CHAPITRE IV
Jacques se trouva chef de bande. Quoiqu'il recherchât le prestige et l'autorité, il n'avait jamais donné de forme précise à ses instincts : la légende lui manquait et l'exemple.
Dans la profondeur des faubourgs, le recrutement des apaches est incohérent mais continu : le conformisme y suit des sentes tortueuses et il faut le hasard d'un Martin pour déterminer des cristallisations.
Parce que la Poule et les frères Gargaille suivaient Jacques, d'autres vinrent qui détestaient Martin. L'instinct de Lérande pouvait être salutaire en orientant ces petits mâles blêmes vers un idéal moins tragique. Mais il y eut la rivalité
des deux bandes. Celle de Cigare, augmentée de recrues nouvelles, se livrait à des rapines qui exaltaient Y admiration et déchaînaient l'envie. Jacques se trouva à la fourche des instincts. Si le petit garçon n'avait jamais accepté le code que le milieu impose aux enfants, s'il se moquait des règles, il conservait pourtant des répulsions héréditaires, et ce genre d'honneur qui n'est qu'une propreté de l'esprit. Sans doute, il croyait que le sergent de ville, le gabelou, le gendarme, le gardien de square ou de parc, le maître d'école, le patron, sont des ennemis, et que la bête qui rôde, le poisson de la mare ou de la pièce d'eau, la plante des bois et des champs, le fruit du jardin, les choses qui traînent parmi les décombres, appartiennent à tout le monde. Il ne voyait aucun mal à chiper une prune ou une poire, quelques noix, des figues, une boîte de sardines 3n plein trottoir, à l'un de ces étalages où les provisions sont accumulées comme si elles y Doussaient : tant pis si la main qui passe ne sait }as se retenir et rafle!
« Puis, pensait-il, il y en a trop : les marchands îe savent qu'en faire. » Néanmoins, il ne s'était amais imaginé pillant la boutique ni fréquenant des compagnons qui le feraient. Et voilà ju'il fallait y songer!
LaPoule et les frères Gargaille prélevaient depuis longtemps, lorsque l'occasion était favorable, quelque menu dessert de fruits ou de sucreries, quelque livraison illustrée. Ce n'était pas une habitude encore, mais, avec le temps, les récidives s'accéléraient.
Un après-midi, la bande passa devant Grobe. La boutique s'enveloppait d'une buée. Des dames nombreuses harcelaient le personnel; une cargaison de pains d'épices à deux sous s'étageait au tournant. Le cadet des frères Gargaille, se posant au milieu du trottoir, engagea une dispute artificielle avec un garçonnet borgne, nommé Lancelinet surnommé Bille-à-la-Manque ou Bille. La Poule dirigeait vers eux des prunelles attentives, le dos tourné aux pains d'épices. L'autre Gargaille, une main en cornet sur la bouche, éjaculait :
— Z'avez pas fini de gueuler?
— La ferme! approuva la Poule.
— De quoi tu te mêles, toi? grogna Bille-àla-Manque, qui s'élança vers les interpellateurs.
— Ah! non, reprit la Poule, tu vas pas recommencer avec moi... ou gare à ton deuxième
imposte!
Mais des camarades s'interposaient et la bande, calmée, remonta la rue du Lunain.
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Quand ils eurent traversé la rue Sarrette, Faîne des Gargaille se mit à rire :
— Moi, j'en ai deux! s'éjouit-il.
— Moi, trois, fit gravement la Poule.
Ils étaient dans la rue Marié-Davy, toute en murs, où l'herbe pousse sur la chaussée. La Poule et l'aîné des Gargaille, qu on appelait aussi le Vieux, montrèrent les petits pains d'épices au dos verni.
Deux hontes antagonistes tenaillaient Jacques : la honte d'être avec ces petites crapules et la honte d'avoir l'air maladroit ou godiche. Tous l'épiaient. Quand ils surent qu'il n'avait rien fait, il y eut une petite surprise humiliante.
Seul, il vécut des minutes pénibles. Ce n'était pas un drame de conscience, comme en ont les êtres très sociaux; c'était un drame tout de même. Il avait une envie brusque et violente de ne plus revoir ses camarades. L'atavisme « des réguliers » revenait avec une force convulsive. Jacques se vit filoutant du pain d'épices comme la Poule et son cœur s'alourdit. Il vit aussi la bande qui se moquait et ses oreilles brûlèrent. Comme il n'avait pas de langage approprié aux combats moraux, les phrases s'écoulaient
disparates; où il aurait fallu des jugements, il ne venait que des images.
Il rentra à la maison, plein de cette hargne qui accompagnait ses perplexités. La famille était à table; une soupe aux poireaux et aux pommes de terre emplissait les assiettes :
— Tu rentres toujours plus tard! remarqua Maurice. Tu finiras par ne plus rentrer du tout!
Il parlait avec calme; ce calme même agaça Jacques :
— Fiche-moi la paix! dit-il. Est-ce que je m'occupe de tes affaires?
— Maurice a raison! fit Adrienne. Tu rôdes comme un rat sauvage.
— Tous les rats sont sauvages! ricana l'enfant.
Le feu de ses yeux se mêlait de fumée, son visage maigre exprimait une émotion hagarde : il était comme un loup parmi des chiens.
— Mange ta soupe! dit la mère, dont le cœur contractait en voyant son petit si blême. Ces mots cassèrent net sa mauvaise humeur.
Il s'assit en silence et, tour à tour,. il épiait ces gens qui formaient sa race. Le lien qui les unissait devint très fort; la Poule, Cigare, Petite-Rosse, les frères Gargaille s'évaporèrent comme une mauvaise odeur. Il sentait le be-
soin de dire quelque chose qui fût un engagement envers les siens, et aussi le besoin qu'ils lui parlassent d'une certaine manière, chaude et affectueuse. Mais il ne trouvait pas de mots et eux ne devinaient aucunement ce qu'ils auraient dû faire. Il était, comme nous sommes tous, une petite île escarpée dans un océan sans bornes.
Ainsi, les propos opportuns demeurèrent enfouis dans le mystère des êtres. Eussent-ils d'ailleurs été efficaces? Il semble que nos discours, même adaptés aux états d'âme, soient soumis à des chances de loterie...
Après le repas, la famille devint morne. Tous plongeaient dans un marécage moral; tous désiraient encore quelque chose : un peu de dessert, un spectacle, une émotion indéfinissable. Un récit eût contenté Maurice : dans le petit tas de livres rangés sur la cheminée, aucun qu'il n'eût parcouru dix fois.
La lueur de la lampe était misérable et fatigante; les murs pesaient; on se sentait pauvre d'une façon malsaine et laide : jusque dans le cerveau tendre de Jeanne, il y avait le sens d'une autre chambre, claire et fraîche, au delà des pénombres, au delà des pâles misères...
Alors, l'ennui racornit Jacques. Il regarda son frère qui ouvrait, avec résignation, la Physique, de Ganot; il pensa que, s'il était adulte, % ça ne se passerait pas comme ça! »
— On s'embête! grogna- t-il, avec une envie - de s'évader et de courir vers la lumière.
U se leva.
— Tu ne vas pas encore sortir? demanda Mme Lérande.
— On s'embête! répéta-t-il.
Un flot d'indignation monta à la tête de Maurice :
— Il veut revoir ses crapules.
Un rire lourd et méchant secoua Jacques :
— Tourte!
Il s'était rapproché de l'aîné, il le regardait dans les yeux, avec son air de défi et de gouaille, où s'ajoutait quelque chose qui venait de Cigare, de Petite-Rosse, de la Poule, des rues puantes :
— Est-ce que tu crois que tu n'es pas une crapule, toi-même? goguenarda-t-il. Essaie de faire une visite au père Loubet ou seulement à des gens qui ont dîné chez papa, et tu verras si tu n'es pas une crapule!
— Petit malheureux! murmura Maurice.
Il eut l'accent plaintif qu'il fallait avoir.
L'insolence quitta le visage blême de Jacques; Finstinct de famille domina et les sensations qui sont accumulées dans le fond essentiel de la mémoire. Une crise heureuse était possible... Mais Maurice avait moins d'intuition que de bonne volonté; il proféra des paroles irritantes :
— Tu ne t'amuses qu'avec des voyous... tu deviendras un rôdeur, un ivrogne, un meurt-defaim... la honte de la famille!
La colère du cadet s'était rallumée et brûlait plus fort à chaque mot. Il n'y eut plus de famille; la chambre parut plus indigente et les murs plus lourds.
— Je ne serai toujours pas un idiot comme toi. Ah! tu peux te vanter d'en avoir une couche, de quoi faire rigoler un chameau. On te cracherait sur le nez, tu croirais qu'il pleut... Et puis, ton opinion, tu devrais sayoir depuis longtemps où je la fourre!
— Tais-toi ! cria Adrienne. Ton frère a raison, tu es un voyou !
Elle était exaspérée, moins des actes du cadet, qu'elle s'opiniâtrait à travestir, que de l'attitude et des épithètes. Les deux regards de flamme se croisèrent, étrangement semblables, mais l'un très « social », l'autre déjà sauvage :
— Alors, tu prends son parti? fit-il d'un
accent haineux, quand c'est lui qui a commencé?
— Il parlait pour ton bien! .
— Mon bien ? Qu'il me dise où ça se trouve, que j'y coure!
— Tais-toi! gronda-t-elle.
Elle était devenue plus blême que lui; on
voyait trembler ses épaules, et ses bras menaçaient :
— Ah! non, dit-il... il ne faudrait pas essayer. Je suis trop vieux et je gagne ma soupe! Personne ne portera la main sur moi.
La misère des êtres s'ajouta sinistrement à la misère d'argent; une horrible détresse brisait la colère d'Adrienne. Muette et hallucinée devant ce petit qu'elle avait préféré aux autres, elle ne savait plus que dire; en sa pauvre tête pleine d'énigmes, les idées dansaient une sarabande; elle semblait encore fâchée et elle haletait de chagrin.
— Allons, maman... il n'en vaut pas la peine! fit Maurice.
Il s'était posé devant son frère, la face indifférente et presque rêveuse, quoique l'émotion battît à flots dans sa poitrine.
Et ils se détestaient âcrement, avec cette sensation de blessure que nous éprouvonslorsque
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l'affection est cachée au fond de la fureur, et que nous avons été sur le point de nous attendrir.
— Ah! je n'en vaux pas la peine! glapit Jacques... Tu ne me l'envoies pas dire, espèce de veau à la casserole!
Il parut prêt à se jeter sur Faîne. Puis, son visage durcit, l'œil devint presque obscur; il se borna à dire :
— Bonsoir!
La porte claqua. Adrienne poussa un gémissement; Maurice marchait le long de la muraille, abruti de honte et de mélancolie; mais ils ne concevaient pas, même" de loin, le sens exact de la scène. Leur caste était en eux, et son long atavisme; elle leur permettait de pressentir dans le mauvais sujet un être qui gaspille sa vie et rend ses proches misérables, d'entrevoir une existence comme celle du cousin Pierre qui, après des années d'incurie et de paresse, était mort à l'hospice; elle leur masquait la réalité formidable.
— Ah! soupira- t-elle, si nous pouvions retourner à la campagne!
Jacques suivait l'avenue du Maine. Il sifflotait, les mains aux poches, la tête pleine de
rumeurs bizarres, méchantes et bravaches. 0 avait des torts envers lui! Il les ressassait, so instinct les voulait irréparables, et rien que d'évoquer la dernière phrase de Maurice, il avait de la rancune jusqu'au bout des doigts.
Le siffïotement marquait des phases de fièvre et de répit, que suivaient des rêves où Jacques jouait des rôles terrifiants. Quelquefois aussi, il se sentait confusément une bestiole lâchée dans un inconnu énorme et plein de tempêtes.
Cependant, au bout des régions d'ombre, s'annonçaient ces lueurs qui enveloppent la rue de la Gaîté. Sur une faible étendue, elle empile toutes les substances qui font hennir la convoitise humaine. On y mange fabuleusement; les bars, les cafés, les mannezingues abreuvent des peuplades; mille femmes nues y trouveraient à foison le vêtement, les atours, la coiffure et les joyaux. Le phonographe brame, le cinéma développe ses scènes astucieuses, on entend geindre le violon et beugler la trompette, enfin, il y a un théâtre et deux grands cafésconcerts.
Le petit entra avec un frétillement dans ce Chanaan des pauvres. Les lueurs l'emmitouflaient, insolentes et brutales, qui trouaient les étalages, tombaient des réverbères, radiaient
autour des phares. L'enfant s'en délectait, comme d'un luxe inépuisable. Son regard agile, plongeant au fond des bars, s'emplissait de concupiscence. Les crêpes répandaient une odeur de margarine chaude, les marrons eharbonnaient, un musc ardent s'évaporait derrière des femmes peintes.
Le théâtre et le concert Montparnasse vomirent simultanément les hordes de l'entr'acte. On y reconnaissait le Capital à l'expression ou au volume des visages, à des bagues, des gemmes ou des robes, à la syntaxe et au rythme: Mais le Travail dominait, visible dans la bonhomie du costume, le galbe ou l'allure des torses,. l'inexprimable absence de « poids social ». Enfin, il y avait les nomades, aussi étroitement adaptés que le renne à la toundra. Le charcutier et la charcutière pouvaient ne pas les discerner; le jeune Lérande ne s'y trompait guère.
Une paresse hardie se décelait dans leurs prunelles, mêlée à une vigilance sournoise, et leur teint, presque toujours, avait une nuance indéfinissable, en quelque sorte caverneuse. Rien qu'à la manière dont ils mouvaient les bras ou les épaules, on sentait leur dégoût de l'atelier et la volonté sourde de faire leur propre loi.
Tous, même les~^plus crasseux, arboraient quelque parure; la plupart prenaient un soin méticuleux de leurs cheveux qui, chez les bruns, jetaient des éclats de bottines cirées; certains mêlaient à la fermentation de leur peau une senteur de bazar, véhémente.
Jacques ne les admirait que depuis quelques semaines. Auparavant, son instinct bourgeois se hérissait contre eux. Grâce à l'habitation rance, aux vagueries et aux fréquentations nouvelles, ses fibres s'acclimataient; les histoires de Terreurs et de Costauds le préparaient à une autre discipline.
Pendant l'entr'acte, il épia, F œil terriblement clair, ces indigènes du bar et du bouge. Les autres lui semblaient faibles, craintifs, négligeables. Et tandis qu'il s'ébahissait devant une haute brute, aux mouvements ondulés, aux pieds de caoutchouc, il entendit une voix brumeuse :
— Veine... c'est Soupe-au-Lait!
Il se tourna et vit la Poule, qui ajouta :
— Tu reluques Kangourou?
— Qu'est-ce qu'il a fait?
— Tu sais donc rien? Il a fendu un pilon au meg d'Odessa, à cause de la môme Poivre... Ce qu'il est costaud !
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Et le gosse dirigea vers Kangourou une face extatique :
— C'est pas seulement qu'il est costaud, mais mariolle! Celui qui y donnera la trouille, y n'est pas encore sorti du four!
Ainsi discourait la Poule, d'après son phonographe interne, où s'inscrivaient les phrases j des adultes. Jacques comparait Kangourou aux boutiquiers gourds, vagues et comme dépolis.
— Il a sa bande? demanda-t-il.
— J'te crois. Il est le meg des Corbeaux... Aregarde, ça doit en être!
Le Kangourou venait de rejoindre des drilles aux visages fromageux. Après un court colloque, ils se glissèrent dans un bar qu'éclairaient de furieux becs d'acétylène :
— Pour sûr, c'en est, affirma Jacques, ça se voit bien.
Son cœur battait; il épiait surtout le plus jeune, parce qu'il avait des cheveux clairs :
— Dis, la Poule, ce petit blond, il n'a pas seulement quinze ans.
Y en a des plus jeunes... C'est pas l'âge qui fait, c'est le culot.
— Ah! soupira Jacques.
Fils d'une race imaginative, il entrevoyait le péril, l'audace, la flibuste, le sentier de la guerre
où il faut dépister le sergot ou « la mouche », les embûches, les nuits fauves et l'enivrante errance- Dans les rêves de la Poule, il y avait des verres sur un comptoir, de la boustifaille, quelque objet de toilette, le caf-conce ou le théâtre. Les deux petits se rejoignaient dans le culte de la hardiesse, de la ruse et de la force. Ils avaient quitté le bar, ils passaient devant la marchande de crêpes. Elle vit là, dans une cambuse minuscule, avec son fourneau, sa plaque de fer où cuit la marchandise, sa motte de beurre, des oranges, du sucre d'orge, des boules de gomme. Une odeur de pâte chaude et grasse s'éparpille :
— C'est ça qu'est difficile! grommela tout bas la Poule. J'ai jamais osé en chiper une...
Une audace aventureuse s'empare de Jacques. Tandis que la marchande se retourne pour ouvrir la porte du fond, d'un geste de chat, il a mis la main sur le tas de crêpes... Il ne ressent aucun trouble; il a une vision extraordinaire de l'ambiance; il se fie à son adresse comme un homme qui danse sur la corde.
— J'en ai! chuchote-t-il, avec flegme.
Ce n'est qu'au tournant de la rue qu'une griffe lui laboure la poitrine. Puis quelque chose retombe affreusement sur le diaphragme. «L/épou-
vante tourbillonne. A la vue d'un h flic », il plie sur ses jambes et croit qu'il va s'étendre. Quand le sergent de ville a passé, il éprouve le plus grand bien-être de son existence.
La Poule, qui marche deux .pas en arrière, ses yeux ronds pleins de vigilance, se rapproche :
— Chic! On est hors du rond!
Et il ajoute :
— Ben, tu sais, ce que t'as été bath. Jamais j'aurais cru... y a rien de plus tannant; c'est chaud, ça colle, ça remue!...
Il parlait avec déférence; l'orgueil chassait les dernières inquiétudes de Jacques.
Quand ils eurent dépassé la rue Daguerre, il dégagea les crêpes cachées entre le gilet et la chemise. Ils ne les mangèrent pas tout d'abord; à chaque seconde, l'un ou l'autre se retournait :
— Personne derrière! dit la Poule.
Il commença à manger, après avoir bien roulé le butin :
— Elles puent bon le beurre!
Sa volupté était pure, comme celle du lièvre dans la luzerne; le jeune Lérande mâchait par bravade. Puis, l'heure sonna, longue et vaste, à la tour de Saint-Pierre.
— Onze plombes! ricana la Poule. La vieille
va me fiche des coups de semelle !... Soir, Soupeau-Lait, on s'a bien amusé. T'es un type à la redresse !
Jacques se trouva seul. Gomme la rue, sa petite conscience était pleine de pénombre, d'îlots de lumière. Ses rancunes s'évaporaient; il ne se sentait plus tout à fait le frère de Maurice, ni même un Lérande; il subissait des tendances informulées, informulables, et ne se demandait pas, cette question n'ayant aucun sens pour lui, si c'était mieux ou pire. Parfois, une faible mélancolie nuançait la volonté d'être le plus fort, le plus prompt, le plus hardi, et d'être craint, et d'être admiré.