CORÉE
Le yacht du gouverneur général, une simple chaloupe bien modeste, nous conduit à Tîle de Gorée, dont le petit port délabré est situé à environ deux milles de Dakar.
Gorée est peu connue; on n'y va guère, même de Dakar ; elle mérite pourtant un déplacement. Couronnée par une vieille forteresse, aujourd'hui dotée de tourelles et de puissantes batteries, la vieille ville, bien déchue maintenant, fut un moment le noyau de notre domination dans cette partie du monde. Elle connut une ère de prospérité lors de lacréation du gouvernement général. C'est dans le palais de Gorée, une grande bâtisse actuellement transformée en imprimerie dugouvernement, et dont la belle vue sur la mer compense la médiocrité, que le gouverneur général Roume fixa, pendant quatre années, sa résidence ; ce demi-isolement le défendait, au moins partiellement, contre certaines et bien compréhensibles protestations que suscitait la dépossession
de Saint-Louis, de son rang de capitale générale, et de Rufisque, justement inquiète delà création nouvelle, au profit de Dakar, oii, pendant cette époque, s'édifiait, je l'ai dit, le nouveau Palais.
Un détachement d'artillerie coloniale et de tirailleurs tient garnison à Gorée. Là, vivent encore 3.000 indigènes catholiques, parlantfrançais, pour la plupart, mais chez lesquels le souci du a moindre effort » paraît bien être la grosse préoccupation. Gorée fut, pendant longtemps, un des principaux dépôts d'esclaves de la côte, et, dans mainte vieille maison, on nous montre encore les géhennes où les trafiquants enfermaient le (( bois d'ébène », comme on disait alors.
A signaler aussi l'Ecole professionnelle Pinet- Laprade, du nom du gouverneur qui succéda,en 1864, au général Faidherbe et fut, lui aussi, un homme éminent auquel le Sénégal dut beaucoup.
Sur la place, maintenant presque abandonnée, un enclos entoure un jardin soigné; au centre, s'élève un monument, sur le socle duquel se lit une longue liste de noms. C'est le pieux hommage rendu à la mémoire des médecins et pharmaciens, frappés lors de la terrible épidémie de fièvre jaune de 1878, pendant laquelle tous trouvèrent, à leur poste de devoir, une mort héroïque et sans gloire. Vingt-deux ans après, en 1900,