La clarinette, instrument " quintoyant ". — La
flûte, le hautbois et tous les autres instruments à vent en bois, octavient; c'est à-dire : ils renforcent les harmoniques pairs et impairs. Ils peuvent produire Yoctave (le son 2) de chaque son fondamental. La clarinette seule ne renforce que les sons impairs (3, 5, 7, 9) de la série (ex. 1). Expliquons cela brièvement.
431. — La clarinette est un tuyau cylindrique mis en vibration par une anche. Cette combinaison de tuyau et d'anche donne naissance à la propriété remarquable d'un tuyau fermé.
432. — On appelle tuyaux fermés (ou «bouchés») (*),. ceux qui sont ouverts à Tune extrémité et fermés à l'autre. — Tuyaux ouverts se dit de ceux qui sont ouverts aux deux extrémités (ex. i59a).
{■■■•) Voir aussi l'exemple 189.
(t) Et quelquefois aussi, clans la facture d'orgue : bourdons (voir ex. :30b).
433. — Voici deux tuyaux, l'un ouvert (ex. 15911), l'autre fermé (ex. i59b); tous les deux donnent absolument le même son (disons ré, son 1 de l'ex. 28B). On peut donc facilement comprendre, en comparant ces deux dessins, qu'un tuyau fermé (i59b) n'exige que la moitié de la longueur d'un tuyau ouvert pour produire le même son.
CO -t
5*2 fl
434. — Supposons l'ex. i59a, un tuyau de flûte ou de hautbois, ayant comme son fondamental le ré (ex. 159e). Ce tuyau devra avoir la longueur de om,585, tandis qu'un tuyau fermé (donc un tuyau de la catégorie des clarinettes) n'exigera pour produire ce même ré (ex. 159e1) que la moitié de la longueur citée, soit om,295 (= 0,585 : 2).
435. — Le fait que les tuyaux fermés ont toujours un nœud (n) au fond et un ventre (v) à l'extrémité ouverte, est cause du mode de vibration que nous montre l'ex. I59b. Nous voyons là le mode le plus simple de vibration de ce genre de tuyau; c'est celui-ci qui produit le son 1 (fondamental).
436. — J'ai cru utile de dessiner la forme de vibration telle qu'elle se produit dans ces deux tuyaux pour la production du son. Mais cela nous amène à compléter ce dessin par un troisième qui représente une vibration complète (ex. 160A).
437. — L'on sait qu'il y a des pays où l'on calcule sur les vibrations simples (ex. 160 Aac); dans d'autres, ce sont les vibrations complètes (ex. 160 Aaaa) qui servent de base aux calculs acoustiques. — Il s'agit donc de bien discerner. Voyons ce dessin (160); on pourra y distinguer :
i° La vibration simple (i6oaC), qui ne comprend que l'aller (le va) ou le retour (le vient) du corps vibrant ou oscillant. (Supposons la boule suspendue de l'instrument d'observation qu'on appelle pendule).
20 La vibration complète (ou double) qui comprend l'aller et le retour (ou le va et vient) du corps vibrant (ex. i6oAaaa).
30 En considérant dans ce dessin (160AJ seulement la partie sous B, elle nous montre le mode de vibration d'une corde qui produit le son fondamental. Considéré dans son entier (a"aa), ce dessin représente alors le mode de vibration d'une corde produisant sa 2e harmonique (par exemple le ré, son 2 de l'ex. 28B; voir aussi sous 2 de l'ex. 189).
40 L'étendue du dessin C de l'ex. 160, circonscrit le mode de vibration de l'air dans un tuyau ouvert en produisant le son 1 (voir les ex. 159a et 23oa).
50 Sous D enfin, ce dessin de tuyau fermé circonscrit sur l'ex. i6ox\, le mode de vibration de sa colonne d'air pour la production du son fondamental (le son 1).
438. — Finalement si l'on trace, sur la base du dessin de 160 A, un tube comme celui sous 160 D, mais allant de aa jusqu'au b, on verra alors le mode de vibration dans un tuyau fermé pour la production du son 3 (E de l'ex. 160).
439. — La fécondité du nouveau type instrumental, créé par l'invention de Dernier (§ 426-30), se manifesta de bonne heure par la formation d'une famille (ex i6iu1) embrassant la plus plus grande partie de l'étendue générale des sons.
On voit à l'exemple suivant (161) qu'il y a divers diapasons de clarinettes. Cependant, tous ne sont pas (ou plus) en
at>
Clarinettes ordinaires
en /ez!> y?/ /7?^!> r<? w/ 52 szi> /a fa mi\> si\> la
Clar. soprano-aigu Clarinettes- soprano Clar. alto x*) /♦) v fL r^ r /v k ^ Clar. basse
(musique militaire)
(pour J'orchestre)
t— | les plus
I g I usitées
!?ir
440.— Par un simple coup d'œil sur ce tableau synthétique, on s'en aperçoit de suite que seule la clarinette en ut (ex. 161e) ne transpose pas L'effet de tous les autres est plus haut (161 ;ld) ou plus bas (ex. i6ifl) que la notation
441. — Le mécanisme de la clarinette est très compliqué. A cause de cela on a été amené à créer pour chacune de ces individualités (A-D 161) plusieurs instruments transpositeurs. Car à mesure que se multiplient les dièzes et les bémols, les difficultés du doigté croissent.
442. — La grande étendue de l'échelle sonore « fondamentale » de la clarinette. — La clarinette, pour former son échelle de dix neuf sons fondamentaux (sons 1), est munie de dix-huit trous dont treize sont recouverts par des clefs. Elle réalise toutes les notes de son étendue comme l'ex suivant (162) va l'exposer assez clairement. Voici :
Sons 1
Sons 3 des Sons 5 ou . son son
fondamentales sons 9 I 5 9
xy
(sons fondamentaux)
(*) On pourrait ajouter encore les clarinettes-contrebasse en fa et
en mib (donc à l'octave des clarinettes-alto (ex. i6ii(,t.i), crées par Ad. Sax', mais ces instruments n'ont pas, jusqu'à ce jour, pénétré dans la pratique.
443« — Toute la série chromatique sous i62b est réalisée comme sons 3 des fondamentales sous i62a . Quant aux sons aigus sous 162e, on les réalise comme sons 5 de certaines notes de la série fondamentale (ex. i62d) ou bien comme son g des sons 1, tel que sous d on peut le voir : le fa $ comme son 5 du ré, ou son 9 du mi.
444. — Comme nous l'avons vu aux paragraphes 363-65, le son 5 a des défauts de justesse; il ne s'accorde pas avec la tierce de notre système tempéré. On comprend donc quel choix est laissé à l'artiste, s'il veut soigner la justesse de ses intonations.
445. — La clarinette par excellence. — Des clarinettes ordinaires, l'orchestre n'emploie généralement que celles en si b et en la; celle en si b est l'instrument des virtuoses.
Son timbre réalise à un degré éminent les qualités maîtresses de cette voix instrumentale : la pureté et le mordant.
Les variétés aiguës perdent en distinction et en charme à mesure que leur diapason s'élève au-dessus de celui de la clarinette en si b. A l'orchestre, l'usage de celle-ci est plus étendu que celui des deux autres (ex. 161e et h) clarinettes.
446. — Voici la délimitation des quatre registres qu'on distingue pour les clarinettes :
/registre grave ou\ /registre aigu\
^ chalumeau / (médium) \ ou clairon / (suraigu)
d) étendue "écrite" des clarinettes.*)
447. — Les registres de la clarinette. — Abstraction faite du registre suraigu, situé au-delà des limites de l'organe humain, la clarinette ordinaire embrasse l'étendue du soprano et celle du contralto réunies. Elle reproduit dans ces deux principaux registres le caractère opposé de ces deux voix. Le clairon
(:;:) Ceci est le mode de notation de toutes les clarinettes dont d'ailleurs l'exposé sous i6ia-l a fait prévoir (ou supposer) l'unité. Mais toutes ne vont pas aussi haut que celle en si \), la (et ut); à preuve l'ex. îôgbis.
a le brillant du soprano élevé ; le chalumeau avec son timbre creux et mordant, rappelle les accents de la voix grave de femme. Moins vivante, moins sympathique est la sonorité des deux autres registres.
448. — Le médium, transition entre le chalumeau et le clairon, est terne, faible. Les notes sol #, la, si b situées dans le médium sont les plus mauvaises notes de la clarinette. Surtout dans un chant ou un trait en solo, on tâchera autant que possible de les toucher seulement en passant rapidement.
Quant au registre suraigu, il a des sons perçants dont il n'est pas facile de tirer un bon parti.
Les Clarinettes de prédilection (d'orchestre)
Rien de virginal, rien de pur comme le coloris donné à certaines mélodies par le timbre de la clarinette, jouée dans le médium par un virtuose habile.
Le caractère des sons du médium empreint d'une sorte de fierté que tempère une noble tendresse, les rend favorables à l'expression des sentiments et des idées les plus poétiques.
La clarinette est peu propre à l'Idylle ; c'est un instrument épique comme les cors, les trompettes et les trombones. Sa voix est celle de l'héroïque amour.
Berlioz.
449. — Afin de faciliter au compositeur l'usage de la clarinette dans toutes les tonalités usitées, on a adopté à l'orchestre, concurremment avec celle en ut (ex. 161e), les deux instruments transpositeurs en si b et en la (ex. 161 * et h). — Les clarinettistes attachés à un orchestre sont tenus d'avoir constamment les trois instruments à leur disposition.
450. — Le choix entre les trois clarinettes n'est pas toujours motivé par de simples considérations de facilité. Souvent il se fonde sur le caractère de sonorité spéciale à chacune d'elles. Eclatant jusqu'à la rudesse, tel est le timbre de la clarinette en ut.
451. — La clarinette en si b est caractérisée déjà au § 445. Celle en la est moins propres aux traits brillants, mais elle possède en revanche une suavié incomparable. — Mozart affectionnait ce diapason, dont la sonorité s'harmoniait avec son -génie tendre et élégiaque.
Aucun autre instrument à vent n'offre au compositeur une aussi grande variété de ressources techniques que la clarinette : la diversité de ses timbres, sa grande étendue et sa souplesse pour la production des nuances. La clarinette sait enfler les sons et les diminuer jusqu'à l'extrême limite du pianissimo.
452. — Voici les fondamentales des clarinettes en ut, si \> et la, avec le rapport entre notation et effet :
Clarinettes d' orchestre.
en ut
TJ(W)
lr théor.
Om 52 2
en sz'\>
tel
]r théor.
en la
lr théor.
Om 620
453. — C'est principalement afin de pouvoir jouer toujours dans les tons, peu chargés de $ et de [J, que les diapasons différents ont été créés Le tableau suivant (165) va démontrer que, grâce à ce moyen, on peut facilement éviter les tons difficiles :
Pour les Tons
la Clarinette
la Clarinette
suivants de
en la, aura sa
en si\>, aura sa
l'orchestre