‹ Dant et le moyen ageChapitre 2 sur 19 · GLOIRE, HONNEUR A JAMAIS A L'ILLUSTRE POÈTE · texte numérisé non relu

GLOIRE, HONNEUR A JAMAIS A L'ILLUSTRE POÈTE

Celte inscription, gravée sur l'un des bas-reliefs de Santa-Maria dcl Fiore, témoigne de L'enthousiasme de l'Italie pour Dante.

Dante ! devrions-nous essayer de le commenter? Ne nous accusera-t-on pas d'audace et de présomption? Il appartient à la classe peu nombreuse de ces hommes qui ont produit des merveilles et dont l'intelligence a été trop vaste pour être analysée et jugée entièrement d'un seul coup. Aussi 1rs traducteurs et commentateurs do la Divine Comédie se succèdent-ils sans interruption? C'est que la matière, inépuisable on elle-même, fournit toujours à d'utiles travaux.

Quelle foi en Dieu et quelle érudition ! Quelle imagination féconde et quelle poésie! Frappé des beautés supérieures de ce poème sacré, inspiré par les exemples que nous avons à profusion sous les yeux, je ne puis résister au désir de payer, humble prosateur, après tant d'écrivains célèbres, mon faible tribut d'admiration au génie de Dante.

Mais une autre idée appelait mon attention. Il ne m'échappait pas que Dante avait réellement été le représentant du moyen-âge, le poète de la foi, des croyances primitives et de la scolastique. Mais comment établir cette affiliation extraordinaire de son esprit et de ses œuvres avec les siècles antérieurs? En le mettant en parallèle avec les diverses littératures qui l'ont précédé et en vérifiant sommairement, au fur et à mesure, sa ressemblance et ses relations avec elles. Traditions, chroniques, dogme, scolastique, langage, législation, il a tout fouillé. C'est vous dire qu'il a dérobé à Virgile sa lyre et le feu sacré, qu'il réunit dans ses œuvres les systèmes philosophiques de saint Thomas et de saint Bonaventure, qu'il est à la fois magistrat, médecin et père de la langue italienne !

Ainsi, il a été universel.

Mais quel contraste entre ces gloires impérissables et les vicissitudes que Dante Alighieri souffrit ! Si l'on cherchait une victime des affections du cœur, du patrio-

tisme, des passions politiques, il faudrait choisir Dante exilé, déconsidéré, obligé de demander l'hospitalité et de subir tous les affronts et toutes les privations, voué enfin à la douloureuse pauvreté I [dolente poverta, comme il l'a dit lui-même).

Mais l'infortune n'at-clle pas été quelquefois, poulies hommes de génie, la grande révélatrice de leur talent? Plusieurs d'entre eux n'ont conçu et produit que dans le malheur, lorsque le désespoir les accablait : le vieil Homère, aveugle, parcourt en mendiant les villes et bourgs de la Grèce; le Tasse, atteint de folie furieuse, est jeté en prison; le Camoëns est banni de son pays; Gilbert meurt de faim ; André Chénier porte sa tête sur l'échafaud ; Lord Byron, cosmopolite, est abreuvé de soucis et d'adversités ! Je pourrais d'ailleurs aussi nommer Galilée, Christophe Colomb, Bernard Palissy, et l'inventeur de l'hélice, Frédéric Sauvage, mon compatriote, dont l'existence agitée et misérable s'éteint dans une maison de santé !

Malgré ses malheurs, Dante, loin de se révolter contre la justice divine, baisa toujours la Main qui le châtiait. Non-seulement il se conforma aux règles Strictes de l'orthodoxie» mais il consacra de longues années à élever, à la gloire du christianisme, le monument que nous avons nommé, oii il chanta les supplices de l'Enfer, les peines du Purgatoire et le bonheur des Élus.

Mais à la mort, souvent la haine, le mépris, les préventions expirent sur la tombe de la personne qui en a été l'objet. Ainsi, Alighieri lut de son vivant calomnié, persécuté, méconnu, tandis qu'après sa mor! on honora

sa mémoire et on ne voulut plus lire que ses œuvres, qui bientôt devinrent classiques.

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