‹ Dante et Béatrix drame en cinq actes et en versChapitre 3 sur 68 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Tu le comprendras mieux à l’éprouver toi-môme :

On adore à vingt ans, c’est plus tard que l’on aime!

Gl'IDO.

Oh ! pardon ! — J’oubliais, devant toi-même, ici.

Que c’est de Beatrix que je parlais ainsi,

Beatrix, la plus noble et la plus sainte femme!

Tous les hommes, le plus impur, le plus infâme,

Le plus abandonné dans les mauvais penchants, ^

Ont comme une pudeur de se sentir méchants.

Quand elle paraît calme et tranquille et fidèle !

Les plus sages vieillards s’inclinent devant elle.

Certains, dans le passé comme dans l’avenir.

De cette pureté que rien ne peut ternir!

— Ami, pardon encor! Je suis léger, frivole,

Mais je regrette vite une vaine parole.

BRL’NETTO.

Je suis fier du succès que mes leçons ont eu,

Dante; je trouve en toi l’amour de la vertu;

Mais cette noble ardeur resterait inféconde Si tu ne la tournais vers les choses du monde.

Poète avant seize ans, dans Florence honoré.

Les applaudissements du peuple t’ont sacré.

ÜUIDO.

Il est vrai : sur l’-Arno, fuyant la ville ardente Chaque barque, le soir, dit un sonnet de Dante,

Et ses molles chansons vont, comme un chant d'oiseau. De Lucques la rieuse à la sombre Arezzo.

— Moi, je suis fier, ami, de ton nom qu'on répète.

Et ne suis point jaloux.... quoique je sois poète!

BRLXETTO.

Mais il est des devoirs plus graves à remplir,

Une œuvre utile est là que tu dois accomplir.

OUfBO.

La politique est là qui nous prend à l'oreille ?

BRUNETTO, iriilé.

Non, je n'ai jamais vu légèreté pareille!

{ Guido effarouché se retire au fond. ) Dante, écoute : un prieur demain doit être élu.

Le chevalier Bardi, Gibelin absolu.

Homme dur, violent, accusé de vingt crimes.

Qui conduirait Florence au penchant des abîmes.

Le chevalier Bardi se présente, et, demain Peut-être, 1e pouvoir tombera dans sa main.

Le parti noir l’appuie. 11 faut pour le combattre Dn blanc, un Guelfe pur que rien ne puisse abattre.

— Eh bien, sur toi, mon fils, repose mon espoir. uiJiDO, à part.

Mon pauvre ami!

BRUNETTO

Tu dois haïr Le parti noir.

Les noirs sont Us amis des princes germaniques; Avec eux, l’étranger et ses lois tyranniques;

Au contraire, avec nous. Guelfes jusqu'à la mort, I.e pays décidant lui-mème de son sort....

GCIDO, à part.

Pauvre pays!

BRÜNETTO.

l.e droit et la foi pour cortège,

La liberté croissant à l’ombre du Saint-Siège; Voilà bien, n’est-ce pas, ton rêve et ton désir? Quel est l’autre parti que tu pourrais choisir? Qu’un esprit médiocre aux craintes soit en butte;

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