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Chapitre XI. A quoi bon dès lors passer en revue les nombreux

membres de ceUe milice se nomment Templistes. La guerre de ces Chevaliers du Graal (lumière) contre tes ennemis du sai/tt Vase était réputée le symbole de la guerre perpétuelle que tout chrétien (d'Orient ou d'Asie) doit faire aux penchants de la nature pour mériter le ciel , une pensée impure (catholique) faisait perdre aux Chevaliers du Graal les joies et les privilèges attachés à sou service.

«Un trait assez remarquable de l'organisation de celle chevuleiie idéale^ c'était que /e Templiste ne devaU répondre à aucune question qui lui serait faite sur sa CONDITION et son office de Templiste. Il y a plus , il devait refuser son assistance et sa présence à quiconque lui aurait fait celle question ; ef, si loin se Irouva-t-il alors du Temple, il devait y retourner sur-le-champ (pour donner, l'éveil).

« Le chef de celte sainte chevalerie, issu d'"ne race de héros prédestinée par le ciel à cet office, prenail[le li're de Roi du Graal.... Pour un Templiste tout prèlre chrétien (non calholique) était un roi ^ plus puissant que les rois du monde. ..^ Le torrent des vices allant toujours croissant dans l'Occideni, il ne s'y trouva plus bientôt aucun pays digne de posséder le saint Vase. Alors , Perceval ayant été promu à la royauté du Graal, il transporta , à la tèle des Chevaliers Templistos, le l'use miraculeux dans les contrées de lOrient , où les romanciers se sont donné le plaisir de rattacher son histoire à celle du fameux Prêtre Jean.» (Et , c:i effet , elle s'y raUache à merveille.) Voy. Hist. de la Poésie provençale, I. If, p. 331 et suiv. O aveugles ! tout cela n'esl-il donc pas assez clair ? Que fait dona la docte Allemagne pour n'avoir pas encore débrouillé ce chaos ?

dialoctes qu'il signale, sinon pour dciourncr l'attention et l'égarer loin cUi but qu'il a en vue, tout en donnant satisfaction à ses antipathies. Tous ces dialectes sont plus ou moins désagréables et grossiers; mais il va sans dire que celui des Romains est le plus affreux de tous. « Leur idiome, ou pour mieux dire leur triste parler, est le plus honteux, turpûsiniuiHj, de toute l'Italie, et il n'y a pas à s'en étonner, leurs vueiirs et leur manière de vivrez, dans sa difjormïtc^ dépassant tout ce qu'il y a de plus fétide. » A qui persuadera-t-on que de pareilles épithètes n'aient rapport qu'au dialecte et à la conduite plus ou moins régulière des habitants de Rome?

CtîAPiTRE XII. Si la langue parlée dans la ville du Pontife, par les papiens, inspire le dégoût à Dante, il en est tout autrement de celle des Siciliens , « la plus honorable et celle qui fait le plus d'honneur, parmi celles qu'il a passées au crible, lionorabilius atque honorificentnis. » Aussi trouve-t-il important d'examiner l'esprit des Siciliens, ingemum. « Attendu que ce dialecte s'est fait renommer par-dessus tous les autres, à tel point que l'on donne le nom de sicilien à tout ce que les poètes composent en italien (il y a donc une langue italienne); attendu encore que maints docteurs de ce pays (Sicile) ont chanté gravement ; comme dans ces compositions lyriques : Bien que l'eau se dessèche par le feu ^ et L'Amour qui m'a longtemps conduit. » On voit combien le sujet comporte de gravité pour un fidèle d'amour. « Cette renommée de la terre trinacrienne, si nous distinguons bien le but auquel elle tend^ est restée uniquement à la honte des princes italiens, que l'orgueil entraîne à suivre X exemple de la plèbe et non celui du héros, » C'est-à-dire à croire et à respecter, avec l'immense majorité des peuples , l'autorité de rÉgb'se, dont les héros à la manière de Dante cherchaient à s'affranchir par la révolte. En veut-on la preuve ? il nous la donne immédiatement : «. Mais ces illustres héros, l' empereur Frédéric qI son digne fds Manfred, en montrant la noblesse et la droiture de sa forme (il s'agit du dialecte sicilien), s'attachèrent aux choses humaines (dans lesquelles s'exerce la raison) , tant qu'ils eurent la fortune favorable, en répudiant tout ce qui nous assimile à la brute , humana secuta sunt, bnitcdia dedignantes. » Or, ce qui nous assimile à la brute, nous le savons, est de se soumettre à l'autorité, en abdiquant l'usage de sa raison.

Ce n*cst pas tout : « Aussi ceux qui avaient le cœur haul et possédaient d'iieureux dons s'efîorçaicnt-ils de prêter leur appui à la majesté de si grands princes^ tellement que, dans ce temps, tout ce qui était composé d'excellent parmi les Italiens se produisait d'abord à la cour de ces grands rois. Et comme leur résidence était en Sicile, tout ce qui fut composé par nos prédécesseurs dans l'idiome vulgaire s'appelle sicilien, usage qui est encore le noire et que nos successeurs ne pourront changer. Racha, Radia ! Savez-vous ce que sonne maintenant la trompette du dernier Frédéric (d'Aragon), la cloche de Charles II (de Naples), les cors des puissants marquis Jean et Azzo (d'Esté) , les clairons des autres magnats (princes souverains d'Italie) ? Rien autre chose que ceci : Venez, bourreaux (de l'Inquisition), venez, oiseaux de proie, cdlriplices, venez, sectateurs de l'avarice (de la louve, figure de Rome et de Plutus, criant pape satan cdeppe). » [Voyez nos pages 23, 24 et suivantes.)

Nous savons maintenant quel est l'esprit ingénieux du langage sicilien, car Dante ne nous donne pas d'autre explication à cet égard, après avoir annoncé l'intention de porter sur lui son examen ; nous savons d'où provient sa grande renommée. Mais il nous sera permis de douter que jamais, sauf peut-être parmi ses coreligionnaires, on ait appelé siciliennes les poésies composées en itahen, car on ne saurait trouver nulle part la moindre trace d'un pareil usage, et nous voyons, au contraire, les poésies d'auteurs siciliens désignées de tout temps comme italiennes.

Après s'être laissé ainsi emporter par sa colère contre tous ceux qui restent fidèlement soumis à la loi de l'Église, et cela à propos du langage, notez-le bien, qui paraît pourtant ne devoir guère influer sur la politique des princes, Dante revient à parler du dialecte de la Sicile, et il réprouve celui dont se servent les petites gens, terrigenis mediocribus^ cela va sans dire. Il en est de même pour celui de la Fouille, car « les habitants de l'Apulie, à raison du voisinage des Romains et de la Marche d'Ancône, turpiter barbarizant. » Toutefois, certains poètes de ce pays (du temps de Frédéric sans doute) « ont écrit très-correctement et fait usage de termes de cour, comme on le voit dans : Madame je veux vous dire; et dans Un parfait amour me fait mener si joyeuse vie, n Malgré cela, les dialectes de la Sicile et de la Fouille « ne sont pas à considérer

comme ic très-bel italien. » Dante s'abstient, bien entendu, d'en donner la raison vérilable, faute de pouvoir proclamer que Vidtome sicilien a dû subir, depuis Frédéric, de graves modifications dans sa grammaire, et qu'il a contribué activement, de concert avec son ami Cino et plusieurs autres encore, sans doute, à le transformer complètement.

Chapitre XIIÎ. Sait-on le procédé dont il s'avise pour établir que les dialectes qu'il réprouve sont à rejeter? Il cite quelques mots en patois de chaque ville ou province, et le procès est jugé sans appel. Il n'en agit pas autrement pour la Toscane, dont les habitants « attribuent arrogamment à leur dialecte, dans leur folie insensée, le litre de vulgaire illustre. » Guittone d'Arezzo, Buonagiunta de Lucques, d'autres encore, et notamment Brunetto Latini, ont proclamé bien à tort une opinion semblable, attendu que « si l'on a le temps d'examiner leurs compositions, on reconnaîtra qu'ils n'ont pas écrit dans le style de la cour (gibeline), mais dans celui de leurs municipes respectifs, non curialia^ sed îminicipalia. Ce qui valut à Brunetto Latini de brûler dans l'Enfer et aux deux autres un traitement peu amical.

Il y a pourtant des exceptions h faire. Ainsi, « bien que presque tous les Toscans soient obtus dans leur vilain langage, in suo turpilocfuio sint obtusi, j'en ai connu quelques-uns auxquels n'échappait pas l'excellence de l'idiome vulgaire, à savoir : Guido, Lapo et un autre y tous trois Florentins, ainsi que Cino de Pistoie que nous ne devrions pas mettre en dernier. » Nous sommes donc bien et dûment informés, par les noms de ces trois amis particuliers de Dante, que l'excellence du langage gît surtout dans l'opinion politique et dans la foi religieuse , ce dont nous ne doutions nullement ; car enfin, Dante et ses amis, comme Frédéric et ses courtisans, ne parlaient pas et n'écrivaient pas, sauf le plus ou moins de perfection de style, une autre langue que tous les hommes éclairés de leur temps et de leur pays ; les preuves ne manquent pas à cet égard.

Chapitre XIV et XV. De Tautre côté des Apennins, « Bologne seule pourrait avoir la palme du langage. » Un pareil jugement n'a pas été un médiocre sujet d'étonnement pour les îtahenset pour tous ceux qui connaissent l'affreux patois de cette ville. Mais nous venons d'énoncer le motif des préférences de Dante; or il en était pour lui

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(les \illGS comme dos Iiommcs, elles narlaiont bien dès qu'elles pensaient bien. Or, l'universilé de Bologne était un foyer sectaire, on y soutenait des tbèses publiques en faveur de la monarcbie impériale, et les liautes classes y appartenaient généralement à l'opinion gibeline, quand le me?iu peuple y était tout dévoué à Rome, ce qui amenait de fréquentes révolulions dans ce municipe. Dante lui-même a pris soin de nous dire, dans le cbapitre IX, que les « Bolognois du bourg Saint-Félix (quartier du bas peuple) et ceux de la Grandeî^Ruc (habitée par la haute bourgeoisie) ne parlent pas la même langue. » C'est-à-dire qu'ils suivaient des bannières opposées. Mais l'opinion des hautes classes étant prépondérante aux yeux du poète, c'est à celle -là qu'il faisait allusion en paraissant n'avoir en vue que le dialecte local, mélange des divers patois deLombardie et deRomagne, comme il le dit lui-même. Aussi, tout en le proclamant supérieur au toscan, la preuve cju'il n'est pas le véritable idiome italien, le vulgaire illustre, comme il l'appelle, c'est que « le grand Guido Guinicelli, Guido Ghisliero, Fabrizio et Onesto, s'en sont tous écartés. » Et tous ces écrivains, est-il besoin de le dire? sont comme lui et ses amis des fidèles d'amour, des apôtres de la doctrine secrète.

Chapitre XYI. En résumé, l'idiome vulgaire, cherché successivement par Dante dans les différentes villes d'Ralie, est « celui qui se rencontre dans chacune d'elles, sans reposer dans aucune, m quolibet redolet civitatej,nec cubât in iiUa. » En effet, on peut dire que l'argot sectaire se reconnaissait bien plus par l'odorat que par l'ouïe, redolebat, et pourchassé comme il l'était, il ne pouvait reposer, cubare^ dans aucune cité, quoiqu'il fût parlé, écrit, ou du moins compris dans toutes. « Il peut toutefois exhaler plus d'odeur, redolere, dans une ville que dans une autre, comme le fait la plus simple des substances, qui est Dieu. » Notre philosophe ne nous disant pas quelle est cette ville favorisée, certains que nous sommes de l'indignité de Florence et de Rome, nous serions assez poi'tés à croire qu'il aurait désigné Bologne, s'il eût osé le faire. Mais il nous déclare que l'idiome vulgaire, appelé par lui '« illustre, cardinal, aulique, et courtisan, illustre^ cardinale, aidicimi, et curvAe, est celui qui, sans paraître appartenir en propre à aucune ville d'Italie, se retrouve dans chacune d'elles, et qu'il faut mesurer, peser et comparer d'après lui tous les autres dialectes. »

Chapitre XVIÎ. Cet idiome est appelc illusirc, paicc que, tout à la fois, il éclaire et il est éclairé, ïlliiniincms et illuminaium prctfid- (jet^ ou, pour traduire plus exactement, éclairé par la doctrine, il contribue à répandre la lumière. Aussi « le vulgaire dont nous po)lons remplit un sublime ministère et exerce une grande puissance, subUmatum est viagistratu ei potestate ; il élève de plus les siens en honneur et en gloire. Sa haute magistrature consiste à dégager le langage de tant de termes grossiers, de constructions tourmentées, de prononciations défectueuses, d'accents rustiques, et à le rendre aussi beau, aussi souple, aussi parfait et d'aussi bonne compagnie, Krbanum, qu'on le voit dans les chansons de Cino de Pistoie et de son ami, m camionibus suis (dans sa Comédie). Sa puissance est grande, car en est-il une supérieure à celle qui peut changer le cœur des hommes, au point de les amener à vouloir ce qu'ils ne veident pas, et à agir contrairement à ce qui était leur volonté, comme a fait et comme fait encore cet idiome? »

Est-il bien démontré que l'idiome italien, proprement dit, produise Seul de tels miracles, et qu'on ne puisse les obtenir en sachant manier nabilement quelque patois que ce soit? Quant à l'idiome illustre, tel que nous l'entendons, la chose et toute différente, et nous croyons qu'il a opéré de grandes merveilles, ne fût-ce que de traverser cinq siècles sans être compris.

« Qu'il élève en honneur ceux f^ui le cultivent est chose évidente, car ils l'emportent en renommée sur rois, marquis, comtes et tous les autres grands , et nous avons reconnu par nons-même combien il sait faire pour ceux dont il a rendu le nom glorieux, puiscjue nous lin devons d'avoir mis en oubli Jiotre exil. C'est donc à bon droit que nous l'appelons illustre. »

Chapitre XVIII. Il est appelé cardinal parcequ'il est « comme le gond que suit toute la porte. ... Il ressemble véritablement au père de famille. K 'arrache- t-il pas chaque jour les ronces et les épines de la foret itcdiqne? N'y sème-t-il pas chaque jour et n'y greffe-t-il\)dis de nouvelles plantes? (Lisez des néophytes.) Ceux qui le cultivent font-ils autre chose qu'adopter et repousser, nisiutadmoveant etremoveant?... Nous l'appelons «z^/iV/z/e, attendu que si nous autres Italiens nous avions un palais impérial, aula, il serait le langage du palais, palatinum foret. Faute de cette résidence souvi.raine, « il est

arrive que notre idiome illustre s'en va voyageant comme un étranger, et est réduit à s'abriter dans d'iiumbles asiles, veliit accola percgrinaiw', et in kumilibus liospitatiir asylis. » Personne ne doute qu'un palais, maison commune de la secte, auguste régulateur de toutes les parties de l'Empire , rcgni communis domiis et omnium rcgni partiinn gubernatrix augusta, ne fût bien préférable aux loges plus ou moins bien décorées dans lesquelles se réunissaient mystérieusement ceux qui parlaient le langage illustre et en posaient les règles; mais pouvons-nous en vouloir à l'autorité ponlificalc de ce qu'elle s'opposait par tous les moyens en son pouvoir à l'érection d'un pareil édifice ?

« Nous appelons encore cet idiome curial (courtisan), parce que la curialité n'est autre chose qu'un pesage des choses qui sont à faire.... et tout ce qui est bien pesé dans nos actions s'appelle cu^ riaL... Or, quoique nous n'ayons pas de curie (cour) en Italie, attendu qu'on entend uniquement par là celle du roi d'Allemagne, et comme les membres de cette curie ont pour lien un prince, de même les membres de celle-ci ont pour les relier entre eux la gracieuse lumière de LA RAISON, sic membra Imjus gratioso lumine ratioîNIS iinitœ sunt. îl serait donc faux de dire que nousiiutres Italiens nous n'avons pas de curie, quoique nous manquions d'un prince, car nous avons en réahté une curie, bien qu'elle soit dispersée corporellement, curiam habemus licet cor por aliter sit dispersa. »

Rien de plus clair ni de plus précis. Il existait en Itahe une association d'hommes, comité dirigeant, curie ou cour, comme on voudra la nommer, qui, dispersée par la force des choses, ne manquait pas pour cela d'unité, car elle se réunissait dans certaines circonstances, pour peser conformément aux lumières de la raison ce qu'il y avait à faire et à dire. A défaut d'un prince dont probablement elle n'aurait pas reconnu longtemps la suprématie, elle disait relever des lumières de la raison, et telle était l'autorité qu'elle prétendait faire prévaloir sur celle de l'Église romaine. Nous laissons maintenant à décider, d'après tout ce qui précède, s'il est bien admissible qu'il ne s'agît dans ces conventicules que de questions de grammaire et de philologie. Quant à nous, nous ne saurions croire que Dante ait entrepris d'écrire un gros livre en latin, vers la fin de sa carrière, sans autre but que d'enseigner à ses contemporains « la doctrine de l'é-

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loquence vulgaire. » Qu'il ait eu en vue de tracer aux siens des règles nécessaires pour écrire et parler dans une langue conventionnelle à double et même à triple sens, voilà ce qui nous paraît évident, incontestable, ce que démontrera de plus en plus la suite de cette analyse; et alors nous comprenons parfaitement qu'il dise : « Nous traiterons dans les livres suivants de ceux que nous croyons dignes d'employer cet idiome, sur quels sujets ils doivent le faire, de quelle manière, où et quand, enfin à qui il leur faut s'adresser; puis, ces points éclaircis, nous nous occuperons des idiomes inférieurs, en descendant par degrés jusqu'à celui qui n'appartient qu'à une seule famille, qtiod unius solius famiiiœ proprium est. » Traduisez secte et vous aurez le vrai sens du mot familia^ sans quoi vous chercheriez longtemps la famille dont il est ici question.

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