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battue avec leur queue, et c'est sur la dique ainsi faite qu'ils élèveront leurs nouvelles maisons. Malbeureusement, il ne reste pas de traces des anciennes.
A l'endroit où nous sommes arrêtés, un remous de courant causé par un coude de la rivière a accumulé de grandes quantités d'un sable noir vaseux.
— Au fait, dit M..., si nous cherchions un peu d'or!
Il court à la maison, d'où je le vois revenir accompagné du père Hughes, qui veut nous donner notre première lecon de « panage ».
On appelle pan un plat de fer un peu plus grand qu'une assiette à soupe, dont se servent les laveurs d'or pour expérimenter la richesse des sables. Armés chacun d'un pan, nous le remplissons de vase et de sable ; et puis, accroupis sur le bord de l'eau, suivant les indications de notre professeur, nous agitons par petites secousses circulaires notre assiette, rejetant à chaque coup les graviers et l'eau vaseuse. Au bout de trois ou quatre minutes de cet exercice, il ne reste plus qu'une poignée de terre très-fine délayée dans l'eau et qui, dès qu'on cesse de l'agiter, vient se déposer sur le bord de l'assiette. Déjà l'on voit poindre, cà et là, des petits points brillants qui sont des paillettes d'or. C’est le moment palpitant. Elles sont si ténues que, si l’on secoue trop fort, l'eau les entraine ; si l'on ne secoue pas assez, on n'en finit pas de se débarrasser de la terre. M..., qui est d’une adresse extraordinaire, attrape tout de suite le coup de main. Il fait l'admiration du père Hughes, qui nous met au courant de toutes les « ficelles du métier ».
— Ainsi, nous explique-t-il gravement, quand on veut acheter un placer, il faut beaucoup se méfier. Le vendeur vous propose toujours de paner devant vous.
A chaque coup, il jette dans l'eau une petite quantité de poudre d'or qu'il tient en réserve dans ses ongles, ou même dans sa bouche : en faisant la chose adroitement, on peut presque augmenter d’un tiers la quantité d'or contenue réellement dans chaque pan : c'est ce qui s'appelle saler la mine”!
— Eh bien, capitaine, combien y a-t-il d'or dans ce pan-là ?
— Oh! vous n'avez pas cherché à un bien bon endroit : il n’y a pas plus de cinq à six sols d'or au pan. Venez un peu plus haut, vous allez voir.
Il nous fait marcher pendant quelques instants dans l'herbe, en tournant le dos à la rivière, puis il s’arrête dans une petite dépression du terrain.
— Voyez-vous ce gros rocher qui est là à l'entrée du bar? me dit-il en me montrant un énorme bloc de schiste qui bouche à moitié la vallée.
— Parfaitement.
— Eh bien, remarquez-vous dans la montagne cette grande entaille, juste au-dessus de lui? C'est de là qu'il s’est détaché. Il est venu rouler dans le lit de la rivière qu'il a changé. Remarquez-vous? Autrefois, elle passait par l'endroit où nous sommes.
— Tiens, c'est vrai.
— Piochons ici, et vous verrez quel pan nous aurons.
De quelques coups de pioche il écarle soigneusement les mottes de gazon; au-dessous se trouvait une couche de terre végétale, puis une autre de cailloux de rivière roulés, puis du sable noir tout pareil à
! Il y a encore une autre manière, fort usitée, de saler une mine. Oz bourre le canon d’un fusil de poudre d’or, puis on le tire de place en place dans le sable qu’on fait paner ensuite à l’acheteur naïf.
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celui que nous avons vu tout à l'heure dans la rivière. Le bonhomme nous le montra d'un air triomphant. Nous remplimes nos pan. En cinq minutes de lavage, nous avions chacun une pincée d'or triple de celle que nous avions auparavant.
— Vous voyez? me dit-il, en prospectant le long de |, vallée, il m'est arrivé de trouver jusqu'à trente ou quarante sous d'or dans Je pan. La saison dernière, M. Parker n'était pas ici, j'ai permis à des ouvriers de travailler à leur compte. Ils nous payaient un dollar par jour et se faisaient des journées de cinq ou six dollars. Ah ! voilà les chevaux!
De l'autre côté de la rivière, nous voyons Parker qui revient galopant à fond de train vers un gué qui est un peu plus haut vers la mare des castors. Il ramène la jument jaune. Heureusement qu'hier nous lui avions laissé le lasso au col. Le gros nœud qui est au bout s'est pris dans une racine; elle était arrêtée à cinq ou six milles d'ici dans les bois. Sans ce bienheureux lasso, Dieu sait où elle serait allée!
Nous nous dépêchons de manger un déjeuner composé de pain et de corned beef, puis nous nous mettons en route, car nous avons à visiter les trois ou quatre mines dont Parker compte se réserver la propriété exclusive. En descendant la rivière, je remarque un groupe de sapins de dimensions colossales. Nous mesurons le plus gros à un mètre de terre : il a 3",60 de tour. Beaucoup d'autres ont deux mètres.
Il nous faut grimper sur le flanc de la montagne, à une grande hauteur. Je suis tout honteux d'être essoufflé et d'être souvent obligé de m'accrocher par les mains, quand je vois le père Hughes, avec ses soixantedouze ans, marcher devant moi tout tranquillement,
sans paraître s’apercevoir qu'il porte un pic et une hacheite. Nous arrivons enfin à une galerie creusée seulement de quelques pieds dans le flanc d’un rocher, dont les teintes vertes contrastent singulièrement avee les masses grises des schistes qui nous entourent. C’est une mine de cuivre qu'on a relevée, mais dont l'exploitation ne se fera que plus tard. Du point où nous sommes, nous pouvons explorer la vallée, qui, trois ou quatre milles plus bas, est coupée brusquement par deux murs de rochers d'ur.e hauteur colossale, tellement rapprochés, qu'ils ne laissent qu'un tout petit passage à la rivière. Ces sortes de défilés s'appellent ici des cañons : c'est de l’autre côté que se trouve le Rapid-Creek. Le vieux Hughes me fait remarquer la veine de quartz. Elle coupe obliquement tous les contre-forts de la montagne. Nous la voyons très-distinctement, surtout dans les endroits où passent de petits cours d'eau.
Là, les murs de schiste, lentement usés par le frottement de l’eau, la laissent ressortir en bosse d'une blancheur éclatante. On nous mène à un point peu éloigné, où l’on creuse un puits destiné à déterminer sa profondeur. À cet endroit le métal s’est fait jour à travers la couche de quartz, et est venu imprégner une couche d'une matière bizarre, qui a un peu l’aspect d’un nougat de Montélimar avec des irisations dorées d'une couleur superbe. Ces irisations sont dues à la présence de minerai de fer; l'or s'y trouve mélé d'une manière très-irrégulière, mais est très-abondant sur certains points.
En suivant toujours la veine, nous finissons par arriver sur le bord de la rivière. Il se fait tard, et nous sommes à cinq ou six kilomètres de la maison. L'ob-
scurité commence à se faire dans cette vallée profonde, où le soleil oblique ne peut plus pénétrer. Les moustiques en profitent pour se livrer à leurs farandoles qui nous empêchent de jouir de la belle nature avec le calme nécessaire. Ce que nous voyons est cependant bien joli. La rivière, profondément encaissée, coule en écumant sur son lit de rochers. D'énormes sapins s'entre-croisent sur ses rives et en indiquent les innombrables sinuosités, car sous ce rapport, le Little-Rapid n'a rien à envier au Zattle-Gimlet, et ses détours continuels nous obligent à des passages fréquents qui ne sont pas toujours sans danger, vu l'état décidément rudimentaire du service des ponts et chaussées dans ce pays. D'ordinaire, on traverse sur un sapin jeté d’une rive à l'autre. Parker et le père Hughes se livrent à cet exercice avec une dextérilé qui nous fait honte. En passant sir ces troncs glissants avec mes grosses bottes et mon winchester sur le bras, je crois bien, deux ou trois fois, aller piquer une tête dans l’eau noire qui bouillonne à dix ou douze pieds sous moi : cependant aucun accident ne se produit : nous faisons seulement lever deux ou trois daims.
J'ai pu, encore aujourd'hui, faire une bonne étude de mœurs. En rentrant, je suis allé directement dans ma chambre pour déposer mon fusil. Je vois arriver Parker, qui me diten me remettant une lettre :
— Un de nos ouvriers arrive en ce moment de Rapid-City. Le maître de poste lui a remis ceci qui est arrivé pour vous.
— Mais, lui dis-je en examinant la lettre, comment se fait-il qu'elle soit ouverte ?
— Ah! me répond-il, je ne l'avais pas remarqué, c’est vrai, allons le lui demander.
— Qu'est-ce qu'il faisait donc à Rapid-City ?
— Il était du jury; voilà quinze jours qu'il est absent.
Nous arrivons dans la cuisine. Un grand diable à figure patibulaire est assis au coin du feu, le chapeau sur la tête. Il va sans dire qu'il ne se lève pas.
— Bill, lui dit Parker, ce gentleman est M. de Grancey.
— Ah! dit Bill sans broncher, comment l'appelezvous ? Je n'ai pas bien entendu son nom.
— M. de Grancey, répète Parker.
— Enchanté de vous voir, dit Bill d'un air légèrement prolecteur.
— Moi aussi, lui dis-je un peu agacé. C'est vous qui avez apporté cette lettre ?
— Oui.
— Pourriez-vous m'expliquer comment il se fait qu'elle soit décachetée ?
— Oh! voilà ! l'aubergiste m'a dit qu'il fallait partir aujourd'hui pour l'apporter : j'avais envie de ne partir que demain. Alors j'ai ouvert la lettre pour voir s'il y avait quelque chose de pressé, mais elle était en français ; je n'ai pas pu la comprendre.
Et pendant quinze jours ce gaillard-là vient de juger ses compatriotes ! C’est cela qui donne une fière idée de la justice du pays.
7 juillet. — Ce matin, Parker est venu me raconter que le sympathique Bill avait disparu pendant la nuit. Il s'était plaint, parait-il, au capitaine Hughes de ce que je ne l'avais pas traité avec suffisamment d'égards. En revanche, un autre ouvrier est revenu. Il avait été fêter le 4 juillet je ne sais où. Dans un journal, le Fellow
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stone Journal du 30 juin, qu'il apporte, nous trouvons des nouvelles fort intéressantes d’un de nos amis qui vient de fonder à quelques centaines de milles d'ici, dans le Nord, sur la ligne du N.-Western, un grand ranch de bestiaux. Voici l’article :