‹ Dante en FranceChapitre 6 sur 14 · P. XXIV · texte numérisé non relu

P. XXIV

92 Albert Coonflon

n'a point oublié dans ce, Discours^ l'état de la langae italienne ,qaand le Dante entreprit d'illnstrer ses malheors et ses vengeancesS il dit que ,les poëraes du Dante et de Pétrarque, brillans de beautés antiques et modernes, ayant fixé l'admiration de FËurope, la langue toscane acquit de Tempire^^), et surtout il pense à ce que lui-même et les jeimes écrivains doivent demander au vieux Toscan: ,11 traduisit le Dante, écrivain bizarre et sublime, dont les beautés et les défauts ofirent au traducteur un exercice également utile. Il comparait ce travail aux études que ferait un jeune peintre sur les cartons de Michel- Ange' *). Kivarol avait lui-même, en présentant sa version, exprimé des idées par lesquelles il semble presque devancer M°^ de Staël: ,J'ai pensé que les traductions devraient servir également à la gloire du poète qu'on traduit, et au progrès de la langue dans laquelle on traduit ; et ce n'est pourtant point là qu'il faut lire un poète, car les traductions éclairent les défauts et éteignent les beautés; mais on peut assurer qu'elles perfectionnent le langage. En effet, la langue française ne recevra toute sa perfection, qu'en allant chez ses voisins pour commencer et pour reconnaître ses vraies richesses; en fouillant dans l'antiquité à qui elle doit son premier levain, et en cherchant les limites qui la séparent des autres langues. La traduction seule lui rendra de tels services ')^ Dante est à cet égard, pense- t-il, un modèle supérieur, avec son style brusque, plastique, ,affamé de poésie', et on peut donc pardonner à Rivarol d'avoir été, en homme du monde, en élégant lettré du XVni® siècle, offusqué de certaines grossièretés et bizarreries, de s'être amusé, comme Voltaire, de Virgile lombard, d'avoir voulu policer son auteur en le traduisant. Il a au moins prévu que les écrivains français lui devraient beaucoup. Quand Cbênedollé, l'ami de Chateaubriand, que nous retrouverons bientôt, prit congé de Rivarol à Hambourg, le spirituel exilé lui remit sa traduction de Dante en lui disant: ,Li8ez celai II y a des études de style qui formeront le vôtre et qui vous mettront des formes poétiques dans la tête. C'est une mine d'expressions, où les jeunes poètes peuvent puiser avec avan-

1) Discours, etc. (sujet proposé en 1783 par l'Académie de Berlin).

2) Berville, Notice en tête des «Mémoires du comte de Rivarol' (Collection des mémoires relatifs & la révolution française, Paris 1824), p. II. -— Rivarol dit dans sa traduction (p. XXXI): ^La plupart de ces peintures ont encore aujourdliai la force de l'antique et la fraîcheur du moderne, et peuvent être comparées & ces tableaux d'un coloris sombre et effrayant, qui sortaient des ateliers des Michel-Ange et des Carraches, et donnaient à des sujets empruntés de la Religion, une sublimité qui parlait à tous les yeux'. — La note 14 du ch. XX (p. 287) dit du travail de traducteur: ,C'est ainsi que les jeunes peintres font lenrs cartons d'après les maîtres*.

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