CHAPITRE IX
Retour. — Le désert d'Alcali. — Les Indiens. — Les chiens de prairie. — Les antilopes. — Sand-Strrm. — Willow-Creek, — La Platte. —- Jack Slade et Jules Burgh. — Sydney.— L'Union Pacific. — Omaha. — Chicago,
Samedi 14 juillet. — Avant-hier soir nous sommes partis à quatre heures de Cascade, une fois la grosse chaleur passée. Un des grands mérites de Parker est le talent qu'il a pour choisir ses collaborateurs. Déjà le capitaine Hughes nous avait fait la meilleure impression. Depuis que nous sommes dans les Black-Hills, nous avons rencontré bien peu de gens comparables à MM. Quigley et Melville. Le premier est un Canadien anglais de trente à trente-cinq ans, qui s'occupe des bestiaux. Le second, Américain, est beaucoup plus jeune. Il appartient évidemment à une bonne famille et a reçu une éducation très-soignée. Il vient de passer six ou huit mois seul dans cette affreuse log-house qu'il a construite de ses mains. C'est lui qui nous a fait la cuisine. Quel est le jeune Français qui consentirait pour or ou pour argent à mener la même existence ? Comment se fait-il qu'un mode d'instruction qui donne d'aussi admirables résultats pour les hommes en donne d'aussi mauvais pour les femmes ? Voilà une question que j'aimerais bien étudier, si je restais plus longtemps en Amérique.
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Ce n'est pas sans un serrement de cœur que nous quittons ce brave et excellent Parker. M..., qui ne le connaissait pas avant de venir ici, est émerveillé de ce type d'ancien purilain, si droit, si profondément religieux, ayant toujours des citations de la Bible à la bouche, un véritable ascèle et en même temps ayant l'esprit si merveilleusement ouvert pour les « intérêts du siècle» : ce type-là ne se trouverait guère en France, où les hommes d'une religion très-ardente répugnent généralement aux affaires.
Ces messieurs sellent leurs chevaux pour nous faire la conduite un bout de chemin. Nous disons un adieu définitif à Jean-Leblanc et à Ja jument jaune qui vont jouir, en broutant l'herbe des futures rues de Cascade, d'un repos qu'ils ont bien mérité, et nous partons pour notre voyage deretour.
Le passage du gué de la Cheyenne s’est opéré sans encombre. L'eau n'est pas bien haute ni le courant très-rapide. C'est là que doit être construit le pont du chemin de fer. Parker nous montre, à quelque distance, des affleurements de charbon qu'on distingue très-bien sur le flanc d’une colline, et qu'il compte faire exploiter dès que les travaux de la ligne seront commencés. Nous traversons une plaine marécageuse. Tout à coup, M... crie qu'il a vu un serpent à sonnettes s’enfoncer dans une touffe d'herbe; onl'entoure, et il en sort un assez gros reptile qui n'est pas un crotale, mais une vipère fort dangereuse, parait il, qu'on appelle spotted-adder.
De ce côté-ci, la démarcation entre la montagne et la prairie est bien moins nette que dans le nord, ou plutôt quelques contre-forts, détachés et couverts d’une assez belle végétation, enlèvent à la prairie le caractère
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Enfin, arrivés en haut d'une côte terrible que les chevaux de Kemish enlèvent avec un brio incomparable, nous nous séparons, avec une bonne poignée de main, de nos trois amis, de l’ancien comme des nouveaux. Nous les regardons un instant lancés au galop dans la direction de la Cheyenne qui brille à l'horizon, etnous reprenons notre route vers le sud.
On nous a prévenus que des buffalos avaient été vus ces jours derniers ; aussi sommes-nous sur le quivive. Pas le moindre de ces ruminants ne se montre. En revanche, ce que nous voyons de gibier est in-
‘ croyable : des couvées entières de poules de prairie se
lèvent entre les jambes des chevaux. Les jeunes ne volent pas encore bien. Le coq et la poule se jettent généralement de côté, sur une motte de terre, et rappellent leurs petits en battant des ailes, sans avoir l'air de s'inquiéter de notre présence. En prévision du diner, nous avons la barbarie d’en tuer quelques-unes presque à bout portant à coups de revolver et de winchester… Cela ressemble beaucoup, comme plumage, aux poules faisanes, mais c'est un peu plus petit. Du reste, il en vient maintenant tous les hivers des quantités à Paris. Nous ne voyons malheureusement pas de dindons sauvages; on dit cependant qu'il y en a beaucoup. En revanche, de gros lièvres sont très-communs
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et ne paraissent pas bien sauvages : cependant nous ne venons pas à bout d'en tuer, ce qui n’est pas bien étonnant, car il n’est pas facile de tirer un lièvre à balle ; on les appelle ici des 7ack-rabbits. L'hiver, ils deviennent tout blancs, et ils n'ont pas encore complétement repris leur poil d'été.
Vers sept heures, un gros loup s'arrête devant nous un instant et puis repart au petit galop. M... se précipite en bas de la voiture et court à quelque distance pour avoir la chance de lui envoyer une balle. À ce moment, le vieux Kemish, qui suivait l'animal de l'œil, lâche tout d’un coup un -juron et me dit:
— Pour Dieu, rappelez-le ! Rappelez-le tout desuite! qu'il ne tire pas!
Je hèle M..., qui revient d'assez mauvaise humeur.
— Mais qu'est-ce qu'il y a? dis-je à Kemish.
— Comment! vous ne voyez pas? Regardez dans la direction du loup, juste où il allait tirer, cette fumée et puis ces trois tentes, ce sont des Indiens. Ils sont sûrement au moins une trentaine. Et s'ils sont sortis de leur réserve, ce n'est pas pour un bon motif.
— Bah! lui dis-je; ils suivent les buffalos dont on nous a parlé.
— C'est possible; mais si en rentrant au village ils rapportent, outre des peaux de buffalo, une paire de chevaux et deux ou trois chevelures, ils n’en seront que mieux reçus. Justement c'est dans quelques semaines qu'a lieu la grande cérémonie de l'initiation des querriers. C’est le moment où ils sont le plus dangereux, allons-nous-en le plus vite que nous pourrons.
— Qu'est-ce qu'il dit donc? demande M...
— Vous rappelez-vous l'histoire de Chactas et Atala, racontée par M. de Chateaubriand ?
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— Parfaitement. Cela m'a beaucoup ennuyé dans le temps.
— Moi aussi; mais si M. de Chateaubriand n'a pas un peu exagéré, ce qui serait du reste bien possible, nous allons avoir des aventures tout à fait analogues à celles qu'il décrit. Kemish prétend que les habitants des trois loges que vous voyez là-bas vont nous poursuivre. Demain matin, Ô M..., vos mèches blondes et frisées orneront la lance d’un grand chef, à moins que la vierge du dernier amour, séduite par vos avantages personnels, ne vous détache du poteau de toriure, et ne vous conduise à sa loge, en vous adressant un speech commençant par : « Oh! jeune étranger au visage pâle... » Dans ce cas-là vous deviendrez le gendre de quelque grand chef et vous parcourrez indéfiniment la prairie, avec un soleil tatoué sur le creux de l'estomac et une lune dans le dos. Si, à la longne, cela vous fatiguait, vous auriez du reste toujours la ressource de venir, avec votre petite famille, vous montrer aux Folies-Bergère.
— Ma foi, je tâcherai toujours, avant d'en arriver là, de trouer la peau dudit beau-père, dit M... en insinuant, d'un geste méthodique, quatorze cartouches dans le réservoir de son winchester.
— Mais, en attendant, Dieu sait quand nous pourrons diner. Voilà cependant des poules de prairie qui ont l'air d'être bien tendres.
Pendant ce temps-là nous détalions de notre mieux. Kemish ne fouettait pas ses chevaux, car il ne se servait jamais de la longue cravache qui remplace le fouet dans ces pays barbares; mais il leur adressait une foule de discours qui produisaient le meilleur efiet, car nous marchions {rès-vite. La nuit s'était faite et
s'annonçait très-noire, il tomba même un peu de pluie. Je ne comprends pas comment Kemish s'orientait ; il n'avait pas de compas, on ne voyait pas une étoile; de plus, il nous avoua qu'il n'était passé ici qu'une fois, il y a cinq ans. Ces hommes ont vraiment un instinct particulier.
Deux fois il fallut traverser des cours d’eau peu profonds, mais tellement fangeux que la voiture enfoncée dans la vase ne pouvait plus en être arrachée par les chevaux. Il fallait alors décharger, porter à bras tous nos bagages, et puis pousser aux roues pour franchir le mauvais pas. Enfin, vers deux heures du matin, il faisait un peu moins sombre, nous distinguons, sur notre gauche, un petit creux où poussent quelques sapins. Kemish nous annonce qu'il va s'arrêter un peu, pour laisser manger et reposer notre altelage, qui marche depuis quatre heures de l'après-midi. Ses chevaux sont vraiment merveilleux; on leur donne à chacun environ trois litres d'avoine, et ils se jettent dessus comme s'ils venaient seulement de faire une course de deux lieues.
Notre guide n’a pas, je crois, été bien sérieusement effrayé. D'ailleurs, si nous avions dû être attaqués, il me semble que nous l'aurions déjà été. Cependant, il me dit qu'il va veiller, de peur d'accidents. Quant à moi, je vais rejoindre M..., qui ronfle déjà sur nos buffalo-robes.
Je suis réveillé au bout d'une demi-heure par un horrible tapage. Un Breton, du pays de Tréguier, qui entendrait cela dans les environs du cimetière de sa paroisse, jurerait que c'est un chant de damnés qui ont eu, par faveur spéciale, permission de venir prendre le frais sur celte terre. On entend des ricane-
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ments aigus qui partent de cinq ou six endroits différents, puis il se produit un silence que vient rompre comme une explosion de sanglots. C'est horrible. Je me figure que les Indiens sont sur notre dos, et je bondis hors de Ja voiture, en armant mon winchester ; mais Kemish, qui se promène de long en large, me ritau nez.
— Oh! dit-il, vous ne connaissez pas cela. Ce sont des coyotes'. Tout va. bien. Des fameux chiens de garde, allez! Quand on les entend hurler comme cela autour de soi, on est sûr qu'il n'y a pas d’Indiens aux environs. |
— Mais n'avez-vous pas peur qu'ils s'en prennent
à nos chevaux ?
— Ïl n'y a pas de danger, c'est trop lâche : ils ne s’attaquen: à rien de plus gros qu’un lapin ou unchien de prairie.
IL fait si froid que je me sens tout gelé. Yoyant Kemish en train de causer, je vais le rejoindre pour me réchauffer en marchant. Le bonhomme me raconte, avec un orgueil non dissimulé, tous les tours qu'il a joués autrefois aux douaniers de S. M. la reine d'Angleterre, quand il commandait dans la Manche un schooner qui faisait, parait-il, plus de contrebande que d'autre chose. À l'entendre, il mettait les gardecôtes sur les dents. Peut-être serait-il intéressant d’entendre leur version. Il est bien possible que, dans cette lutte de puissance à puissance, la reine Victoria n'ait fini par l'emporter sur le pauvre Kemish, et qu'il ne faille pas aller chercher ailleurs la raison du séjour de
1 Le loup gris américain. Il est absolument semblable au nôtre.
On prétend qu’il descend de chiens espagnols devenus sauvages. Je ne le crois guère.
ce dernier à Custer. Il ne parait pas, du reste, se plaindre de son sort. Il a conduit pendant longtemps des convois de charrettes à bœufs. C'est dans ce temps-là qu'il a fait souvent le coup de fusil avec les Indiens, avec lesquels il a aussi commercé.
Il parait les juger bien moins sévèrement que ne le font les Américains en général. Selon lui, beaucoup des mauvais coups qu'on leur reproche sont le fait de blancs qui vivent dans les tribus avec des femmes indiennes, ce qu'on appelle des squawmen et qui, d'ordinaire, sont les derniers des coquins.
Il a assisté une fois aux grandes fêtes qui ont lieu chaque année vers le mois d'août. Il y a souvent deux
ou trois mille tentes réunies. C’est à cette époque
que, chez les Sioux, les jeunes gens subissent les épreuves après lesquelles ils sont admis au titre de guerrier, et ont le droit d’avoir une loge séparée et de prendre partaux délibérationsde la (ribu."Ces épreuves, auxquelles président les prêtres, que les Américains appellent des medicine men, sont précédées de jeünes rigoureux qui durent plusieurs jours. Puis les candidats, entièrement nus et couverts de peintures emblématiques, sont réunis dans une grande tente construite pour la cérémonie. Le prêtre leur fait avec un couteau, dans l'épaisseur des muscles pectoraux et des mollets, des entaiiles dans lesquelles ils enfoncent des petits bâtons qui ressortent de chaque côté de la plaie. Les victimes sont ensuite hissées en l’air au moyen de cordes qui tombent du sommet de la cabane et sont bouclées à ces bâtons. D'autres cordes fixées à ceux des mollets servent à pendre des crânes de Luffle qu'on ajoute un à un, à de longs intervalles, jusqu’à ce que la tension soit telle, qu'une rupture se produise et que
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l'homme tombe. Il est ensuite traîné dehors et abandonné sans aucun soin, jusqu'à ce que la suppuration, qui ne tarde pas à se produire, ait suffisamment désorganisé les tissus pour que les bâtons tombent d'euxmêmes, Car on ne doit jamais les retirer. Toutes ces plaies laissent, naturellement, d'énormes cicatrices réputées très-honorableset dont les Indiens sont très-fiers". Ces épreuves bizarres, dont on m'a déjà parlé plusieurs fois, sont moins usitées qu'autrefois. Elles avaient pour résultat d'exalter au plus haut point les imaginations et, à cause des réunions dont elles étaient l'objet, facilitaient singulièrement l’organisation des expéditions de guerre. Aussi les agents indiens font tout ce qu'ils peuvent pour faire tomber en désuétude ces coutumes; mais, précisément pour les mêmes raisons, les chefs les encouragent. Il paraît que pendant toules ces tortures, qui durent souvent cinq ou six heures, ces malheureux ne laissent pas échapper une plainte. Cep:ndant, il n'est pas très-rare qu'il en meure quelques-uns. Je suis persuadé, du reste, que, de toutes les races humaines, la race caucasique est celle qui résiste le mieux aux maladies et le moins aux blessures. Notre système nerveux est tellement développé, que la souffrance est bien plus vive chez nous que chez les races inférieures. Les nègres, les Chinois ou les Indiens supportent sans broncher des tortures auxquelles, chez nous, l'homme le mieux trempé ne résisterait pas. Je me souviens d’avoir vu un exemple de ce fait qui m'a bien vivement frappé. C'était, il y a quelques années, en Cochinchine. Une
1 Cette fête a encore été célébrée cette année et s’est terminée, comme d'habitude, par un banquet dans lequel on dévore des centaines de chiens.
province du Sud était parcourue par une bande de pirates qui commettaient des atrocités; un de mes amis, inspecteur aux affaires indigènes, parvint une nuit à surprendre la bande au moment où ils venaient d'enterrer toute vive une malheureuse jeune fille dont le père n'avait pas voulu leur envoyer une somme
d'argent qu'ils lui avaient demandée. Le chef princi-
pal s'échappa, mais un de ses lieutenants fut pris. Ramené à l'inspection, il fut interrogé, mais ne voulut rien dire. À Ja fin, on lui lut une proclamation du gouverneur, promettant mille piastres à qui ferait arrêter son chef. Ne pouvant toujours rien en tirer, on le conduisit à la prison.
Pendant la nuit, il demanda à parler à l'inspecteur.
— Est-ce bien vrai, lui dit-il, quand ils furent seul à seul, que vous me donnerez mille dollars si je vous fais prendre le Quân ?
— Mais oui.
— Eh bien, demain matin, faites-moi ramener au tribunal. Interrogez-moi de nouveau; et puis faicesmoi donner le fouet (la cadouille). Au bout de quelque temps, je vous dirai le nom du village où le Quän se relire après chacune des expéditions et où vous pourrez le prendre dès que vous voudrez. Après cela vous m’enverrez à Poulo-Condor (au bagne) pendant trois mois; puis j'aurai ma grâce et vous me donnerez mille dollars.
— Parfaitement, mais je ne comprends pas bien pourquoi tu tiens tant à recevoir la cadouille ?
— C'est cependant bien simple. Si l'on me voit recevoirune bonne cadouille, on trouvera assez naturel que, ne pouvant plus y tenir, je livre le Quän ; si je le faisais seulement pour de l'argent, je serais sûr de recevoir un coup de couteau dès que je reparaitrais dans le pays.
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Le lendemain, les choses se passèrent de tout point selon le programme arrèlé. L'homme commença par refuser de parler. Il fut couché par terre sur le ventre. Quatre matas armés de rotins s’escrimèrent, à qui mieux mieux, sur son dos nu qui, au vingtième coup, n'était plus qu'une plaie. L'inspecteur croyait qu'il allait parler; mais de temps en temps le vieux coquin relevait un peu la tête et clignait de l'œil en ayant l'air de dire : « Allez toujours, il n'y en a pas encore assez. » — « À la fin, me disait l'inspecteur, son dos offrait l'apparence d’une bouillie sanglante. C'était horrible. » Il ne parla qu'après le deux centième coup.
Quel est l’Européen qui, bien décidé à parler, et, par conséquent, n'étant pas soutenu par la force que donne le sentiment du devoir et de l'honneur, pouvant d'un seul mot arrèter un pareil supplice, l'aurait supporté cinq minutes ?
Pendant que nous devisons avec Kemish, le ciel s’est éclairé dans l'est. Les premiers rayons du soleil, frisant la prairie, nous permettent de reconnaitre les lieux. Nous sommes au milieu d'une plaine sablonneuse, couverte d’une assez maigre végétation. Derrière nous, à l'horizon, nous apercevions les massifs des Black-Hills, dont un dernier contre-fort allongé vers le sud profilait sa ligne dentelée sur le bleu du ciel encore constellé de quelques étoiles; par endroits, de hauts rochers ressemblaient à des tours die châteaux forts en ruine. Nos deux chevaux, arrêtés au bord d'une mare, plongent de temps en temps le nez dans l'eau bourbeuse, soufflent bruyamment et puis, relevant la tête, se regardent piteusement, ayant l'air de se dire : Comme c’est donc mauvais! Ils ont bien raison,
J'y vais goûter. Un goût fade et âcre tout à la fois vous prend à la gorge; nous sommes en plein dans l’AIcali désert. Assis sur la crête d'une petite colline à deux cents mètres de nous, deux coyotes nous regardent. De temps en temps ils relèvent leur tête et poussent cet étrange ricanement qui, pendant la nuit, est si pénible à entendre. Je leurenvoie une balle de win- | chester qui fait voler du sable à côté d'eux. Ils filent | d'une allure étrange, moitié amble, moitié galop, 14 la tête basse, leur queue touffue, inclinée derrière eux.
Mon coup de fusil a réveillé M..., qui s’étire voluptueusement sur sa peau de buffle. Il n'a fait qu'un somme. Les chevaux sont attlelés et paraissent aussi frais que la veille. À neuf heures, nous croisons enfin la route de Deadwood à Sydney, et quelques instants après nous arrivons à la station de Big-Cotton-Wood. Depuis hier au soir à quatre heures, nous avons fait environ 90 kilomètres. Nous sommes encore à 137 milles. (220 kilomètres) de Sydney.
Nous ne nous arrêtons à la station que le temps nécessaire pour faire boire à nos chevaux une eau de puits un peu moins mauvaise que celle de la surface, puis nous allons camper un peu plus loin, dans une L. plaine où l'herbe abondante leur fournit un repas qu'ils L\ ont bien mérité. Il fait tellement chaud que nous LA sommes obligés de nous réfugier sous le chariot. Nous ER remarquons encore l'abondance du gibier. Dans la matinée, nous avons vu deux ou trois troupes d’anti- | lopes broutant sur les coteaux. Pendant que nous if sommes arrêtés, nous en voyons encore deux qui s’avancent de notre côté, en nous regardant attentivevement. Kemish prétend que, quelquefois, à la condi-
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