‹ Dante en FranceChapitre 5 sur 14 · P. XX · texte numérisé non relu

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5) V. Hugo, William Shakespeare, L n, S 11.

point ordinaire non plus comme critique, même aaprës de tous cenx qni Font suivi: ,Âu reste ce poème ne pouvait paraître dans des circonstances plnsmalbenresnses: nous sommes trop près ou trop loin de son sujet Le Dante parlait à des esprits religieux, pour qui ses paroles étaient des paroles de vie, et qui Tentendaient à demi-mot: mais il semble qu'aujourd'hui on ne puisse plus traiter les grands sujets mystiques d'une manière sérieuse'. C'est ainsi qu'un demi-siècle plus tard Théophile Gautier et Victor Hugo seront frappés de la difficulté, ,pour nos yeux obscurcis, sans idéal, sans foi^ de rêver et de décrire l'extase des ydivins paradis^ ;Si jamais— poursuivait Rivarol —, ce qu'il n'est pas permis de croire, notre théologie devenait une langue morte, et s'il arrivait qu'elle obtînt, comme la mythologie, les honneurs de l'antique; alors le Dante inspirerait une autre espèce d'intérêt: son poëme s'élèverait comme un grand monument au milieu des ruines des littératures et des religions: il serait plus facile à cette postérité reculée, de s'accommoder des peintures sérieuses du poète, et de se pénétrer de la véritable terreur de son Enfer; on se ferait chrétien avec le Dante, comme on se fait payen avec Homère'^). Voilà oe que Chateaubriand eât pu mieux comprendre et faire valoir, voilà ce qu'on se rappelle en rencontrant les doutes et les tourments d'un Ântony Descbamps ou d'un Brizeux, ou telle réflexion de Taine, ou même la studieuse ironie de l'auteur de ,1'Humaine Tragédie^ Et tout en jugeant avec une étonnante largeur de vue, Rivarol éprouve un poétique enthousiasme: ,Etrange et admirable entreprise! Remonter du dernier goufire des Enfers, jusqu'au sublime sanctuaire des Cieux; embrasser la double hiérarchie des vices et des vertus^ l'extrême misère et la suprême félicité, le temps et l'éternité; peindre à la fois l'ange et l'homme, l'auteur de tout mal, et le saint des saints! Aussi on ne peut se figurer la sensation prodigieuse que fit sur toute l'Italie ce poème national, rempli de hardiesses contrôles papes; d'allusions aux événemens récens et aux questions qui agitaient les esprits; écrit d'ailleurs dans une langue au berceau, qui prenait entre les mains du Dante une fierté qu'elle n'eut plus après lui, et qu'on ne lui connaissait pas avant. L'effet qu'il produisit fut tel, que lorsque son langage rude et original ne fut presque plus entendu, et qu'on eut perdu la clef des allusions, sa grande réputation ne laissa pas de s'étendre dans un espace de cinq cents ans, comme ces fortes commotions dont l'ébranlement se propage à d'immenses distances*)'. Rivarol à qui cette grande réputation est parvenue, songe à ce que sa propre langue peut tirer de l'antique chefd'œuvre, et comme le traducteur de Dante est en même temps l'auteur — bientôt couronné — du ,Discours sur l'universalité de la langue française,^ il

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