CHAPITRE III
La mercuriale des denrées dans les Black-Hills, — Les percherons en Amérique. — Uncle Sam’s mine, — Galena. — Les Jighting-men du colonel. — Les femmes américaines, — Les sirènes de Deadwood. — VWild-Dill.
Dimanche 1 juillet. — Hier, vers neuf heures et demie, le vieux débris des armées confédérées a tiré d'un coin un paquet de loques qui avaient bien pu être, dans le temps, des couvertures, s'est enveloppé dedans sans même retirer ses bottes, et puis s'est couché en travers de la porte après avoir pendu à deux clous, bien à portée de sa main, une carabine Winchester et un énorme revolver Colt. Cet hommage rendu à la sécurité du pays, il s'est endormi du sommeil de l'innocence. Nous commencions à nous demander s’il ne nous faudrait pas en faire autant et dans les mêmes conditions, quand Parker, qui avait disparu depuis le diner pour aller flirter un brin avec la dame aphone, est revenu ncus dire que nous aurions deux lits. Quand il a ajouté qu'il y aurait aussi des draps, nos visages se sont éclairés d'un rictus d'incrédulité (réminiscence du regretté Ponson du Terrail). C'était cependant la pure vérité, et cinq minutes après nous ronflions les poings fermés.
Ce matin, je suis réveillé d'assez bonne heure par un rayon de soleil indiscret. Le temps est splendide.
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Une cinquantaine de vaches à lait sont éparpillées dans la prairie, sous ma fenêtre, mangeant à pleine goulée, comme or diten Normandie, la bonne herbe qui pousse sur les bords de la petite rivière. L'idée d'un plongeon dans ladite rivière se présentant à mon esprit, je m'habille tout doucement pour ne pas réveiller M..., dont les ronflements font vibrer la maison. Heureusement que le vieux confédéré est déjà debout. Son grand corps maigre a l'air d'une vieille machine mal graissée, dont toutes les articulations jouent péniblement. Il est perclus de rhumatismes, comme tous les gens de ce pays. Je lui ai raconté hier que j’avais vu à Cherbourg, il y a quelque vingt ans, le combat du Xearsage et de l'Alabama, et que j'avais serré la main du capitaine Semmes. Cela parait l'avoir bien disposé pour moi. Il ne me dit pas bonjour, mais m'adresse un petit grognement évidemment bienveillant qui doit en tenir lieu.
Je descends dans la vallée. II y a là quatre ou cinq cents hectares de terres encloses au moyen d’abalis de sapins. Ces gens-ci doivent gagner énormément d’argent. Ils ne sont qu'à une quinzaine de milles de Deadwood, grande agglomération de six ou sept mille mineurs, qui payent leurs denrées sans regarder à l'argent. Les chiffres que j'entends citer sont stupéfiants. Le blé se vend 10 francs le bushel (35 litres), l'avoine 5 francs, les pommes de terre 5 francs, les oignons 12 fr. 50, la farine 25 francs les 100 livres, les œufs 2 fr. 50 la douzaine.
D'un autre côté, malgré la culture si sommaire, la terre rapporte beaucoup. On récolte à l’acre (40 ares)
50 bushels de froment, 60 d'orge, 110 d'avoine, 400
de pommes de terre ! Leur foin, qui ne leur coûte que
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