ARRIVÉE A HOT-SPRINGS
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— Une rude chance! par exemple, vous nous la baillez belle!
— Mais certainement... Puisque l'accident devait arriver, n'est-il pas trop heureux qu'il se produise ici, où nous sommes tout près des maisons? Si cela nous était arrivé au milieu de la prairie, dans deux ou trois jours, nous aurions été dans de beauz draps.
— C'est parfaitement juste, je n'avais pas envisagé la question sous ce jour-là, lui dis-je; mais vous seriez bien aimable de soulever un peu la voiture, j'ui la jambe prise dessous, et je ne peux pas m'en tirer tout seul.
— Oh! mille pardons!
Et, sautant de son ‘le dans le ruisseau, le plus optimiste et le meilleur des compagnons de voyage m'aida à me lirer d'affaire.
Pendant ce temps-là, Kemish était parvenu à rattraper ses chevaux. Son beau flegme ne l’abandonne pas, et il parait prendre, avec assez de philosophie, son parti de la déconfiture de son véhicule. Heureusement, d'ailleurs, sa profession lui a créé des relations et des amiliés dans tout le pays. Il se rappelle qu'il y a aux Hot-Springs un homme qui a un chariot qui peut-être ferait notre affaire. Il est convenu que nous attendrens, en déjeunant, le résultat de sa mission.
Nous nous installons au pied d'un saule; puis, après avoir pris un bain dans l’eau savonneuse du ruisseau, nous faisons un déjeuner, à coup sûr bien meilleur que ceux de l'hôtel de Custer, grâce à une boîle ce corned-becf et une autre de sardines de Douarnenez. Elles ne se doutaient guère, les pauvrettes, quand elles ont été prises près de la pointe de Penmarch, qu'elles seraient mangées par deux Français Cans le Dakota.
Après cette réflexion, comme la chaleur est lourde, nous nous étendons sur les peaux de buffalo et nous nous laissons aller à une pelite somnolence, moitié sieste, moitié méditation, qui est vraiment pleine de charme, dont nous sommes tirés par un grand bruit de ferrailles, au bout d'une heure ou deux. C'est Kemish qui arrive avec le fameux chariot. Si celui-là casse, nous aurons bien du malheur. Nous y transportons tous nos impedimenta, et nous reprenons notre course.
Une demi-heure après nous arrivons enfin aux Hot- Springs. Nous allons dételer à l'ombre d'un gros arbre, après avoir passé sans nous arrêter devant « l'établissement », qui se compose d'une sorte de chalet d'assez bonne apparence. Les sources sont dans le fond d’un petit vallon, à droite. Il y en a trois, légèrement sulfureuses et d’une température qui doit être d'une trentaine de degrés, mais que nous ne pouvous apprécier bien exactement, notre thermomètre s'étant cassé dans notre désastre.
À côté de la source se trouve le véritable établissement, car celui que nous avons vu n'est qu’une concurrence établie l'année dernière. Celui-ci est d’une simplicité antique, Un log-house est divisé en trois compartiments : le premier sert de cuisine; le second, de dortoir pour les gentlemen; le troisième est affecté aux ladies. Trois ou quatre malheureux rhumatisants se trainent sur les rochers des environs. L'un d'eux, complétement perclus, est porté aux bains par un deses compagnons moins mal hypothéqué. Plus loin, au détour d'un sentier, nous voyons apparaitre une femme. C'est une pauvre petite vieille, à lunettes bleues, qui a tout à fait l'apparence d'une gouvernante anglaise
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en retraite. Elle conduit, au bout d'une longe, un cheval qu'elle veut mettre au piquet à côté des nôtres. Une Française ou une Anglaise qui ferait un pareil métier serait habillée ad hoc. Celle-ci a une robe à traine! Nous nous empressons de venir à son secours. Elle entr'ouvre la bouche, ce qui est bien inutile, car c'est uniquement du nez qu'elle nous remercie d'un air aimable. Elle nous explique qu'elle est venue de Deadwood, avec sept ou huit autres ladies, prendre les eaux. Elles campent sous une tente qu'elle nous montre en haut du vallon. Leurs maris, après les avoir installées, sont retournés à leurs affaires; elles sont là toutes seules, faisant leur cuisine et pansant leurs chevaux. Je lui demande si elle ne craint pas de remplacer les rhumatismes, que les eaux lui enlèveront, par d'autres qu’elle ne peut guère manquer d'attraper en campant, pendant un mois, dans un vallon humide. Cette idée parait ne pas lui être encore venue; elle sourit agréablement, son nez laisse derechef échapper quelques sons qui veulent être un adieu aimable, et cette étrange apparition disparait au tournant du chemin.
Il est écrit qu'aujourd'hui nous irons dans le monde. Kemish, qui est allé flâner dans les environs du chalet, vient nous dire qu'une lady, qui l'occupe, ayant appris que nous étions les amis de M. Parker, dont parlent les feuilles publiques depuis quelque temps, nous invite à aller la voir, Nous faisons immédiatement un bout de toilette, ce qui consiste à boutonner nos vestons au lieu de les laisser ouverts, et nous nous empressons d'aller mettre nos hommages aux pieds de cette dame si aimable, qui a nom Buttler, paraît-il, et habite Deadwood, où son mari fait des affaires.
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