CHAPITRE VI
Little Rapid Creek.— Les castors. — Le Pan. — Bill. — Le marquis de M... et les cow-boys. — Une chasse au tigre, — Fairview, — Les marmottes.
6 juillet. — 11 a plu loute la nuit, mais ce matin le soleil brille, et, en mettant le nez à la fenêtre de nos chambres, nous jouissons d'un joli paysage frais et reposé qui nous console tout de suite de la fâcheuse nuit que nous avons passée, étendus sur un sac de feuilles sèches, mal recouverts par des couvertures indiennes aux brillantes couleurs qui feraient trèsbien dans un petit appartement comme portières, mais qui décidément ne remplacent pas un bon lit. Ce système de couchage a du moins l'avantage de ne pas favoriser la paresse ; aussi nous le quittons sans regret et nous nous acheminons vers la maison principale pour rejoindre nos hôtes.
Nous ne trouvons que le capitaine Hughes. Il parait que la jument de M... a encore fait une de ces frasques dont elle n'a que trop l'habitude. En constatant son absence ce matin, Parker a sellé un cheval et est parti à sa recherche en la suivant à la piste. O Gustave Aymard, que n’es-tu là!
Nous nous consolons de cette fâcheuse nouvelle en avalant un verre de café, après quoi nous allons donner un coup d'œil à la propriété. On voit que les anciens
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occupants ne ménageaient pas l'argent : ils ont bien fait les choses. Il y a d'abord cinq ou six bâtiments en bois très-soignés. Le principal est une grande baraque avec deux ailes en retour. Dans l’une se trouve un magasin bondé de pièces de machines et d'approvisionnements de toute espèce. La pièce du milieu est une grande salle servant de bureau et de réfectoire; à côté se trouve la cuisine. Plus haut, une autre maison, celle où nous avons couché, contient trois ou quatre chambres, autrefois destinées à l'état-major de la Compagnie; une troisième servait de logement aux ouvriers; enfin plus bas se trouvent des écuries, hangars, étables, ateliers du forgeron et du charpentier avec tout leur matériel. Les machines dont nous remettons à plus tard l'examen sont de l’autre côté de la rivière sur les bords de laquelle nous allons flâner. Nous trouvons tout d’abord les restes d'une digue faite par des castors pour y élablir leur habitation. Parker n'a pas voulu tracasser ces braves bêtes, qui foisonnent tout le long de la rivière et y avaient deux étangs faits par elles-mêmes, artificiellement. Pendant la crue extraordinaire des jours derniers, des sapins morts, arrivant au fil de l'eau, ont démoli les constructions de fond en comble. Maintenant ils s'occupent chaque nuit à les rétablir, Nous voyons un arbre qu'ils sont en train d'aattre : c'est un bouleau qui a au moins vingt-cinq centimètres de diamètre. Ils lui ont fait avecleurs dents une entaille aussi régulière que celle que ferait un bûcheron. Les copeaux que nous ramassons sont coupés net comme par une hache. Dès que l'arbre sera tombé, et ils se sont arrangés pour qu'il tombe en travers dela rivière, ils en couperont un ou deux autres, entre-croiseront les branches, les tapisseront d'un mortier fait de boue
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