LE DOUX HIVER
8 décembre igi^.
Il pleut, il fait tiède et mou ; encore une quinzaine, il ne fera plus noir à trois heures après midi ; encore trois semaines, un mois, on pourra lire le Communiqué, sans s'accoter aux piliers des réverbères, et l'on calcule que le noir et la boue aux tranchées doivent être moins âpres que le gel et le vent glacé. Et tout Paris tricote, et compose des paniers pour la Noël du soldat. Paris veut réveillonner aussi, comme il a redemandé du théâtre ; ça rouvre. C'est peut-être bien ainsi, que la vie reprenne, malgré les deuils innombrables.
— « On ne voit pas tant de gens en deuil que l'on pouvait craindre, me disait, l'autre
l58 DANS PARIS, LA GRAND' VILLE...
jour, quelqu'un qui trouvait que Paris n'avait pas tant changé... ! »
Tout de même les Allemands n'ont pas démoli la moitié de la France, pour qu'il n'y ait plus que l'autre moitié en deuil.
Paris n'a pas changé I Qu'est- ce qu'il vous faut ! Plus d'autobus, plus de parlementaires, plus de lumières, plus de spectacles, plus de croissants, le pain unifié, plus de cochers qui s'eng..., plus d'ivrognes, plus d'hommes de 20 à ko ans ; des Anglais et des Écossais au lieu de Parisiens dans les rues, plus de camelots, plus de journaux criés, pas un seul portrait d'assassin dans le Matin ou Le Journal àe^nis quatre mois et les journaux réduits à des formats de papier à lettre. . . Rien de changé ! Et vous qui vous passez de tout ce que vous jugiez indispensable, rien qu'en juillet dernier ! Piegardez-vous et vous verrez s'il n'y a rien de changé... C'est que tous nous relevons les yeux un peu plus haut qu'avant...
Rien de changé ? et les trous de Paris I ils sont comblés ; du moins, on n'en creuse plus