DE BRUNSWICK
Remontons, si vous le voulez bien, en arrière d’un peu plus d’un siècle. Nous sommes en 1823, et si vous nous acceptez pour guide, nous vous conduirons au palais ducal de Brunswick.
Gravissons ensemble les degrés de ces « escaliers babyloniens », poussons ces « portes de bronze, de malachite et d’ivoire » ; parcourons ces vastes galeries, « où le passé revit dans toutes ses splendeurs, et au milieu de ces étincelantes armures... de ces blasons qui représentent dix royaumes, de ces bannières qui rappellent cent victoires ». Nous voici en présence d’un jeune prince, âgé de dix-neuf ans, héritier de toutes ces gloires, de toutes ces richesses, et qu’un peuple entier vient d’acclamer sous le nom de Charles II, « Duc souverain de Brunswick et de Lunebourg, prince de Wolfenbuttel et de Blankenbourg ».
DANS LES COULISSES DE l’hISTOIRE
Tournons le feuillet et reportons-nous cinquante ans plus tard. Le jeune souverain, que nous avons vu monter radieux sur le trône de ses pères ; ce chef d’une maison royale baptisée avec l’aiguière du sacre des rois de Jérusalem, et qui a été tenu sur les fonts par l’empereur Alexandre Ier de Russie, le roi Gustave- Adolphe de Suède, les rois Georges III et George IV de Brunswick ; qui a eu pour marraines une impératrice et quatre reines ; qui est le neveu des trois derniers rois d’Angleterre ; le cousin germain de la reine Victoria, l’oncle d’Alexandre II de Russie, le parent de tous les principicules d’Allemagne, n’est plus, à cette heure (1873) qu’un personnage obscur, qui vient de s’éteindre à Genève, dans un hôtel garni entouré seulement de mercenaires et d’étrangers, aucune main amie ne s’étant offerte pour lui fermer les yeux. Derrière son cercueil, on ne verra qu’un Anglais, son grand trésorier ; un Polonais, son aide de camp; un Français, son chambellan, et plusieurs milliers de citoyens de cette ville de Genève où les hasards d’une vie agitée l’ont fait mourir, et qu’il a instituée légataire de sa fabuleuse fortune. Ainsi finit le chef de cette maison des Guelfes, qui longtemps remplit l’Europe du bruit de ses exploits guerriers, d’une dynastie qui, avec la maison de France, à occupé dans l’histoire un des premiers rangs ; d’une lignée dix fois séculaire, et dont on ne se rappelle plus guère aujourd’hui que deux représentants : le Brunswick qui a