CHAPITRE II
Il était une heure du matin lorsque Jacques, la Poule et Carmelot parurent dans la rue Canonne. La lune ne devait se lever que vers Faube, Les six maisons et Fusine montraient des façades éteintes. C'était une nuit très noire, traversée de souffles brusques et qui devait se résoudre en orage.
— Acre! fit la Poule, en tendant ses oreilles plates.
Ils se glissaient lentement contre les façades, avec la crainte soit des « flics » faisant File, soit des agents cyclistes, soit encore du passant qui prend votre image comme un kodak vivant.
Deux abois brefs retentirent :
— Le kleb de la fabrique! chuchota Jacques. Ils s'étaient arrêtés, pleins de la crainte et de
a haine du chien :
— Salaud!
Les abois reprirent, plus longs; la peur desendait comme un fluide dans la poitrine des eunes hommes. Puis, il y eut une pause, penlant laquelle ils s'avançaient sans bruit, car ls avaient enveloppé de toile leurs chaussures. Vprès peu de minutes, ils se trouvèrent devant e jardin : un terrain vague le séparait de la abrique et une venelle de la maison de rapport.
Avant de faire le geste décisif, ils épièrent onguement Fambiance.
— Personne! fit Garmelot, à l'oreille de Jacpies. Rien que ce sale cabot!
Il tenait la clef qui devait ouvrir la porté et m'il avait huilée. Elle ne fit aucun bruit lorsqu'il l'introduisit dans la serrure ni lorsqu'il la tourna. Mais, en s'ouvrant, la porte grinça; le 3hien se remit à aboyer. Alors, palpitants, ils demeurèrent immobiles devant l'ouverture nébuleuse qu'entrecoupaient des profils végétaux, [ls pouvaient encore battre en retraite.
— On marche ! murmura Jacques.
— C'est à gauche, ajouta Garmelot.
Il attira la Poule dans le jardin et, quelques
secondes plus tard, Jacques ayant refermé la porte, tous trois se trouvèrent sous les ramures humides d'un marronnier. Le chien faisait silence; ils s'efforçaient d'entendre le pas qui les avait inquiétés :
— Le gnière a décarré1... c'était dans l'autre rue. i
— En tous cas, c'étaient pas des flics... il n'y avait qu'un seul pas!
Pendant plusieurs minutes, ils demeurèrent ainsi, dans une indécision grelottante et suffocante. A mesure que leurs cœurs battaient moins fort, ils se rassuraient. Leurs yeux, jeunes et perçants, discernaient des feuillages, des touffes de fleurs, des carrés d'herbe, la façade grise de la maison, avec les rectangles de la porte et des fenêtres. Une noctuelle frôla le visage de Jacques, puis un chat passa, furtif, léger et rapide : ce petit jardin semblait plus spacieux, avec la sauvagerie des végétaux humides et leurs mystérieux frissons de vie.
— On a bien fait de s'arrêter! remarqua Garmelot; ça habitue le kleb à notre odeur.
— Faudrait pourtant pas pioncer! fit Jacques. Au turbin!