et les officiers de la garde, qui prenaient leur repas au Temple, étaient très mal nourris. Ils étaient servis par un traiteur à qui l’on était convenu de donner 4 livres, par jour et par personne, pour le déjeuner, dîner et souper. Un limonadier, en outre, était chargé! de fournir une demi-tasse de café avec un petit verre d’eau-de-vie. Cependant, les repas étaient mesquins et les vins exécrables. »
x\u résumé, le médecin Verdier fait figure de brave homme ; il semble avoir exigé tous les adoucissements que les circonstances lui ont permis d’apporter à la captivité de la famille royale. Son récit est en concordance, sur bien des points, avec ceux que l’on possédait déjà ; il les complète ou les rectifie sur d’autres, il a toute apparence d’être véridique.
Les biographes de notre personnage n’ont fait qu’une brève allusion à son rôle pendant la Révolution ; on voit qu’il fut d’une certaine importance.
Au mois de décembre 1792, Verdier ne fut pas réélu aux élections municipales et dut résigner ses fonctions. En 1794, on l’envoya combattre une épidémie à Compiègne, puis à Senlis (1).
(1) Cf. Delaunay, op. cit., 241 et s.
On le retrouve installé à Paris en l’an VII, rue de Join-Antoine, comme médecin des indigents ; entre temps, il s’occupe de journalisme.
En Pan X, il tenait une maison de santé et d’éducation « au ci-devant hôtel d’Harcourt, à l’Estrapade, rue Neuve-Sainte-Geneviève, n° 16». Il y recevait surtout des difformes et des personnes débiles ou infirmes.
Sous le Consulat, il enseigne la médecine légale à l’Académie de législation, institution libre, située 2, quai Voltaire, et où Ton donnait des cours de droit romain et français, de législation naturelle et de législation criminelle, de jurisprudence pratique, d’éloquence, de logique et de morale. Cette Académie ayant été dissoute, Verdier entra dans la vie privée et occupa ses loisirs à traduire Horace! Cette traduction de Y Art poétique parut en 1804.
En 1807, il avait abandonné sa maison de la rue de FEstrapade, pour le n° 67 de la rue Saint-Jacques. Cette même année, il publiait un Tableau de V Asphyxiât î'ique, ou « art de ressusciter les trépassés » et de « ranimer les moribonds ». C’est là qu’il demande que les constats mortuaires soient confiés à des officiers de santé, et non à des personnes incompétentes. Les médecins de l’état civil ne devaient être créés que plus tard.
L’année suivante, il combattait les doctrines de Gall, alors, dans toute sa vogue, dans une brochure intitulée : « La crânomancie du docteur Gall ,
anéantie au moyen de V anatomie et de la physiologie de V âme. Il se proposait de « couper par le pied cet arbre empoisonné » et d’en « arracher les racines pour l’empêcher de reproduire de nouvelles branches aussi pestiférées ».
Notre personnage retomba, dès ce moment, dans l’obscurité jusqu’au jour de sa mort, qui survint à Paris le 6 juin 1820 ; il était âgé de 85 ans.
UNE REINE NYMPHOMANE