LE ROI DES « DAN DI ES » I LE (( BEAU )) BRUMMELL
pas des moins enclins à « humer le piot ». C’était le temps où Brummell ne s’était pas encore brouillé avec le prince, et entretenait aArec lui des relations presque cordiales. Ce fut, dit-on, Mme Fitzherbert, la maîtresse de George IV, que Brummell avait blessée par son ironie, qui avait poussé son royal ami à rompre avec le dandy. Celui-ci supporta l’offense avec une remarquable dignité ; mais, loin de reculer devant son puissant ennemi, il le poursuivit de traits acérés et souvent spirituels. « C’est moi qui l’ai fait, disaitil, je saurai bien le défaire! » Le roi George prêtait la cible aux plaisants, surtout par sa ventripotence ; il devint pour le favori disgracié un thème inépuisa-
sable de railleries.
Un jour il passait devant un monument public, au moment où la voiture du prince s’arrêtait à la porte. Les sentinelles présentèrent les armes. Brummell, avec le plus imperturbable sérieux, fit semblant de prendre le salut pour lui, et gravement ôta son chapeau, sans avoir l’air de s’apercevoir du personnage qui était dans la voiture, et à qui on rendait les honneurs. Le prince étouffait de colère, mais il fit tourner bride, sans se faire connaître afin d’éviter un éclat qui eût pu le couvrir de ridicule.
Une autre fois, Brummell et trois de ses amis qui avaient gagné au jeu une somme considérable, résolurent de donner un bal, qui resta fameux sous le nom de Bal des dandies. Le futur George IV, qui n’était alors que l’héritier présomptif, manifesta le désir
d’y assister. « Quand l’approche du prince fut annoncée, relate le narrateur auquel nous empruntons le fond du récit, les quatre dandies prirent chacun une bougie et allèrent le recevoir dans toutes les formes. L’un d’eux qui connaissait personnellement le prince, s’était posté le plus près de la porte ; le plus jeune se tenait vis-à-vis ; Brummell et un autre dandy se tenaient à côté.
Le prince fit son entrée, adressa très aimablement la parole aux trois personnages qui s’inclinaient devant lui ; puis, passant devant Brummell, il le regarda sans avoir l’air de le connaître. Alors, celui-ci se retourna vers un de ses compagnons de fête et s’écria tout haut : « Alvanley, qui est ce gros homme de vos amis ? » Le prince fut piqué au vif, mais s’efforça de n’en rien laisser paraître.
L’impertinence de Brummell était légendaire, non moins que sa fatuité. Quel que fût son interlocuteur, il le toisait du haut de son mépris. Un jour, que se promenait dans Saint- James le duc de Bedford vêtu d’un pardessus de coupe nouvelle, survint Brummell. « Donnez-moi, dit Sa Grâce au roi des dandies, donnez-moi franchement votre opinion ; que pensez-vous démon vêtement? » Alors Brummell sans prononcer un mot, fit virevolter le duc à gauche, à droite, de profil, de trois-quarts, encore de profil, puis prenant entre le pouce et l’index le collet de son vêtement il laissa tomber ces paroles dédaigneuses : « Voyons, Bedford, vous appelez cela un pardessus ? »