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exemples d'humilité : Marie s'inclinant devant Tange qui vient lui annoncer sa bénédiction, David dansant devant l'arche, Trajan répondant à la supplique d'une veuve en larmes. Parmi ces sculptures symboliques, marchent péniblement les âmes des orgueilleux placées sous de lourds fardeaux :
« chrétiens superbes, misérables et faibles, à l'esprit aveuglé, qui vous fiez à vos pas qui vous vont rétrograder,
« ne vous apercevez-vous pas que nous sommes des vers, nés pour former le papillon angélique (l'âme) qui vole sans défense à la justice de Dieu ?
« Pourquoi votre esprit se rengorge-t-il? puisque vous n'êtes presque que des insectes défectueux, comme des vers dont la formation est avortée ! »
Les âmes accablées des orgueilleux semblent dire en se plaignant : « Je n'en puis plus ». Et dans leur souffrance méritée, qui, elles le savent, durera au plus jusqu'au jugement dernier, elles murmurent une humble prière, rendant grâces à Dieu de sa douce sagesse, invoquant la paix de sonrègne et son pardon. Virgile les prie de lui indiquer le sentier le plus facile. Parmi ces âmes, se trouve celle
cTOderisi de Gubbio, « honneur de cet art qu'on appelle à Paris enluminure », que Dante avait connu. Il expie son « trop grand désir d'exceller dans Fart auquel s'appliqua son cœur », le trop grand prix qu'il attachait à son talent et à la « vaine gloire du pouvoir humain » :
t Le bruit du monde n'est qu'un souffle de vent, qui vient tantôt d'ici, tantôt de là, et change de nom en changeant de côté.
« Aurais-tu plus de renommée en mourant dans un âge avancé plutôt qu'avant d'avoir laissé le parler enfantin ?
« Serais-tu le plus connu avant que passent trois mille ans? ce qui, en comparaison de l'éternité, est plus court qu'un mouvement de cils comparé à l'astre qui dans le ciel tourne le plus lentement...
a Votre renommée a la couleur de l'herbe, qui vient et passe, et celui qui la fait sortir verte de la terre, est le même qui la décolore . »
Bientôt, Virgile interrompt la conversation de Dante et d'Oder isi, qui marchaient côte à côte, et lui montre, sculptés dans le marbre sur lequel ils marchent, des exemples d'orgueil faisant pendant aux exemples d'humilité qu'ils avaient
admirés tout à l'heure : c'est Nembrod au pied de sa grande tour, c'est Niobé représentée entre ses enfants morts, c'est Saùl percé de sa propre épée, c'est Troie en cendres et en ruines. Pendant que Dante contemple ces images de la vanité humaine, un ange s'approche, qui va les faire monter au degré supérieur, lui et son guide. Dé ses ailes, Fange frappe son front, en efface le premier des P qui s'y trouvaient gravés, et le purifie ainsi du péché d'orgueil. Pendant qu'ils gravissent la pente déjà moins escarpée, des voix chantent : Beati pauperes spiritu.
« Ah ! combien ces passages sont différents de ceux de l'Enfer! ici, Ton entre parmi les chants, là-bas, parmi les gémissements furieux.»
Dans le second cercle, où ils entrent et où se purifie le péché d'envie, ils n'observent ni reliefs, ni sculptures au trait ; mais des esprits invisibles volent autour d'eux en chantant des paroles d'amour. Les envieux sont couvert d'un ciliée^ obligés de s'appuyer chacun sur l'épaule de l'autre, et ils ont les paupières fermées et cousues avec un
fil de fer. Au milieu de ces ombres, Dante en distingue une qui, tenant le menton levé à la façon d'un aveugle, a l'air d'attendre : c'est une Siennoise, nommée Sapia, qui se réjouit de la défaite de ses concitoyens au point de lever « vers le ciel sa tête effrontée » en criant à Dieu : « Maintenant, je ne te crains plus ! » D'autres âmes expliquent encore les fautes qu'elles ont commises à Dante qui, avant de quitter leur enceinte, entend encore des voix mystérieuses chuchoter des noms qu'a illustrés l'envie.
En entrant dans la troisième enceinte, Dante est ravi en vision et, dans cet état, il assiste à plusieurs exemples de mansuétude ; quand il est revenu à lui-même, il est, avec son guide, entouré d'une épaisse fumée, obscure comme la nuit:
« L'obscurité de l'Enfer et d'une nuit privée de toute planète et d'un ciel basenténébré de nuées
« ne mit pas devant ma vue un voile si épais que cette
fumée, qui nous couvrit et ne fut jamais aussi pénible à
mes sens ;
« l'œil nepouvait rester ouvert : aussi, mon compagnon, sage et fidèle, s'approcha de moi et m'offrit son épaule.
c Gomme l'aveugle marche derrière son guide, de peur de perdre sa route ou de se heurter contre quelque chose qui le heurte ou peut-être le tue,
c ainsi je m'en allais par cet air amer et épais, écoutant mon conducteur qui disait : « Prends garde d'être séparé de moi. »
En marchant ainsi ensemble dans cette obscurité, les deux poètes entendent des voix qui implorent la paix et la miséricorde de l'Agneau de Dieu : ce sont des esprits « occupés à dénouer des nœuds de la colère ». Un de ces esprits est celui d'un sage Vénitien nommé Marco, dont les anciens Novelieri et les premiers commentateurs de la Comédie nous ont transmis quelques paroles mémorables. Dans la conversation qu'il engage avec Dante, et après s'être recommandé à ses prières, il lui explique le mystère du libre arbitre et lui indique une des causes de la corruption qui a envahi le monde.
t Vous qui vivez, vous reportez toute cause au ciel, comme si toute chose se mouvait par lui selon la nécessité.
« S'il en était ainsi, le libre arbitre serait détruit en vous, et il n'y aurait pas de justice à recevoir, pour le bien la joie, et pour le mal la peine.
c Le ciel commence vos mouvements, je ne dis pas tous ; mais en supposant que je le dise, la lumière tous est donnée pour distinguer le bien et la méchanceté;
« ainsi que le libre arbitre qui, si on l'emploie dans les premiers assauts, combat avec le ciel, et qui, par suite, si on l'entretient bien, est vainqueur de tout.
« Libres, vous êtes soumis à une force plus grande et à une meilleure nature, et celle-ci créa en vous l'esprit que le ciel ne tient pas sous son influence.
« Donc, si le monde présent dévie, la cause en est en vous, il faut la chercher en vous ; et moi, je t'en serai à cette heure la vraie preuve.
« Elle sort de la main de celui qui la contemple avec amour avant qu'elle soit, ainsi qu'un enfant qui joue, tout en pleurant et en riant,
« l'âme simplette qui ne sait rien, sinon qu'issue d'un créateur bienheureux, elle retourne volontiers à ce qui fait sa joie.
« D'abord elle prend le goût des biens de peu de valeur ; en cela elle se trompe, et elle court après eux, si un guide ou un frein ne dirige ailleurs son amour.
« 11 a donc fallu des lois, pour servir de frein, il a fallu des rois qui, de la Cité véritable (le ciel), discernassent au moins la Tour.
« Les lois existent, mais qui y met la main? Personne, car le pasteur qui précède le troupeau peut ruminer, mais il n'a pas les ongles fendus.
« C'est pourquoi, les hommes voyant leur maître se nourrir des choses dont ils sont gloutons, s'en repaissent et ne demandent rien de plus.