‹ Dans Paris, la grand'ville.Chapitre 8 sur 48 · PARIS SANS LES PARISIENS · texte numérisé non relu

PARIS SANS LES PARISIENS

deux OU trois soirs, vient, sur les cinq heures, le five O'clock taiihe, jeter quelque bombe enveloppée d'un prospectus teuton annonçant le siège pour demain...

Mais les tauben ne viennent plus, et les Allemands qui devaient ne faire de Paris qu'une lampée se replient; ils n'avancent plus, ils biaisent, que cherchent-ils? En tout cas, ce magnifique dimanche, l'air nous a semblé moins fétide, Thaleine du fauve s'était reculée ; il avait senti que la jungle n'était pas sûre.

Pour nous, qui avons éprouvé la brousse, un immense réconfort nous maintient : Galliéni, notre grand Indochinois, est gouverneur de Paris.

Paris sans Parisiens, sans parlementaires, sans théâtres, sans noctambulisme, — toutes lumières éteintes vers neuf heures, c'est encore Paris, moins spirituel mais spiritualisé...

Et je rêve d'un Paris qui demeurerait ainsi figé et sublime — la vraie ville Eternelle —

si l'on savait aller construire un peu plus loin la capitale nouvelle, — dont les fondations seront dans la victoire du Droit, de la Raison, de la Liberté des Peuples contre la Force, contre la Barbarie, contre la Folie impérialiste et guerrière de Guillaume et de Berlin.

LES DEUX EXODES (i87o-[9i4)

lo septembre.

En 1870, c'était trop tôt, maintenant trop tard. Je n'avais pas huit ans. J'en ai plus de cinquante. Il m'aura fallu me contenter d'être un passant inutile de ces formidables années. Je ne peux que me souvenir et regarder, avec l'ardente allégresse du moment qui corrige la hantise douloureuse du passé. Il n'y a pas de comparaison entre les deux époques.

J'étais bien petit? Tout de même ma mémoire de gamin n'a pas eu de mal à retenir les impressions maudites d'il y a quarantequatre ans, aussi nettes que celles que je reçois aujourd'hui : par exemple en ce qui concerne les exodes de Paris, sur les routes du Mont-Valérien, dont je fus et suis redevenu

'jQ DA>>S PARIS, LA GRAND' VILLE...

le tributaire, — jadis à Levallois-Perret, maintenant à Rueil...

Ah I oui, je me rappelle... Nos rondes d'enfance chantent dans ma tête :

Bismarck, si tu continues.

De tous les Prussiens, il n' t'en rest'ra guère !

Bismarck, si tu continues.

De tous les Pruscos, il n' t'en rest'ra plus !

Quelle orgie de refrains et de cris... Et voici qu'à cette mobilisation-ci, c'est dans le plus noble silence que les hommes s'en allaient au plus grave destin...

Nous chantions. — Mais c'étaient des Français dont il ne restait plus beaucoup — que des femmes et des petits à la maison... Une nuit on ébranle les volets... Personne n'osait descendre... Celui qui voulait se faire ouvrir apparaissait si étrange... 11 se prétendait mon oncle. L'oncle Antoine... et sa femme même, aux côtés de ma mère, doutait... Enfin, il les convainquit... Au vacarme j'avais dégringolé l'escalier...

Des haillons de paysan, un visage de fureur

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