‹ Dans les mers du SudChapitre 5 sur 68 · En français dans l'original · texte numérisé non relu

En français dans l'original

les tentures cramoisies de son salon, les boiseries blanches, les. dorures, et les miroirs aux multiples reflets de l’étroite cabine, nous attirait des centaines de visiteurs. Les hommes évaluaient ses dimensions avec leurs bras — comme avaient fait leurs pères pour les vaisseaux de Cook ; les femmes déclaraient les cabines plus belles même qu'une église. Des Junons opulentes ne se lassaient pas de s'asseoir sur les chaises et de contempler dans les glaces leur image béate ; et j'ai vu l'une de ces dames relever sa robe et, avec des cris. d'étonnement et de plaisir, frotter son séant aux coussins de velours. Des biscuits, des confitures et des sirops faisaient les frais de la réception; et, comme dans les salons européens, l'Album de photographies circulait à la ronde. Ces graves personnages, leurs costumes de tous les jours et leur physionomie coutumière, se trouvaient transformés par trois semaines de navigation en choses merveilleuses, précieuses et exotiques; effigies inconnues, costumes barbares, elles étaient maintenant maniées et considérées dans la cabine errante avec une excitation et une surprise innocentes. Sa Majesté était souvent reconnue, et j'ai vu des sujets français baiser son image. Captain Speedy, dans un uniforme de guerrier abyssin, qu'on supposa être celui de l’armée anglaïse, rencontra une approbation unanime, et les photographies de Mr. Andrew Lang furent admirées aux iles Marquises. Voilà le lieu de retraite qui s'impose à lui quand il sera fatigué du Middlesex et d'Homère.

Mais plus importante encore, pour moi, était la connaissance acquise dans ma jeunesse de nos Ecossais des Highlands et des Iles. Il y a un siècle à peine, ceux-ci se trouvaient encore dans l'état de bouleversement et de transition qui est l'état actuel des Marquisans. Dans les deux cas une autorité étrangère s'imposa, les clans désarmèrent, les chefs furent déposés, de nouvelles coutumes introduites, et principalement

cette habitude d'envisager l'argent comme moyen et objet de l'existence. L'ère du commerce remplaçant subitement, pour chacun, l’ère de la guerre chez les autres et du communisme patriarcal chez eux. La coutume chère du Tatouage, prescrite chez l'un, comme chez l’autre un costume aimé. Pour chacun la suppression d’un de leurs luxes préférés : les bœufs, amenés sous le couvert de la nuit, des pâturages de la plaine, refusés au Highlander, si amateur de viande; le cochon long, piraté dans le village voisin, refusé au Canaque, mangeur d'hommes.

Les murmures, le secret ferment, les craintes et les rancunes, les alarmes et les soudains conciliabules des chefs marquisans me rappelaient continuellement les jours de Lovat et de Struan. L’hospitalité, le tact, les bonnes manières innées, et une susceptibilité pointilleuse, sont des traits communs aux deux races ; commune aussi aux deux langues l’habitude de laisser tomber la consonne médiane. Voici une table des deux mots polynésiens dont l'usage est le plus répandu :

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