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l82 DANS LES PROPYLÉES DE L'INSTRUMENTATION
584. — Au moyen d'un de ces bascules (ou pédales de combinaison), on peut supprimer jusqu'à trente jeux à la fois; aller du plus grand fortissimo au plus doux pianissimo et produire un crescendo avec l'orgue tout entier.
Dans ces merveilleuses conceptions de la facture moderne, l'ancienne registration, qui exigea tant de temps, est supprimée. On dispose les jeux avant de jouer; pendant l'exécution on se sert des bascules, et tout marche comme par enchantement.
585. — Tous ces timbres, dont un grand nombre possède une voix des plus enchanteresses, maniés par un organis'e de premier ordre, — toute l'artistique magie des sons que son talent sait en tirer, tout cela est bien de nature pour trapper l'imagination. On se sent rempli de la plus vive admiration pour le génie humain qui sut créer une telle merveille.
En vérité, quelle chose admirable que la voix ou plutôt les mille voix de cet instrument merveilleux et incomparable, de cet « écho de l'invisible » selon la belle expression de Lamennais.
586. — Mais les merveilleuses orgues de dimensions si colossales ne sont pas très nombreuses. Et parmi elles il y a même dans les détails — dont plus loin nous verrons quelque chose — une variété assez considérable On peut provisoirement s'en faire quelque idée en comparant à l'ex 244 les colonnes de chiffres se rapportant au "nombre " des divers registres des monumentales orgues de Notre-Dame, de Saint Snlpice (tous les deux à Paris), de celui de la Cathédrale d'Ulm, etc
Ce n'est que dans la vaste enceinte des cathédrales, que la sonorité majestueuse des orgues à registres de trente-deux pieds, peut se déployer. Il y a donc des orgues de dimensions variées. On les désigne généralement sous le nom de : orgues de 8, de 16, de 32 pieds.
587. -• Orgues de dimensions variées. — On a l'habitude d'indiquer les proportionsgénérales d'un orgue, en énonçant le diapason de son jeu le plus grave. En conséquence on distingue des :
a) Orgues de 8 pieds, petites orgues bonnes pour les
chapelles.
b) Orgues de 16 pieds, grandeur moyenne des instru-
ments d'église et de concert; et enfin des
c) Orgues de 32 pieds, dont la sonorité majestueuse se déploie à son aise dans l'enceinte très vaste de nos cathédrales et dans les très grandes salles de concert.
Il importe donc avant tout de voir ce qu'il faut entendre par pieds en facture d'orgue, et ce que c'est qu'un registre.
588. — Mais ici nous nous trouvons en face d'un nombre de détails utiles, voire indispensables, à connaître, dont le choix n'est cependant pas sans embarrasser. Les paroles de Gothe (Faust) traversent la pensée : « greift nur hinein..., und wo ihr's packt, da ist's intéressant. Malgré la vérité de ces paroles, aussi au sujet de ce qui nous occupe plus spécialement en ce moment, la logique commande, que, dans l'intérêt de la compréhension telle explication précède telle autre.
589 — « Le rapport des quantités est le principe de toute chose » a dit Pythagore, le grand et divin philosophe. « Le rythme est le meilleur gardien des connaissances », jugeait sans doute le collège des Druides; car la société celte qui n'avait ni liturgie ni loi écrite, ce collège la gouvernait par d'inflexibles traditions que les vers — donc un certain rythme — mettaient à l'abri des défaillances de la mémoire.
590. — Nous allons voir ce qu'il y a de précieux dans ces idées antiques. Ce rapport et ce rythme qui nous sont apparus déjà dès les premières pages de ce livre, vont se montrer ici sous un jour nouveau.
591. — Voyons le tableau suivant (222) et examinons ce qu'il nous enseigne comme « rapport » et comme « rythme ».
registres de
pieds
registres de
pieds
registres
de
pieds
registres de
pieds
Sous ll nous voyons réapparaître les huit premiers chiffres de la série harmonique (ex. 1). Sous b le rapport fondamental
des registres d'orgues (pris ici sur la base de 32 pieds) est greffé sur quelques chiffres de la série 1 à 8, notamment sur 1, 2, 4 et 8. Sous 222c nous voyons la preuve du « rapport » qui existe entre les chiffres sous a et b des colonnes 1, 2, 4 et 8.
592. — En effet, ces chiffres 1, 2, 4 et 8, qui sont dans un rapport de multiples, constituent indiscutablement une sorte de rythme. Aussi, nous savons déjà par les ex. 3 et 1 qu'il y a un rapport d'octave i{ ascendant " entre chaque série de deux chiffres de la série 1, 2, 4 et 8. Nous constatons maintenant, au sujet de la longueur des tuyaux d'orgues, un rapport identique entre les nombre 32, 16, 8 et 4.
a ûj c
Les notes des pages 6 et 7 donnent déjà, sous la division Ba, les rapports d'octaves que nous montre ici 223A.
Ce rapport, ce rythme en quelque sorte, nous allons le retrouver également (ex. 224) sur les bases des orgues de 8 et de 16 pieds (voir a et b du § 587). Mais disons d'abord un mot de ces voix de l'orgue qu'on nomme/^w de fond.
593. — Les jeux de fond de l'orgue. — Le fonds principal des sonorités de l'orgue est constitué par les registres (jeux) de huit pieds On les nomme jeux de fond (en allemand Kern-, Normalstimmen) parce qu'ils constituent la base de l'orgue. Ce sont les plus importants et les plus nombreux. Ils représentent la moitié au moins de la totalité des registres.
594. — Le tableau qui suit (224) constitue une synthèse des registres à base de 8 pieds (224b) et de 16 pieds (224e), comme l'ex. 222 Ta exposé pour le 32 pieds.
bb)
ce)
registres de pieds
registres
de
pieds
registres
de
pieds
"registres
de
pied
registres
de
pieds
registres
de
pieds
registres
de
pieds
registres
de
pieds
r-Jf)
595- — On constatera que la base qui a été prise (soit 8 on 16), divisée sous bb et cc par le nombre qu'on trouve verticalement sur la ligne à hauteur de la colonne a de l'ex. 224, produit chaque fois le nombre qui exprime sous b et c, la longueur du tuyau initial du registre.
596 — Les colonnes des chiffres 3,5,6, 7, non utilisées sous b et c des ex. 224 et 222, ne viendront à propos que lorsque nous aurons à nous étendre sur les jeux — très bizarres parfois — qu'on nomme mixtures oxxjetix de mutation.
597. — Les pieds en facture d'orgue. — Dans la facture d'orgue, le pied sert en quelque sorte de mètre. Un long usage a consacré ce terme technique.
Les sons de certains jeux (registres) de l'orgue, qui sont au même diapason que ceux du piano, se disent être produits par un registre de 8 pieds; c'est-à-dire le tuyau « ouvert» qui produit l'ut sous a de l'ex 225 (et à l'unisson de ce même ut au piano) mesure 8 pieds de longueur.
598. — C'est d'après cette longueur initiale (ou fondamentale) qu'on désigne toute une octave, ainsi que tout un jeu ou registre.
Octave Octave
de 8 pieds de 4 pied*
Octave
de 2 pieds
Octave
de 1 pied
Pm
oo
Ph
Mais il est clair — et il ressort avec évidence de l'ex. 225 — que le tuyau produisant le son si de l'octave de 8 pieds (225a) ne sera qu'un peu plus long que celui de l'ut de l'octave de 4 pieds (voir 225b).
On pourra se faire une idée de la gradation de ces diverses longueurs de tuyau pour la production des sons d'une même octave, en regardant ces différences pour les sons fa, fa j#, sol et la de l'ex. 188
599. — JLes registres ou jeux. — Une série de tuyaux homogènes, produisant des sons de même timbre (§ 579) prend le nom de registre ou de jeu d'orgue. En tirant ou en poussant les boutons, sur chacun desquels est inscrit le nom d'un jeu, l'organiste ouvre ou ferme ces jeux. Ordinairement il s'y trouve indiqué aussi la gravité ou Vacuité (exprimée par le nombre de pieds) de l'instrument que ces jeux d'orgue imitent.
dans lp:s propylées de l'instrumentation 187
Pour n'en citer que quelques-uns, — il y a des registres :
Flûte de 8 pieds ) Clairon de 4 pieds
Montre » 8 » ? Prestant > 4 »
Viole de gambe » 8 » c Flûte douce » 4 »
Violoncelle » 8 » ( Dulciano » 4 »
Trompette » 8 » (
af ^~" j ~ If ^~~~
A toutes ces sonorités nombreuses de l'orgue, l'organiste commande par le mécanisme merveilleux des registres et des bascules (§ 584) ; au gré de sa fantaisie, il les isole, les réunit, les mélanges dans les combinaisons les plus diverses.
600. — Bref, à lui seul un registre représente un instrument de l'orchestre.
Mais il y a des registres qui ne parlent pas sur toute l'étendue du clavier. Ceci a fait établir une distinction entre ce qu'on appelle \tsjeux complets et les jeux incomplets .
601. — Les jeux complets et les jeux incomplets. — On désigne et distingue ainsi les jeux qui parlent sur toute l'étendue du clavier (jeux complets), de ceux qui n'en embrassent qu'une partie, soit au grave soit à l'aigu {jeux incomplets). Par exemple les registres qui ont nom de hautbois et basson ont respectivement un jeu incomplet. Le basson a ordinairement deux octaves et demie ; le hautbois occupe le reste du clavier.
6021. — Parfois ces deux instruments sont indiqués comme constituant un seul registre : Basson-hautbois, 8 pieds, ce qui est très compréhensible. Leur timbre étant apparenté (voir § 412) ils se complètent mutuellement, de sorte qu'à eux deux ils constituent un jeu complet. Sur les petites orgues on trouve parfois deux bourdons et deux prestants qui se complètent, comme l'indication supplémentaire : basse et discant semblent le prouver. On en voit un exemple au n° 227 sous a et k, ainsi que sous c et h).
602 2. — Dans les grandes orgues on rencontre des jeux (incomplets) qui commencent déjà soit au sol (ex. 226 x), soit au fa (ex. 226 -f-), soit au do (ex. 226 x )• Ce dernier cas se présente souvent dans les orgues de facture anglaise ; ces jeux portent alors le nom de Teneroon.
226 aJ S:
6031. — Voici la disposition des jeux d'un orgue de village ; cela permettra de se former quelque idée de la répartition inégale de certains registres. Ce plan peut servir d'exemple à ceux qui voudraient se donner la peine d'examiner à cet égard des orgues plus grandes.
OT
^■iis
Cfl
rg
go
r=! cj
o P o ro
6032. — Il y a lieu de faire une remarque au sujet des registres violon (b), Viola di Gamba Q) et voix céleste (') de cette disposition d'orgue (ex. 227 (!).
Le registre violon fonctionnant tout seul, parle du haut en bas du clavier; seulement la partie grave comprise entre ut à re (voir sous b — — w) me semble être une sonorité de bourdon, mais encore plus douce, plus sombre, plus mystérieuse.
C'est un cas analogue pour la Viola di Gamba (*). Aussi ce registre fonctionnant tout seul, parle du haut en bas du clavier; mais la partie grave (ré à ut ^ — ^) dénote le timbre de la flûte creuse.
6033. — La voix céleste ne déploie son timbre spécial que sur le parcours indiqué sous i. En outre, elle présente la particularité (*) que lorsqu'on tire ce registre, la Viola di Gamba s'ouvre en même temps.
Les deux prestants (c et h, basse et discant) se complètent mutuellement. Il en est de même des deux bourdons (a et k). A l'égard de l'expression supplémentaire : 16 pieds, remarquons que ces bourdons sont des flûtes bouchées (§ 610, 20) de 8 pieds. A cet effet, comparez les § 611, 616 ainsi que les exemples sous b des nos 230 et 230 bis.
604. — Le clavier de l'orgue, son étendue «apparente » et « réelle >. — Comme ce titre le fait déjà comprendre, il s'agit de discerner la réalité de l'apparence. Le tableau suivant indique l'étendue du clavier (ou de chacun de 2, 3, 4 ou 5
(1) Quant à la disposition des petites orgues anciennes, il ne sera pas sans quelque importance de citer ici ce que le maître Gevaert raconte de l'orgue de son village : « L'instrument qui a servi à ma première éducation musicale, un très vieil orgue de village, n'avait pas moins de six jeux de mutation (*)sur un nombre total de seize registres : un cornet, un nazard, une tierce, un larigot, une fourniture, une cymbale. Tous les fonds étaient représentés par un bourdon de 8 pieds, une flûte de 4 et un prestant !!! Pour compléter ce bel ensemble, une trompette, un clairon, un cromorne et une doublette. Je ne compte pas le rossignol, registre qui ne fonctionnait plus de temps immémorial, ni l'inévitable tremblant. Il est vrai que le sacristain, mon maître, prohibait sévèrement l'emploi de la tierce, du larigot et de la cymbale, excepté cependant un seul jour de l'année. Le samedi-saint, au Gloria, alors que les cloches de retour de Rome sonnaient à toute volée, on tirait tout I!! »
(2) Au moins sur cet orgue de Tex. 227.
(*) Autrefois, on prodiguait les jeux de mutation à un degré presque incroyable. Les petites orgues modernes n'en ont plus (voir § 618); à preuve celui de l'ex. 227 .
DANS LES PROPYLÉES DE l'INSTRUMExNTATION
claviers) de l'orgue. C'est-à-dire sous a) de l'ex. 228 l'on voit au grave et à l'aigu la limite des touches. Mais ici le « visible » (le clavier) n'exprime qu'une partie de l'étendue réelle (l'audible) des sons; celle-ci est indiquée sous 228b.
\l'orgue d'Eglise ou de Concei