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goisse, plus que l'armée, c'est la nation, privée de parler, d'écrire, de penser, de lire... Les courriers d'affaires sont insignifiants, du moins, dans les régions envahies, menacées ou proches de l'est et du nord. La correspondance personnelle est effroyablement réduite. Evidemment, la poste éprouve des difficultés à trouver les combattants ou à recevoir leurs plis, même, l'opinion va plus loin, et la censure autorisant la critique sur ce point, il est assez probable que le service postal ne fonctionne pas à la perfection. Le pays se plaint, mais avec une noble acceptation des nécessités de l'heure. 11 est vrai qu'en temps de paix les malfaçons ordinaires des communications épistolaires, télégraphiques et téléphoniques avaient fourni une excellente préparation à la résignation actuelle, par cas de forces majeures 1
Mais, naguère, de tout ceci, on discutait et, avec quelle violence, de la Presse au Parlement, pour quels minces résultats 1 On prenait cela pour de l'action ; peut-être, a-t-on compris que c'était trop de temps perdu au-
tour de vaines politiques de couloirs I Gomment ne pas se souvenir que le Parlement, à travers ses folles discussions accordait à peu près annuellement une heure ou deux aux budgets des colonies, en séance du matin, devant une douzaine de députés... Les colonies I Et ne sont-elles pas, depuis 1870, le grand but de conquête de l'Allemagne, — ambitieuse de débouchés lointains, plus que d'annexions territoriales en Europe, — dontla possession de l'Alsace-Lorraine lui a appris les inéluctables difficultés !
Que le pays ait pu se passer de lettres, et de débats politiques, ce n'est rien. Ce n'est pas ce qui le préoccupait essentiellement. Il y avait des trêves épistolaires et parlementaires, depuis longtemps ; la carte illustrée avec quelques mots économiques avait remplacé les copieuses missives de jadis. Et, vraiment, la foule respirait quand le décret de clôture avait rendu les élus à leurs arrondissements. On pouvait se dire en vacances...
Mais des journaux, on ne se lassait pas. Il fallait des gazettes quand même. Les numé-
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ros ne diminuaient pas de format, à la cani cule. Il n'y avait plus de théâtres, de fêtes parisiennes. On se rabattait sur les interviews d'été, sur mille idioties dont on rougirait maintenant. Où passez-vous vos vacances? Quel est votre sport préféré ? Quels livres lisez-vous ? Et c'est édifiant d'apprendre que Poilonnet, de l'Alcazar, était plongé dans Pascal, ou que M"^ Jane Flappy, de l'iVmbigu, faisait une croisière en bateau-mouche dans les eaux de Suresne ? Que nous donnerez-vous, cet hiver? Et c'était la promesse de trois ou quatre cents pièces auxquelles travaillaient nos auteurs dramatiques, et toutes destinées à la réouverture des théâtres pour la prochaine saison î Comme l'on se passe de tout, de tous, de toutes !
Les journaux, ce n'est plus que quelques lignes, d'une terrible sobriété, sur le front et les ailes. Ah ! nos généraux ne se font pas de publicité. On ignore à peu près leurs noms, et les endroits où ils opèrent. Pas d'affiches, d'avant-premières, de répétitions générales pas d'indiscrétions 1 II y a un rideau, un ri-
deau de fer, derrière ou devant lequel il se passe quelque chose : oui, de l'épopée comme nulle encore n'a traversé l'univers ! Le rideau est hermétique et imperméable !
Alors, les journaux ne disent rien. On les achète tout de même. — Ils sont pittoresques. Des colonnes en blanc indiquent que l'article supprimé devait être intéressant par des nouvelles inédites, des critiques intransigeantes. La curiosité ne saurait se disperser aux manières de voir et de s'exprimer trop individuelles. Tous nous sommes ramenés à l'unique préoccupation du combat et des combattants, qui ne nous demandent que de la patience, et du silence, et de les laisser faire.
Les doubles ciseaux de censures, civile et militaire, obtiennent des journalistes une soumission forcée ; le public doit se satisfaire d'une maigre et morne pâture. Les « Coupeurs » n'étant rien moins qu'infaillibles, les menus, sans doute, pourraient être plus copieux et variés. Enfin, on se contente de cette ration de siège ; mais qui aurait pu croire