LÉOPOLDVILLE I
nous visitons la ville. Edifices modestes et pratiques, en briques ; une école d'armurerie, où d'anciens manieurs de zagaies apprennent à fabriquer des fusils ; ,une école d'adultes. J^exprime ma surprise de voir instruire ces Noirs à un âge 011, généralement, leur cerveau se ferme à toute adaptation. Et, comme je rappelle le mot de Mgr Augouard, me disant : « Jusqu'à dix ou douze ans, ils sont en moyenne plus intelligents que nos enfants. Mais à partir de ce moment, leur cerveau se bouche, et pour toujours. »
— Cela est exact, m'est-il répondu. Cependant, à force de patience, de simplicité dans les démonstrations explicatives, on arrive à leur inculquer quelques données primaires. Or, non seulement ils s'appliquent, mais leur instituteur ayant dû interrompre, pour une cause fortuite, son service pendant quelques jours, les a élèves » vinrent demander si on leur supprimait leurs cours, par punition. »
Ceux-là, encore, sont d'ailleurs des Bakongos, et non pas des échantillons de ces peuplades tout à fait primitives que nous devons voir dans le Haut.
Nous passons devant le corps de garde, précisément au moment de la relève. Les hommes, de races différentes, et dont certains, tatouéspror
fondement, appartiennent à des contrées éloignées, plongées encore dans la pire sauvagerie, ont pourtant une tenue parfaitement correcte. Maniement d'armes aussi sec d'ensemble que celui de nos bonnes troupes européennes. Hauts tarbouchs rigides, qui ont l'avantage d'éviter les fantaisies de port de notre chéchia ; vareuse ample, à col échancré; courte culotte bouffante ; jambes nues. Les commandements se font en français.
La tenue blanche des officiers est elle-même fort élégante, avec le casque orné d'un large écusson doré, grosse torsade d'or sur l'épaule, les parements bleu-ciel.
A un moment donné, pendant la période de conquête, l'Etat Libre a entretenu une armée évaluée à 28.000 hommes et réduite aujourd'hui à 18.000, chiffre encore très considérable, si on le compare aux 1.500 hommes, qui ont constitué pendant toute une période les troupes d'occupation de notre Congo, presque égal, cependant, en superficie, au Congo belge. De récentes mesures, soit dit incidemment, ont d'ailleurs sextuplé l'importance de nos contingents.
Les officiers qui sont parvenus à transformer, sans l'aide d'une expérience préalable, ni cadres indigènes tout dressés, ces hordes de barbares