CHAPITRE V
Le # juille à Deadwood. — Un discours monarchiste. — Les journalistes de New-York. — Le jury et la loi de Lynch. — La prière du Révérend. — Cow-boy et « damné baron », — In troduction de la broche dans les Black-Hills, — Little-Gimlet, — L'art de devenir propriétaire au Dakota.
4 juillet. — 11 y a aujourd'hui cent sept ans que les treize colonies anglaises de l'Amérique, vexées d'avoir à payer un droit d'un sou par livre de thé, ont proclamé leur indépendance, ce qui leur a valu, pour débuter, une guerre de huit ans; depuis, il leur en a fallu une autre de cinq ans, dans laquelle ont péri un million d'hommes au bas mot, pour se débarrasser de l'esclavage. Mais grâce à ces épreuves, les Américains ont pu devenir sans conteste, de tous les peuples, le plus volé et le plus mal administré, tandis que leurs voisins du Canada ou leurs cousins de l'Australie, bien que toujours sujets de S. M. la reine Victoria (que Dieu garde!) ne payent pas leur thé plus cher, ne sont volés par personne et s'administrent admirablement à eux tout seuls : ce qui pourrait faire croire à quelquesuns, qu'avec toute leur finesse, les Yankees ont pris l'ombre et laissé la proie aux autres.
C'est pour célébrer ce glorieux anniversaire que ce matin, dès six heures, tous les habitants de Deadwood et lieux circonvoisins, réunis dans les bars ou dans les barbers shops, inondaient leurs estomacs des alcools
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les plus pimentés, ou leurs têtes des pommades et des huiles les plus parfumées, car sans ces deux opérations préliminaires, il n'est pas de bonne fête en Amérique. Quand nous apparaissons dans la rue, on s'arrache les journaux qui donnent le programme de la fête : l'édition du matin annonce qu'un élément nouveau va y figurer. Les mineurs du Caledonia sont, parait-il, en rivalité avec ceux des quatre mines réunies sous l'administration de notre ami Gregg. Jusqu'à présent cela s'était traduit par quelques coups de revolver échangés après boire, et personne n'y avait fait grande attention. Mais voici qu'aujourd'hui les Calédoniens ont fait encarter dans les journaux une proclamation annonçant qu'ils défient tous les autres, non pas à un combat singulier, mais à un simple concours. Il s'agit de savoir quelle est l'équipe qui abattra le plus de minerai dans un temps donné. L'enjeu est de trois cents francs par tête. Ceci est tout à fait du goût américain, et des paris de proportions s'engagent de tous côtés. Le premier cow-boy que je rencontre, légèrement inébriolé, veut absolument me donner les Calédoniens à trois contre un.
La procession ne doit se former qu'à neuf heures, mais les premiers rôles sont déjà sur le terrain. Il y a d'abord les #arshalls. Ce sont des messieurs à cheval, en redingote noire, avec une grande épée à poignée en forme de croix et une chaine autour du cou ; ils galopent frénétiquement du haut en bas de la rue, gourmandant les uns, essayant de faire ranger les autres, sans que l'effet produit soii bien appréciable. Ilsnousrappeilent un peu Auguste, du Cirque. Il y a aussi des pompiers en chemise rouge ; quelques chasseurs d’Indiens ; de grands gaillards à figures peu rassurantes, les che-
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% JUILLET À DEADWOOD.
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