DE MONARCHIA
En présence du désordre moral et social où il voyait FJtalie s'épuiser, il s'était abandonné au rêve d'une monarchie qui, dans son idée, ramènerait l'ordre et l'harmonie dans ce corps sans tête et sans cœur, où se consumaient vainement les éléments, pleins de vie cependant, du pays auquel il avait voué son âme et son intelligence.
Mais ce n'était pas à ce corps lui-même, usé en apparence avant d'avoir accompli son évolution naturelle, qu'il pouvait demander cette ressource suprême.
Ce n'était pas à Rome surtout, ce n'était pas à la papauté, sur laquelle cependant il jetait encore des regards de détresse, ce n'était pas assurément à ses représentants, qui ne lui inspiraient que le dégoût et la uaine.
Ce n'était pas à la France, toujours prête à poser sa griffe de lion sur l'Italie, et dont
les ambitions vaines devaient, bien longtemps encore après lui, venir s'y épuiser dans leurs propres efforts.
C'est à l'Allemagne qu'il en appelait, rêvant par avance ce fantôme d'empereur sans empire qui devait traîner sa vaine existence jusqu'à la Révolution française.
La couronne de fer n'a guère ceint que le front puissant de Charles-Quint : la plupart des autres n'ont porté qu'une couronne de théâtre ; et cette institution impériale ne devait guère laisser, de sa durée tant de fois séculaire, qu'un thème aux éloquentes objurgations adressées, par notre poète à nous, au Pape et à l'Empereur.
DE VULGARI ÉLOQUIO. 51
A l'heure où écrivait TAlighieri, la langue en Italie était en voie d'évolution, encore hésitante entre ses idiomes vulgaires et la langue latine sa mère. Tandis que la langue vulgaire se trouvait morcelée dans les régions diverses du monde italien, le latin était l'organe de l'Église, du droit, des lettrés, bien que déjà les traducteurs de la Bible, des Pères et des classiques, et quelques auteurs de mémoires contemporains s'essayassent dans la langue nationale, avec laquelle les poètes minores mariaient la langue provençale.
Dante rêvait une langue illustre, propre surtout aux sujets élevés : ainsi l'amour.
la guerre, la morale*, empruntée à la langue vulgaire, mais unifiée et dépouillée de ses vêtements grossiers, et à la langue latine, mais revêtue d'un costume national. C'était là une de ses préoccupations dominantes, cherchant à quelle autorité directrice pourrait revenir la réalisation de cette conception, comme il cherchait une autorité impériale pour réaliser son rêve de centralisation monarchique ^
Pour ce qui concerne le style de la Divine Comédie^ c'est aux compatriotes du poète qu'il appartient de l'apprécier. Tout ce que nous pouvons faire est de chercher, et je m'empresse d'ajouter avec leur aide, à en dégager la pensée et à nous pénétrer des sentiments dont il est l'ex-
i. Soggettidi amore, di guerra, di rettitudine, 2. GiNO Gappont, Storia délia repubblica di Firenze,