‹ Dante AlighieriChapitre 7 sur 28 · Rugenio Camerini, la Divina Gommedia · texte numérisé non relu

Rugenio Camerini, la Divina Gommedia

OU légendaire, de Tamour de Dante pour Béatrice telle qu'elle nous est parvenue.

Et c'est ainsi que le nom de Béatrice s'est trouvé indissolublement uni, dans l'immortalité, à celui du grand poète !

La vie politique de Dante a été beaucoup plus compliquée; et cependant elle pourrait être résumée en quelques lignes. Elle n'a guère été autre que celle de la

qui a publié récemment, dans la Grande Encyclopédie, un article très intéressant sur Dante, s'est attaché à démontrer le caractère purement légendaire ou erroné de la plus grande partie de Thistoire du poète, telle qu'elle nous a été transmise. D'après certains de ses biographes, celui-ci n'aurait eu que deux fils.

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plupart des hommes de ce temps-là que distinguaient leur naissance, ou leur fortune, ou leur intelligence, ou l'élévation de leur caractère ; et l'histoire de chacun d'eux serait une représentation fidèle de l'état de leur pays.

Par un contraste frappant, alors que naissait en Italie cette magnifique période où les arts et les lettres allaient revêtir une splendeur qui n'est pas encore amoindrie, régnait un épouvantable désordre moral et social.

Tout le sol de l'Italie se trouvait morcelé entre des royaumes, des républiques, des villes, des châteaux, c'est-à-dire des tyrannies personnelles ou populaires qui régnaient chacune suivant sa guise, s'abattant et se redressant tour à tour, à travers les incessantes révolutions que l'ambition, la cupidité, la jalousie, les

intérêts mercantiles, les haines intéressées, entés sur les mœurs les plus farouches et une immoralité indescriptible, renouvelaient chaque jour entre les moindres et les plus considérables de ces éléments.

Dante avait porté les armes, dans sa jeunesse, dans les rangs du parti guelfe.

Puis, considéré à Florence comme un des esprits les plus éclairés de la République, après s'être affilié à l'un des sept arti maggiori, celui des médecins et des apothicaires, condition nécessaire pour entrer dans la vie publique, il prit une grande part aux affaires intérieures et extérieures de l'Etat. En 1300, il avait alors trentecinq ans, il fut nommé l'un des six prieurs, le priorat 'représentant la plus haute magistrature.

« Tous les malheurs de ma vie, a-t-il

écrit dans une lettre particulière, me sont venus de ce malheureux priorat. w

En effet, alors que FÉtat se trouvait sans relâche en proie aux querelles sanglantes de deux factions ennemies, les Noirs et les Blancs, il était impossible de ne pas se heurter chaque jour aux intérêts ou aux passions de quelqu'un des représentants des grandes familles qui se partageaient entre ces deux factions et leurs ramifications.

L'élévation du caractère de Dante, son incontestable supériorité sur tous ses concitoyens, supériorité dont il avait une haute conscience, son imperturbable équité et, Ton peut supposer, un caractère peu maniable, ne pouvaient manquer de lui faire des ennemis dans tous les camps; or toutes les haines alors étaient impitoyables.

En 1301, le pape Boniface VIII, de con-

cert avec la faction des Noirs, dominante alors, avait appelé Charles de Valois, frère du roi de France Philippe le Bel : c'était dans le but de réformer le gouvernement de Florence, où il voulait l'envoyer, et d'abattre la faction adverse des Blancs.

Dante, envoyé en ambassade auprès du Saint-Père, s'opposa avec animation à cette venue, qu'il considérait comme dangereuse pour l'indépendance de sa patrie, et fit tous ses efforts pour le dissuader d'une intervention aussi malencontreuse.

Mais le Pape ne céda en rien et s'arrangea pour retarder tellement le départ de l'ambassadeur florentin que les ennemis de celui-ci, la faction des Noirs l'ayant emporté, saccagèrent sa maison, et, sous le prétexte faux d'appartenir à la faction abattue, le tirent bannir de Florence.

Ce récit, emprunté textuellement à Fra-

ticelli, et généralement accepté, a été contesté, comme la plupart de ceux qui ont trait à la vie privée ou à la vie politique du poète*. Il est difficile, pour la première, de faire le départ de la légende et de la réalité. La seconde a dû offrir bien des complications, également difficiles à saisir sur le vif, en rapport avec la situation, si compliquée elle-même, de l'Italie du Nord; là, Témiettement des partis au pouvoir d'un jour ne pouvait avoir d'égal que les bouleversements et les révolutions qui en changeaient incessamment les conditions. La droiture inflexible du caractère de Dante le condamnait d'avance à recueillir de tous côtés des inimitiés égale-

1. Voir l'article de M. Jeanroy dans la Grande Encyclopédie, et aussi un article de la Revue des Deux Mondes (15 décembre 1890), la Biographie de Dante, par M. Edouard Rod, conçue dans le même esprit critique que celui de M. Jeanroy.

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