PARIS SANS LES PARISIENS
6 septembre igi^-
Paris en fête — tout pavoisé, tout Paris!... C'était charmant, et fier, et français, — le premier mouvement.
Et puis, c'était français encore, il a fallu réfléchir... Que faire à Paris, pour les familles — le chef, les « grands » disparus, — ne restant que les femmes, la grand'mère et les gosses. Alors, on a songé au village natal, à la calme province, et les trains se sont emplis. Inutile de dire que toute « la mousse » du luxe était tombée depuis longtemps, les étrangers regagnant leurs patries, les riches leurs châteaux, les bourgeois cossus les stations accueillantes, de Trouville à Biarritz...
Il ne reste à Paris que Paris, ses monuments,
ses places, ses collines, son fleuve — et quelle merveille, Paris désert, les grandes boutiques fermées, une rue de la Paix, une rue Royale, une avenue de POpéra seulement traversées d'autos militarisées. On voit Paris, merveille d'ordonnance, de grâce, qu'empoisonnaient, qu'obscursissaient les autos, les enseignes, la cohue cosmopolite.
Paris, par cette ardente lumière d'août, se hausse de toute sa beauté nue, dépouillée de tous les vains agréments de la mode: Paris est Paris, tel que l'ont enrichi les siècles. 11 est pur, comme une statue nettoyée de tous les (graffiti des passants. Gomme ses perspectives s'allongent, comme ses tours dominent, comme s'épanouit la fleur de pierre, de marbre qu'est une capitale unique dans les créations de l'homme 1 Quelle histoire, depuis Lutèce jusqu'à tout à l'heure!...
Cinq heures du soir... La place de l'Etoile à peu près vide... Mais une foule autour de l'Arc de Triomphe, une foule armée de lorgnettes, toutes ses armes, pour inspecter le ciel, y chercher l'avion allemand qui, depuis