‹ Dans Paris, la grand'ville.Chapitre 10 sur 48 · LES FRANÇAIS D EXTREME-ASIE · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS D EXTREME-ASIE

Octobre 191 4.

Imaginez-les, à quatre mille lieues de nous, avec les nouvelles déformées des agences ennemies I — alors que tous ont le gros de leur famille en France, des gamins au collège, les vieux parents au village. Quelle exaltation ou quel affaissement? va-t-on penser, — sous le terrible soleil. Oui, quelques jours, — et puis l'on s'est ressaisi. Nos Indochinois avaient leur guerre aussi, dont nous ne savions guère plus, d'abord, qu'ils ne connaissaient les détails de la nôtre. Cela apparaît du coup, à la lecture des journaux de Saigon et du Tonkin, qui débarquent par paquets. Ils sont pleins des exploits de YEruden ou des opérations contre Tsing-Tao, qu'ils ont suivis, d'heure en heure.

D'ailleurs, nos confrères exotiques n'étaient pas embarrassés pour consacrer des colonnes aux événements de l'océan Indien et des mers de Chine: les feuilles bi ou tri-hebdomadaires sont devenues quotidiennes ;les « quotidiens » sont passés de quatre à six pages — et le Courriel^ Saïgonnais et le Courrier d'Haïphong publient des éditions du matin et du soir. Les organes coloniaux multipliaient leurs formats, pendant que nous réduisions si étroitement les nôtres... Et que de pages réconfortantes 1 Nos publicistes cochinchinois ne sont plus « coloniaux » pour deux « cents. » Fini des querelles locales et des polémiques vaseuses. Il apparaît, aussi, qu'une main ferme a refréné les écarts de plume, doublement dangereux sous le regard de nos sujets ou protégés d'Extrême- Orient. On a procédé à l'arrestation des deux directeurs de VOphiion qui avaient cru pouvoir exprimer, avec leur violence habituelle, des critiques déférées comme dangereuses au Tribunal ; condamnation sévère. Que nous préférons les nobles appels à l'union de M. Ferrière et ses informations émou«

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vantes prises à bord du D'Iberville, qui ramenait à Saigon vingt-huit des survivants du Mousquet ! A nos glorieuses histoires des tranchées, il faudra joindre celles de nos marins des tropiques, des Annamites tombés à côté de nos Bretons, sous des noms comme Moustic, qu'ils ne tenaient probablement pas de leurs ancêtres et qui sentent plutôt le baptême des cajnarasses français I

L'Indochine peut revendiquer sa part de noms fameux parmi les grands chefs d'aujourd'hui dont la jeune réputation naquit dans les brousses du Mékong et du fleuve Rouge ! Que de deuils, que de douleurs aussi ; un Nolly, à qui tous les lauriers étaient promis, tué aux premières semaines ; un Droin, gravement blessé ; je ne parle que de ceux qui me furent proches. Avec un orgueil tout légitime, la rubrique indochinoise enregistre tant d'héroïsme, — comme elle constate le loyalisme de la population jaune. Celle-ci n'a pas donné que des chauffeurs et des tirailleurs. Voici, à l'ordre du jour, le 363*^ régiment de ligne, commandé par le lieu-

tenant-colonel Doo-Huu Chan, le frère aîné du lieutenant aviateur Do-Huu-Vi, fils de l'ancien Tong-Doc de Cholon 1

Mais une des profondes vibrations des Français d'Asie a été pour la capitulation de Tsing-Tao. En dehors des spécialistes de l'expansion coloniale, Tsing-Tao , cela ne signifiait pas grand'chose. Or, au regard des Allemands, c'était la toute-puissance du germanisme en Extrême-Orient : « Si nous abandonnions Tsing-Tao, écrivait le général de Bernhardi, ou si nous le perdions parla force des armes, notre prestige en Extrême-Orient recevrait un coup mortel et notre commerce serait livré sans recours possible à la destruction. Une telle perte ne détruirait pas seulement le germanisme en Extrême-Orient, mais encore atteindrait notre prestige dans le monde entier. » En une dizaine d'années, les Allemands, à coups de millions, s'étaient installés dans des conditions de solidité et de confort, menaçant de défier un jour toute concurrence de Shanghaï, au point de vue commercial ; de Port-Arthur, au point de

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