PRÉFACE III
mei^ent conhnueuemenr aux dangers tragiques, et sont plus propres que ces dangers mêmes à énerver la volonté. Quand je voyais, dans tes halages, tant d'avaries, de poulies ou de treuils, tant d* « aussières » se rompre ou tomber à Veau avant d'être saisies, etc., j'avais envie, moi lecteur, de crier : « J'y renonce! » et de laisser tout aller. Mais Hourst, lui, « ne renonçait pas ». Il était calme et souriait dans sa moustache, d'un air têtu. — L'effort, ici, est de tous les instants, est toujours, taujours à recommencer, sous peine de mort.
Et cette action-là exerce aussi l'intelligence. — C'est dH ailleurs une action savante à laquelle collabore, par ses applications mécaniques, la science accumulée par les hommes depuis des siècles. Sur cette machine compliquée qu'est une canonnière, tel petit mouvement commandé par l'ofjicier à quelque matelot n^est efficace qu'en vertu de calculs échafaudés sur tel théorème d'un physicien de génie, mort il y a longtemps peut-être. En sorte que l'action dont je parle utilise les parties les plus hautes de l'héritage intellectuel des aïeux.
Elle exerce encore ou intéresse l'imagination : le don d'invention d'abord.^ pour trouver ^ à chaque moment, les moyens de lutter et de vaijicre, et aussi^ dans une large mesure, l'imagination poétique. Car c'est encore le beau combat des premiers hommes contre l'inconnu. C'est la lutte contre les grandes forces naturelles, dont les manifestations sont souvent magnifiques. Et Hourst se permet, quelquefois^ de sentir cette magnificence.
Jules Lemaitre.
l'u OLRY » AU BASSIN A SHANGHAÏ