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ESSAY )) A LA COUR DE FRANCE

de pain, que mangeait ensuite le chef du Goblet.

La table du prêts était servie à côté du lit où gisait le roi défunt, et le couvert mis, « comme si ledit feu Seigneur eust été vivant ». Nous avons reproduit naguère une gravure montrant qu’il fut ainsi procédé lors du trépas d’Henri III. Pareil cérémonial avait été observé pour François, duc d’Anjou, en 1584.

L’eau et le vin étaient présentés, à la table du grand Roi, dans deux carafes: Louis XI Y ne buvait, on lésait, que de l’eau rougie. On ne posait pas les carafes sur la table, on les présentait sur une soucoupe ou plateau.

Toutes les fois que le Roi veut boire, écrit l’historiographe des usages de la Cour (1), le grand chambellan égoutte le vin dans un essay de vermeil doré, y verse un peu de vin et d’eau des caraffes {sic), puis, ayant fait faire l’essay à l’officier du Goblet, il présente à Sa Majesté, une soucoupe d’or, le verre rincé que le Royprend et Sa Majesté y verse de l’eau et du vin des deux caraffes qui sont sur la même soucoupe.

Quand le Roi mangeait en public, on dressait la table de Sa Majesté dans l’antichambre qui, de la salle de bal ou de billard qu’elle était sous LouisXIII, devint salle à manger chez son successeur. Ce repas s’accompagnait d’une certaine solennité, même si le Roi dînait seul.

(1) État de France, par Besongne, t. I, 277.

DANS LES COULISSES DE LÙiISTOIRE

Quatorze gardes du corps formaient la haie, la carabine au poing, sept de chaque côté de la table; un autre garde était en faction auprès de la nef , pièce d’orfèvrerie où était serrée, entre des coussins de senteur, la serviette royale, et tous les personnages qui passaient devant cette nef, quelles que fussent leur dignité ou leur rang, devaient s’incliner, comme le prêtre passant devant le Saint-Sacrement.

Aux deux côtés du fauteuil du Roi, deux gardes de la manche, vêtus de leur hocqueton ruisselant d’or, se tenaient debout, immobiles, armés de leurs pertuisanes. Derrière le fauteuil apparaissait le capitaine des gardes ; puis, à distance, le cercle des plus hauts dignitaires de PÉtat, et, sur la gauche, l’aumônier prêt à découvrir la nef. lorsque le roi réclamerait sa serviette. Cette serviette lui était toujours présentée par un prince, et c’était un honneur envié que de donner la serviette au roi. Pendant tout le règne de Louis XV, et jusqu’à la fin de la monarchie, ce cérémonial sera continué (1).

C’est ainsi que le duc de Luynes (2) nous montre, à Versailles, sous Louis XV (3), le Roi, la Reine, M. le Dauphin et Mesdames à table, au grand couvert, dans Pantichambre, entre la salle des gardes et la salle du trône.

Il a été, à maintes reprises, question de la nef ; expliquons, en quelques lignes, ce qu’on entendait par ce terme.

(1) Havard, op. cil., art. Antichambre.

(2) Mémoires, t. VI, 143.

(3) En novembre 1744.

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Les nefs qui ont orné, pendant huit siècles, les tables royales, étaient destinées à renfermer les ustensiles indispensables au repas. « Et y met-on dedans, quand le Roy est à table — relevons-nous dans un inventaire du roi Charles V — sonessay, sa cuiller, son coutelet et sa fourchette. » Qui donc a prétendu que la fourchette est d’invention bienpostérieure ?

Indépendamment des objets ci-dessus énumérés, la nef contenait les assaisonnements et les épices, ainsi que les objets permettant de faire Y essai. Considéré comme un objet sacro-saint, ce meuble jouissait d’un prestige considérable. On a vu que son entrée dans la salle du festin était entourée d’une solennité particulière. Quand le meuble précieux apparaissait, chacun s’effaçait pour faire place à qui le portait. La nef était processionnellement posée à sa place sur le buffet ou sur la table du roi. Les gentilshommes servants ne la quittaient pas du regard; l’aumônier, seul, avait le droit d’en soulever le couvercle.

C’était un spectacle curieux de voir les courtisans et les dames de la cour ployer le genou devant la nef, tout comme le maître d’hôtel qui, lui, du moins, y était tenu par les devoirs de sa charge. Encore sous Louis XV, la nef, bien que reléguée dans la salle des gardes, lorsque le roi soupait au grand couvert, était gardée par deux ou trois gardes du corps sous les armes. « Toutes les dames, en passant

devant la nef pour aller au souper du roi, faisaient une profonde révérence (1) » ; mais cet usage cessa sur la fin du règne.

Le roi n’était pas le seul, à la cour, qui eût droit à la nef; la reine jouissait de la même prérogative, et ce fut par faveur singulière que Louis XI V en gratifia la Dauphine.

La nef figurait primitivement un navire; plus tard, elle changea de forme ; elle devint une grande et haute coupe ovale, fermée par un couvercle : aux repas officiels, on la plaçait à l’extrémité de la table du roi; les autres jours, elle restait sur la table de prêt (2).

Au grand couvert, « le roi et la reine avaient près d’eux leurs nefs ou cadenas, c’est-à-dire des cassettes de vermeil, contenant le sel, le poivre, les couverts et les couteaux (3) ».

Que désignait-on, au vrai, sous le nom de cadenas ? Le mot doit être pris, ici, dans une acception spéciale et le premier document où on le rencontre remonte au règne de Henri II. Sur le mandat de « paiement des ouvriers orfèvres, logeans et besognans en l' hôtel de Nesles », on a relevé qu’il a été remis « à Paul Romain et Ascaigne Desmarry, la somme de six-vingt et dix-neuf livres seize sols et six deniers tournois... pour argent blanc et or par eux

(1) Mémoires de Luynes , t. II.

(2) Etat de la France pour I7d9, t. I, 144.

(3) Coinle Félix d’Hézecques, Souvenirs d'un page à la Cour de Louis XV I, 197.

UN (( grand COUVERT » SOUS LOUIS XV

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employé tant en deux coupes d’argent doré... que pour une assiette à cadenatz garnie de cuiller, couteau et fourchette, avec ung petit coffre au-dessus, servant de sallière, sur lequel est couchée une Diane ». Cette espèce de cadenas était donc un meuble de table, <<■ non pas un coffret fermé comme la nef dans laquelle on serrait la serviette royale, mais une sorte d’assiette, de plateau découvert, sur lequel on plaçait le couteau et la cuiller du roi, son pain, son sel, etc. (1) ».

Le cadenas remplissait, en somme, le meme office que la nef, mais il était moins luxueux, et on le voit figurer dans les inventaires de nombre de personnages, voire dans celui de la maîtresse de Henri IV, la belle Gabrielle.

Louis XIII s’en servait comme d’un tambour, qu’il s’amusait à battre avec le manche de son couteau et la queue de sa cuiller (2).

Quelle était exactement la forme de ces cadenas ? Elle était assez variée. L’Etat du 20 mars 1684 nous apprend que l’un d’eux était « une manière de cadenas de cristal de roche, en forme de plan de fortification », composé de cinq morceaux de cristal, enchâssés dans du vermeil doré, avec quatre petites urnes aux angles. Généralement, ils étaient beaucoup plus simples, si nous en jugeons par celui qui figure dans les armoiries du duc de Cossé-Brissac, grand

(1) Art. Cadenas, du Dictionnaire de V Ameublement.

(2) Cf. le Journal de Jean Héroard, t. II, 40.

DATNS LES COULISSES DE l’hISTOIRE

panetier, accompagnées du cadenas et de la nef, insignes ou attributs de sa charge. Au temps où vivait Mme de Genlis (1), le cadenas n’était plus qu’ « un petit plateau, sur lequel étoient des salières, un huilier, etc. ».

L’usage de la nef se conserva jusqu’à l’ère impériale : dans les repas d’apparat, le grand-maréchal du palais était chargé d’y prendre la serviette de l’Empereur et de la présenter cérémonieusement à son maître (2).

Lorsque le roi était retenu dans sa chambre par la maladie, cela ne se passait pas autrement que lorsqu’il était bien portant.

« L’aprest se fait en la manière accoutumée en l’antichambre s’il y en a une, sinon de la salle proche de la chambre du Roy.

« Le dit aprest estant prest; le gentilhomme servant envoie demander par l’huissier de salle au premier valet de chambre qui est en quartier, la table qui se doit mettre sur le lict. Laquelle ledict valet de chambre garde dans ses offices de la chambre, puis l’ayant, met deux serviettes dessus, le cadenas à l’assiette avec une serviette. »

La table ainsi « apprêtée », on faisait l’essai de la viande en présence du « maître d’hôtel », « qui laisse son baston à la porte de la chambre entre les

(1) V. son Dict. des étiquettes de la Cour, t. I, 191.

(2) Etiquettes du palais impérial, liv. V, chap. i et n, art. 8 et 23, cité par Alfred Franklin, Variétés gastronomiques, 94.

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