‹ Dans les ténèbresChapitre 22 sur 29 · COMMEMORATION · texte numérisé non relu

COMMEMORATION

Sans doute, il y a celle de tous les défunts qui est une desgrandcs solennités de l'Eg-iise. C'est ce qu'on nomme vulg-airement le Jour des Morts, et il est difficile de ne pas s'en souvenir quand on visite un cimetière, surtout un tel cimetière. La plupart des morts, si facilement oubliés par leurs plus proches, dès le lendemain, n'ont que ce seul jour pour espérer un peu d'assistance

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dans l'incompréhensible tribulation de l'autre vie. Mais ce n'est pas à cette commémoration que je pense.

Il en est une autre dont peu de chrétiens paraissent avoir le souci. C'est la commémoration des Larmes de Marie, quand elle pleura sur la montagne delà Salette, le 19 septembre i846. L'Église elle-même a l'air d'avoir oublié cet événement inouï. Le missel romain a, le 11 février, une messe commémorativedel'Apparition de Lourdes, laquelle semblait consolante exclusivement, n'accusant ni ne menaçant personne.

L'Apparition de la Salette, antérieure de douze ans, n'a rien obtenu. Le miel de la dévotion moderne y rencontrait trop d'à-

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merlume, el la Sainte Vierge, annonçant les malheurs terribles que nous commençons seulement à subir, en donnait pour cause flag^rante l'indignité criminelle des personnes consacrées à Dieu. Cela ne pouvait pas être supporté. Le pharisaïsme protesta et un silence impénétrable fut établi.

Cependant il y eut des âmes qui refusèrent d'oublier. Il y en a encore, et celles-ci, mieux que les autres,à l'exclusion même de toutes les autres, peuvent sentir la nécessité et l'imminence de l'accomplissement des menaces. Il est évident pour elles que le torrent ne peut plus être arrêté. Il est trop tard même pour le repentir. Tout ce qu'on peut, c'est d'accepter humblement

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la souffrance extrême,l'ig-nominie parfaite, la mort sans g-loire.

Les Paroles de la Mère de Dieu qu*on croyait si bien avoir effacées apparaissent aujourd'hui en lettres de feu et de sang- plus hautes que les cathédrales insultées parles barbares. Ces Paroles qui n'eussent été que maternelles si on avait voulu les écouter, sont devenues implacables et dévorantes.

On peut les lire surtout de l'effrayant cimetière. Car il est bien permis de remarquer en passant que la Sainte Vierge, Épouse mystique du Paraclet, doit nécessairement rég-ner avec Lui sur l'immense empire des défunts. Le Regina mortuoriim est sousentendu dans ses Litanies.

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Les prétendus vivants ou chefs de vivants s'étant crevé ies yeux pour ne pas voir, il nV a plus môme l'espérance dérisoire d'un iiiouTement de contrition apparente qui rappellerait les repentirs intermittents du Pharaon promettant la liberté au Peuple hébreu, lorsqu'une plaie trop insupportable accablait l'Eg-ypte. Nos évêques, dont la désobéissance a tant aidé l'infâme Guillaume à tuer la France, en sont venus à ne plus même sentir le châtiment et se sont endurcis comme des démons.

Voici ce que m'écrivait un religieux en 1912 :

« Depuis plus de soixante ans, les chefs de l'Église de France récusent avec une

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obstination diabolique le Message miséricordieux de la Reine du Paradis qui nous l'apporta en pleurant, afin que les ministres de Dieu l'enseig-nassent à tout le peuple chrétien... — Si vous trouvez trop pesant le Bras de votre Fils, ont répondu nos pasteurs, eh bien, ne le retenez pas plus long-temps et qu'il nous écrase ! Nous préférons les catastrophes inconnues dont vous nous menacez et qui paraissent, chaque jour, plus prochaines, à l'humiliation de faire passer votre Message à votre peuple. Submergez, si vous le voulez, la Chrétienté dans l'océan de toutes les douleurs; broyezla sous l'avalanche des plus inimaginables calamités; mais tenez pour assuréque nous

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ne VOUS obéirons jamais, parce que vous nous avez manqué de respect. »

En 1917, on pourrait croire qu'ils ont au moins changé de langage. Ce serait mal connaître l'org-ueil sacerdotal, le plus invinciblequi soitau monde. C'est exactement le contraire qui est arrivé. A la Salette même, à l'endroit précis où la Mère de Dieu a parlé, il ne se passe pas un jour où Elle ne reçoive un démenti formel de la bouche d'un des chapelains delà Basilique chargé par ses supérieurs de débiter aux pèlerins le récit de l'Apparition, en ayant soin de les mettre en garde contre le Message luimême qu'ils suppriment, le dénonçant comme une imposture!...

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Les auditeurs venus quelquefois de très loin et qui peuvent avoir encore dans les oreilles le bourdonnement des canons, doivent s'étonner de cet escamotage cynique des menaces — vérifiées déjà — de la Sainte Vierg-e et de la monstrueuse élimination de son « pressant appel aux vrais disciples du Dieu vivant »...

J'ig-norece que peuvent espérer ces pharisiens qui diraient à Dieu lui-même : « Tu as menti ! », mais je sais qu'il est impossible de les surmonter. L'orgueil à son paroxysme engendre nécessairement la stupidité. Il n'y a rien à faire avec de telles brutes approuvées et encouragées par l'épiscopat tout entier.

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Il n'est pas croyable cependant que la Mère de Dieu ait pleuré en vain. Il doit y avoir dans le faitdelaSalette quelque chose d'énormément mystérieux, que nous ne pouvons pas savoir. « La Salette mènera le monde », a dit le curé d'Ars qui était incontestablement un prophète. Cet événement unique dans l'histoire a dû correspondre à quelque disposition très particulière de l'inscrutable Volonté divine, et la silencieuse désobéissance, le mépris insultant des serviteurs infidèles, était sans doute une prévarication aussi nécessaire que la perfidie juive le fut autrefois, pour l'accomplissement des desseins prodig-ieux qui nous sont cachés.

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