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Crampser, mourir

que le veston boutonné rendait plus mince, et qui l'effarait autant que le visage.

— Il faut Touvrir!... l'ouvrir! chevrotait-il.

L'armoire semblait toujours plus vivante, plus mystérieuse et plus dénonciatrice... Pourtant, il introduisit une pince dans la fente, près de la serrure. Le bois et le métal craquèrent. Ce craquement semblait se répandre à travers l'étendue comme un appel des choses... Un pas fit trembler Jacques jusqu'au fond de ses os, et quoiqu'il sût que c'était la Poule, un froid glacial persistait entre les deux épaules :

— - Lanternons pas! fit le complice.

Jacques pressa plus fort; la frôle serrure, vieille et mal ajustée, céda brusquement... Alors, ils virent quelques draps de lit, des chemises de coton, des chaussettes, où Jacques fouilla d'une main grelottante :

— Un nid à talbins!

Il ramenait un portefeuille suranné, en cartoncuir rouge, qu'il ouvrit avec fièvre. Des billets de banque s'y décelèrent; et la peur «'évanouissant, une lucidité subite dicta chaque geste du jeune garçon. Il fourra les billets dans sa poche, remit le portefeuille où il l'avait trouvé, ferma l'armoire qui, au premier coup d'œil, ne montrait aucune trace d'effraction, et même, il

n'oublia pas'de fourrer le cadavre du chien sous une armoire en bois blanc, qui se trouvait dans la cuisine :

— Cartons!

La Poule tira derrière lui la porte de la maison et celle de la venelle. Quand ils furent à quelque distance, Jacques sifflota pour avertir les guetteurs.

Comme il était convenu, les deux Gargaille battirent en retraite par la porte de Châtillon, Bille et Gobiche par celle de la rue Didot, Quant a Jacques et la Poule, ils redescendirent dans le fossé, où l'un remit son veston et changea de casquette, tandis que F autre se déboutonnait et rendait une forme normale à son chapeau.

— Combien qu'y a? demanda alors la Poule. Son sang-froid l'avait abandonné. Affolé

par le voisinage des « fafîes », et plein de soupçons formidables, il abaissait ses yeux circula ires :

— Je ne sais pas! répondit froidement Jacques... Pour sûr, c'est pas ici que je les

déballerai.

— Ousquon partagera? reprit l'autre d'une

voix de ventre.

— Où on pourra causer...

L'impatience brassait la Poule et le ton de Jacques, pour la première fois, éveillait en lui une sourde révolte;" il s'exclama :

Qui est-ce qui a fait l'affaire au cabot?

En Jacques, la vanité dominait si fort la convoitise que. dans ce premier moment, il eût volontiers donné à chacun des compagnons une pari égale à la sienne. Quand il comprit l'inquiétude de la Poule, il haussa ironiquement les sourcils :

— Bien sûr que t'as fait l'affaire au cabot! C'est du bon travail, bien propre, et ça vaut au moins une tune.

- Une tune! grogna la Poule dont les joues se plombèrent.

Jacques s'arrêta pour écouter; puis, il épia le profil des fortifications et la sortie du fossé. Deux hommes passaient, en bras de chemise, l'un avec une ceinture bleue, l'autre avec une ceinture rouge. C'était l'heure où, dans les ombres longues, les rôdeurs et les rôdeuses arrivent en nombre aux barrières :

— Faut décarrer d'ici!

Comme Jacques parlait, deux filles parurent, qui se mirent à descendre, suivies de près par un homme en salopette. Les filles dévisagèrent Jacques et la Poule. La plus grande portait un

caraco hyacinthe, la seconde un corsage gomraegutte semé de bleuets; leurs yeux exprimaient une veulerie malicieuse et elles marchaient comme des canes, avec un roulis qui pouvait être excitant dans la pénombre et qui devenait attristant en pleine lumière. Celui qui les suivait montrait un nez long et pâle dans un visage ébréché. Il tanguait aussi, mais sur des pattes hautes, dont les articulations grinçaient. Son œil dormassant s'attarda sur les complices.

— Nom de Dieu! grogna le petit chef.

Ces trois regards demeuraient sur lui comme des mains. Il sentait que son image et celle de la -Poule étaient prises aussi sûrement que par un photographe. Elles persistaient là, dans ces passants furtifs, elles allaient au hasard, prêtes à renaître selon la lecture d'un fait-divers ou les propos d'un mastroquet : elles faisaient des deux filles et du rôdeur des êtres fatidiques et terribles.

— C'est canulant! remarqua la Poule. On

est mordu1!

— Et après? fit Jacques, qui préférait garder ses craintes pour lui-même. On les a reluqués aussi. Ils n'aiment peut-être pas plus que nous d'être mordus!

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