DE MONARCHIA
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La réforme religieuse, objet secret des vœux de l'exilé florentin et but constant de ses efforts, n'était possible qu'à la condition d'enlever à Rome la suprématie politique, qui faisait du souverain pontife l'arbitre des couronnes et le chef de la chrétienté. Cette réforme était au fond de la querelle des investitures, dans laquelle Frédéric avait succombé ; elle était le mobile, dissimulé avec soin, du parti qui appuyait Henri de Luxembourg, et qui l'avait appelé eu Italie. Les Gibelins en général ne voulaient un empereur que pour se délivrer du pape, ou du moins pour le réduire à l'état de vasselage; car ils sentaient bien qu'une fois le sceptre prédominant sur la tiare, c'en était fait de cette haute influence que le pontife exerçait sur l'ItaUe et sur le monde chrétien.
Au moment où Henri VII venait se faire couronner h Rome, avec la pensée et l'espoir de rc ussir où avaient échoué les deux Frédéric, rien n'était plus à propos que d'appeler l'attention sur les avantages du gouvernement monarchique, et que de le représenter comme destiné à assurer la paix et le bonheur du monde, tâche à laquelle la papauté, au point de vue de l'opposition, était demeurée impuissante. Dante se chargea de ce soin, et s'en acquitta avec tous les ménagements que réclamaient les circonstances. Son livre DeMonarchi'a fut écrit probablement dans le camp même du prince allemand, son héros ; mais comme il n'y avait pas rupture entre l'Empereur et le pontife, bien que de part et d'autre on s'observât avec une extrême
méfiance, la thèse gibeline dut y être traitée avec la plus grande circonspection, et de manière à heurter le moins possible les susceptibilités pontificales.
Le livre De Monarchia est un manifeste sous forme de traité, dans lequel l'auteur se borne à établir en principe le droit de l'empereur d'Allemagne, héritier légitime des Césars, à la monarchie universelle, sauf à déduire en temps opportun les conséquences. C'est une œuvre toute diplomatique, dans laquelle le poète, se faisant violence, tient soigneusement en bride sa haine contre Rome, pour se renfermer dans les limites d'une polémique courtoise, et plaider sa cause sans injurier son adversaire; loin de là, il lui tend la main, et en vient même, dans sa péroraison, à lui proposer une sorte de transaction dans les termes les plus conciliants. Modération trompeuse, commandée par la position respective des parties, mais qui, si elle eût pu faire illusion , aurait eu pour résultat de réduire le successeur de saint Pierre à n'être plus que le premier sujet de l'Empereur universel.
Livre L La Monarchie^ pamphlet politique que bien peu d'érudits ont eu le courage de lire en entier, et qui, sous le rapport historique, est cependant l'œuvre la plus importante que Dante nous ait laissée, se divise en trois livres écrits dans le latin très-peu cicéronien de 1300, avec toutes les arguties de la scolastique. Le titre en a été emprunte à saint Irénée, comme celui du Banquet di Platon, car il lui fallait toujours se rattacher à un philosophe ou à un saint. Avant d'entrer en matière, l'auteur pose en principe que tout écrivain doit s'efforcer d'accroître le trésor des connaissances humaines, et que dans ce but il lui faut traiter des sujets utiles et neufs. Il ajoute que toute spéculation politique doit avoir pour but la civilisation de l'humanité entière, qiiidsit totius liumanœ civilitatis, et cela par le développement de la puissance intellectuelle dont l'homme a été doué par le Créateur. Il ne se dissimule pas les difficultés de sa tâche : ardiium opus et ultra vires, dit-il, car il n'écrit pas une œuvre purement spéculative, appelant au contraire de tous ses vœux la mise en pratique de sa théorie politique ; mateyia -prasens non ad specidationem per prius, sed ad operationem ordinatur,
La monarchie dont il proclame l'excellence est bien préférable, selon lui, à l'aristocratie et à la démocratie, qu'il appelle des formes
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de gouvonicmcnl ol)liquos, oblùfuc poUiizantes. Mais sa monarchie temporelle, comme il la qualifie pour la distinguer, de la souveraineté du chef de l'ilglise, tcmpondis monarcliia, cjuam dicunt iinpcrium, nnius principatus, n'est pas celle d'un roi soumettant à son autorité tel ou tel peuple renfermé dans certaines limites, c'est la monarchie universelle, ce rêve de tous les empereurs depuis Charicmagne jusqu'à Charles-Quint; rêve d'autant plus difficile à réaliser, dans le système de l'écrivain gibelin, qu'il laisse subsister dans chaque pays la forme de gouvernement consacrée par l'usage et la tradition, selon la diversité des climats et des habitudes. En effet, il est bien stipulé que les royaumes, les principautés, les oligarchies, les municipes italiens, surtout, continueront, comme par le passé, à se régir d'après leurs lois propres, à la seule condition de relever de l'autorité supi ême exercée par l'Empereur : Sic inteUigendiim est iit Immcminn genus sccundum SUA communia, qiiœ omnibus competunt, ab co regaïur, et commiini régula gubernetur ad PACEM.
La monarchie est-elle nécessaire au bien de l'humanité ? Le peuple romain a-t-il un droit acquis à cette monarchie, constituant l'empire universel? L'empire universel relève-t-il immédiatement de Dieu seul, ou médiatement de quelqu'un de ses ministres ou vicaires? Telles sont les trois questions que l'auteur entreprend de résoudre successivement, et à chacune desquelles il consacre un livre de son traité.
Dans le premier, il démontre la nécessité de la monarchie à reffe!; d'établir la paix uuiverselle. Il ne doit y avoir qu'un monarque suprême, car le genre humain est un, et les divers royaumes n'étant que des parties d'un tout, qui est le genre humain, ce tout forme l'Empire. L'Empire doit être régi par une volonté unique, ce qui est dans l'intention de Dieu et à sa ressemblance, comme aussi à celle du ciel, recevant le mouvement d'une impulsion unique, c'est-à-dire du premier mobile. Cette volonté souveraine est nécessaire pour s'interposer dans les querelles entre princes et États ; et le monarque universel n'ayant point de voisins, pointde conquêtes à entreprendre, point d'ambition à satisfaire, est dès lors le seul qui puisse observer la justice, procurer aux hommes la liberté (ce qui implique leur asservissement actuel sous la prédominance .spirituelle), et leur assurer un bon gouvernement. Pour lui, l'Empire c'est la paix, bien pins, c'est
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la LIBERTÉ, la libcrlc (ropinion et de croyance, la liberté du juge. MENT, de la RAISON. El il s'ingciiie à le faire compi'endre en comparant à la brute l'honimc asservi, dont le jugement, faculté intermédiaire entre l'intelligence et la volonté, demeure enchaîné, puis à l'ange, celui chez lequel le jugement opère sans entraves. C'était si bien là pour lui une thèse de la plus haute importance, qu'il l'a fait annoncer par Virgile dans le Purgatoire et discuter par Béatrice dans le Paradis.
L'être, l'unité et le bien, qui procèdent l'un de l'autre , ens cnim naiura prodtœù imum, umim vero bonum, sont impossibles pour l'humanité sans la concorde et celle-ci sans la monarchie. L'expérience vient confirmer la vérité de ces propositions; en effet la monarchie n'exista pas depuis la chute du premier homme, jusqu'au jour où les temps furent accomplis, c'est-à-dire jusqu'à la naissance du Christ, sous Auguste, mais elle commença de ce moment et continua ensuite de subsister.
Livre IL Dans le second livre, plus étrange encore que les deux autres, Dante établit, à l'aide d'un syllogisme en forme, le droit du peuple romain à l'empire universel : le droit ou jits n'est autre chose que la volonté de Dieu, et il s'identifie avec ce que Dieu veut. Or, Dieu voulut l'empire du peuple romain, car il l'a fait noble et vertueux par-dessus tous ; il a opéré des miracles en sa faveur; ce peuple a toujours eu pour but le bien public ou universel ; il a été formé par la nature pour exercer l'empire, ad imperandwn ordinatus a natura; enfin le jugement de Dieu a prononcé en sa faveur dans le duel judiciaire engagé successivement pour l'Empire entre lui et les autres peuples. Le peuple romain a donc un droit évident à l'Empire.
S'il en avait été autrement, si cet empire du peuple romain n'avait pas dû s'étendre de jure sur le genre humain tout entier, Notre- Seigneur Jésus-Christ, né sous la domination romaine et subissant le supplice en vertu de la sentence d'un juge romain , ne serait pas mort par l'œuvre du genre humain tout entier, et dès lors n'aurait pu racheter pour tous les hommes le péché originel : Si Romanum imper imii de jure non fuit, Ckristiis nascendo prœsumpsit injustum... et peccatum Adce in Christo non fuit punitum.
Litre IIL Le troisième livre a pour objet d'établir que la monarchie universelle ou l'empire romain relève immédiatement de
Dieu et que l'Empereur est tout à fait iudépcndant du Pape. L'auteur comnicuce par poser eu principe que Dieu ne veut pas ce qui répugne au vœu de la nature, Deurii nolle quod intcntioni naturœ rcpugnat ; puis il signale ceux qui , dans leur avciiglcmcni , dont ils n'ont pas conscience , s'élèvent contre les vérités qu'il prétend démontrer. Or ces aveugles sont d'abord le pontife romain, « par zèle pour les clefs sans doute , zeio fartasse clavium; certains pasteurs grecs , c'est-à-dire les prélats transfuges , gibelins traîtres envers le parti, ayant, comme les Grecs, un pied en Europe dans le monde catholique , l'autre en Orient dans l'hérésie gnostique, et, comme eux, trompant tout le monde (1) ; d'autres encore ^ plutôt poussés par leur zèle pour l'Eglise que par l'orgueil. Mais il est aussi des opposants chez lesquels une cupidité opiniâtre a éteint la lumière de la raison, et qui, fds du Diable^, se disent fils de l'Eglise; ceux-là tombent dans des accès de rage au seul nom d'Empereur, sacratissimi principis vocabulum abhorrentes. Enfin , il y a les décrétalistes , grands docteurs très-ignorants en théologie comme en l'une et l'autre philosophie , qui , s'appuyant de toutes leurs forces sur les Décrétales , fort respectables d'ailleurs, quas profecto venerandas existimo, se déclarent contre l'Empire. »
Il réfute successivement leurs arguments en faveur de la suprématie de l'Église , tirés de ce que Dieu a créé deux grands luminaires, dont l'un moindre que l'autre ; de ce que Lévi fut l'aîné de Juda ; de l'élévation et de la déposition de Saiil par Samuel ; de l'encens et de l'or offerts au Rédempteur par les rois mages ; du pouvoir de lier et de délier conféré à saint Pierre ; des deux épées que ce prince des apôtres présenta à Notre-Seigneur ; de la donation de Constantin au Saint-Père; du patronage de l'Église, conféré avec l'Empire à Gharlemagne par le pape Adrien.
Il soutient notamment que l'Empereur n'avait pas le droit de morceler l'Empire ; que la donation faite au Saint-Siège était illicite et C[ue Vusurpation n'engendre pas le droit. Passant ensuite aux preuves positives, il étabUt que l'Empire existait avant l'Eglise; que celle-
(1) f^oY.f p. 390, notre analyse du ^ulg-. Eloq.^ et au dernier chant de l'Enfer, ce qu'il est dit d'une des faces de Lucifer tirant sur ie jaune comme les Asiatiques, et sur le blanc comme les Européens, par allusion aux Grecs.
ci n'a point par ellc-menie qualité pour exercer son aiUorité sur le monarque romain ; qu'elle ne la lient ni de Dieu , ni d'un empereur quelconque, ni du comentement ^iniversei des hommes , ni de celui des plus élevés parmi eux, ab iiniverso mortaliiim comensii^ vel saltem ex iliis prœvalentùtm ; qu'enfin, le pouvoir qu'elle s'arroge est contraire à son essence , les prêtres devant rester en dehors des affaires temporelles et le Pape n'ayant aucune autorité sur les empereurs, qui relèvent immédiatement de Dieu.
Après avoir déclaré qu'il faut attendre de ce sauveur, dont il s'est fait l'apôtre , l'assistance réclamée par les désordres dont le gouvernement pontifical serait la cause, sed forsan melius est SALVATORIS KOSTRl aspectare succursum ,\\ ajoute que cet état de choses , sous la domination pontificale, est odieux aux Africains, aux Asiatiques et à la majeure partie des Européens, cum non modo Asiani et Africani omnes, quin etiam major pars Europam colentium hoc abhorreat , c'est-à-dire , les affiliés du Temple , en Syrie , en Egypte et dans les divers États d'Europe.
L'homme, dont l'âme est immortelle, quand son corps est périssable, fut créé pour une double fin. Il lui faut donc une double direction ; celle du Souverain Pontife pour le conduire par la révélation à la vie éternelle , et celle de l'Empereur pour lui procurer, à faide des enseignements pkilosophicjiies, la félicité temporelle. Or , Dieu seul élit l'Empereur, qu'il charge de cette haute mission sur la terre. Dieu seul le confirme dans son office et il ne reconnaît aucun supérieur , à tel point que les électeurs devraient s'appeler plutôt les procîamateurs de la volonté divine : sotus eligit Deus, soins ipse confir^
mat electores potins denunciatores divinœ prudentiœ sunt
habendi.
Malgré la modération remarquable de la forme , un pareil manifeste était un acte d'agression d'une hardiesse extrême , car il s'attaquait à la toute-puissance pontificale et ne tendait à rien moins qu'à la transporter en des mains sécuhères. Le sectaire se dissimulait avec soin, pour ne laisser paraître que l'homme d'Etat. Et pourtant, l'hérésie ne perdait pas ses droits , elle se faisait jour au milieu du syllogisme et des phrases calculées. C'est le comte Ealbo lui-même, l'un des champions de l'orthodoxie de Dante, qui le proclame. « Voyez , dit-il à propos de l'argument tiré de la Passion du Sauveur sous
la domination romaine , voyez à quelles absurdités entraîne le besoin de produire des faits à l'ap])»! d'un mauvais raisonnement. Voilà un fait qui se trouve déclaré bon , uniquement parce qu'il est arrivé, et la rédemption de l'humanité réduite ainsi à n'être légitime et à ne produire d'effet qu'en faveur des sujets du saint Empire romain. Entre ces deux kcrcsies, l'une religieuse et l'autre philosophic|ue, il est vraiment difficile de décider laquelle est la plus grande. (1). » Il faut bien le reconnaître, dans cet écrit tout de circonstance, Dante a en vue une véritable révolution sociale, car il ne se dissimule pas que la question politique une fois emportée, la partie religieifse est gagnée ; que cette puissance formidable de l'Église contre laquelle il n'a cessé de lutter ne tardera pas à s'écrouler. Socialiste autant qu'il était possible de Têtre au xiY^ siècle, il prétend bouleverser la société pour la réorganiser sur de nouvelles bases, constituer une monarchie universelle, aussi impossible à réaliser qu'une république universelle. Comme tous les utopistes, ne tenant aucun compte des passions humaines, il ne se met nullement en peine d'indiquer comment il entend faire concorder dans la pratique l'autorité impériale, investie du pouvoir temporel sur le monde entier, avec la puissance spirituelle d'une part, de l'autre avec les différentes formes de gouvernement, qu'il déclare devoir être conservées dans leur diversité. Sa pensée est de subordonner le Pape à l'Empereur, d'en faire une sorte de patriarche soumis à un autocrate daignant lui témoigner de la bienveillance, du respect même, tant qu'il restera soumis à ses volontés, à peu près comme les révolutionnaires de Rome prodiguant la louange et les ovations à Pie IX, jusqu'au moment où ils le réduisirent à fuir pour se soustraire à leurs impérieuses
exigences.
Afin de faire accepter plus facilement par les simples ce que son factum gibelin, tout modéré qu'il est dans la forme, avait de trop radical au fond, Dante le termine par ces paroles, dans lesquelles le concihateur laisse apparaître le protecteur : « La vérité cjui vient d'être énoncée (au sujet de l'indépendance de l'Empereur) ne doit pas s'entendre si étroitement que le prince romain ne relève pas en quelque chose A\x pontife ronîain, in aliquo romano pontifia non
(1) Fila di Dante, cip. XII.
smbjaceai^ car cette félicité morteile est ordonnce en quelque sorte pour rimmorteUe félicité. Que César ait donc pour Pierre ce respect qoe doit témoigner on fils aîné à son père, afin que, éclairé par la lumière de la grâce patemdie, ses rayons aient à resplendir plus efficacement, rirtnosùts^ sur le globe terrestre, an gouTemement duquel il a été préposé par Celui qui dirige souverainement tontes choses, tant spiritndles que temporelles. »
Mais qu'adviendra-t-il si C^ar, onaille spirituelle de saint Pierre, oublie les égards et la déférence qu'il lui doit? si le fils aîné se rebelle contre son père , Teut faire iuTasion dans le domaine spirituel et imposer $a Tolonté despotique au pontife , aba^sé à la condition de vassal temporel ? en un mot, si Fempereur cpii, de fait, n'est pas juge souTerain, qurâpie l'haut de droit, nom Decms Imperator est Papa (1), prétend exercer sa haute juridiction sur TJ^ise elle-même ? C'est ce que Dante a nég^gé de nous dire. Le comte fialbo ne s'en récrie pas moins sur la modération de Ii.tv et lui ti^it compte de ce qu'il appelle le successeur de fvj:: Pierre, le vrai porte-clefs des deux. Mais est-il \îsa certain q::r :r5 ?i?r?ssions s'appliquent an pontife romain, et que ce soit lui q : f E : f : ?'7naisse pour être waiment le porti^ dudel? Ce poiuï ^x^^iaii i^àktxe. trèsHxmteâtaUe pour qui sait que rÉ^ise sectaire avait aussi son pape, seul successeur à ses yeux du prince des apôtres, et le doute serait Inen perm:.^ présence de ces expre^ions amb^;uês : Quetràwr tonan authomtu monarchœ romam, qui de jure manarcha mxmdi est y immédiate a Deo depemdeaty an ab aliquo Dei vicario, rel mimstro^ quem Pétri successorem isrrELLieo^ 91a tebe est clatiger reyidcedomm^
Mais qu'importent les trames [dus ou moins habiles, plus ou moins
€0":^':".% dans lesquels Dante expose sa théorie gouTemementale ?
L *: . pour nous, est de savoir qudle eo e?t Ii portée et sous
f e quelles idées die a été f'?rîi3?Jée. Of , nous ne saurions
iixiciii iaii e 1 5? !atss^ la parole à M, Oz lam « qui, enlevé pré-
(I) Lisez .- : - .-'? arf le^nrator ladex^ =:::::: f exact de Deesas^ el toos amprendic- :e phrase d(mt od me ssuj : rr^ient sûsir la significa-
tioa. Or ce titre de iadex noos rejM^te à wi ; : .'. eoÊio e dieei, qai doime aussi iadeje, A an rôle de haut joslicier i : 1 5 1 reTêtne à la fin da
Purgatoire.
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maUircmcnt aux lettres, s'était posé, avec non moins de zèle que de talent, en répondant de l'orthodoxie du poëte gibelin :
« L'Empire, tel que le conçoit Dante, n'est plus celui deCharlemagne ; c'est une conception nouvelle qui ra]ipellc , d'une part , l'Empire romain primitif, où le prince, revêtu de la puissance tribunilienne, représente dans son triomphe les plébéiens vainqueurs du patriciat; d'autre part, la Monarchie française, s'élevant, par l'alliance des communes, sur les ruines de la noblesse. Le dépositaire du pouvoir, môme sous le nom de César et le front ceint du diadème, n'est, aux yeux de Dante, que l'agent immédiat de la midtitude^ le niveau qui rend les têtes égales. Entre tous les privilèges^ nul ne lui est plus odieux que celui de lanaissance. Il ébranle la féodalité dans sa base, et , en attaquant l'hérédité des honneurs, n'épargne point l'hérédité des biens. Il avait cherché dans les plus hautes régions de la théologie morale les principes générateurs d'une philosophie de la société. // en devait poursuivreimpitoyablement les déductions jusqu' aux plus démocratiques et plus impraticables maximes. Il avait fait à lui seul tout le chemin que les esprits ont parcouru depuis Machiavel jusqu'à Leibnitz et AYolf, et depuis Montesquieu, Beccaria et les Encyclopédistes jusqu'à la révolution sanglante qui tira les dernières conséquences de leurs enseignements. Et naguère encore, quand les plus récents et les plus fougueux des novateurs annonçaient à chacun suivant sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres, ils n'étaient que Vécho des vœux exprimés^ dans un jour de mécontentement, par le vieux chantre du moyen âge. (Ce jour fut de longue durée , on en conviendra. )
« Le catholicisme , au sein duquel il était né , lui avait appris à embrasser dans un même sentiment de fraternité les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Cette préoccupation ne le quitta point au miheu de ses travaux scientifiques, et sa pensée, comme son amour, s'étendit à Y humanité tout entière.... Dante peut être compté parmi les plus remarquables précurseurs du rationalisme moderne, pour avoir le premier donné aux sciences philosophiques une direction morale, politique, et, si l'on peut employer ce mot, humanitaire. »
Ainsi, de l'aveu de l'un de ses plus fervents admirateurs, Dante est un révolutionnaire, un philosophe humanitaire, un saint-simonien ,
un socialiste (1), s'élevant contre la seule autorité qui jusqu'alors fut assez puissante pour mettre un frein à la violence et aux passions des princes, s'attaquant tout à la fois à la noblesse et à l'hérédité des biens, prétendant enfin reconstituer le monde et la société sur des bases nouvelles. Mais le point de départ de Dante ne fut pas le catholicisme, ce fut l'hérésie ; nous croyons l'avoir suffisamment démontré dans l'analyse raisonnée de ses divers ouvrages. L'hérésie, à laquelle le sentiment de fraternité, dont son panégyriste nous le montre animé, est bien loin d'être étranger, ce que prouvent tous les écrits maçonniques, l'hérésie put seule fourvoyer si déplorablement ce puissant génie ; l'erreur politique fut chez lui la conséquence de l'erreur religieuse. Ame ardente et passionnée, un ressentiment profond le poussa à s'ériger en réformateur, et, pour faire triompher la foi qu'il avait embrassée, pour lui obtenir du moins tolérance sinon vengeance, il engagea résolument contre Rome la lutte acharnée qu'il soutint jusqu'à son dernier jour (2).
(J) M. Ozanam me défendra sans doute ainsi contre ceux qui ne manqueront pas de m'accuser d'avoir fait de Dante un franc-maçon, quand je me suis expliqué catégoriquement sur ce point et n'ai entendu le signaler que comme affilié à l'ordre supprimé du Temple, avant ou après son abolition, mais, à quelque époque que ce soit, au moyen d'une initiation secrète.
(2) Il en fut de même de Campanella, de Jordano Bruno, de Vanini, sur lesquels on n'a porté que des jugements erronés, l'Inquisition ayant gardé avec raison le secret sur leurs doctrines. Si M. Cousin lit ces révélations, il comprendra rien qu'en jetant un coup d'œil sur les ouvrages des deux dominicains, quelle était leur pliilosopliie et à quelle école ils appartenaient. Seules, les poésies de Campanella, désormais faciles à entendre, le désignent comme un adepte de la doctrine secrète, qui, de tout temps, en a compté beaucoup dans les deux Siciles, où ils prenaient le ti(re de pythagoriens. Je le tiens de son biographe lui" même, M. Baklacchini, qui, de bonne foi, voyait en eux des philosophes. Comme Dante, Campanella voulait aussi réunir les deux pouvoirs dans une seule main. Comme M. de Maistre, il entendait que cette main fut celle d'un pontife, mais non pas celle du pape. Que d'erreurs en histoire et en philosophie, et combien on s'est laissé abuser par des mots destinés à voiler des idées ! On ne s'est donc pas rappelé que Campanella avait été initié par un prétendu rabbin aux sciences occultes, astrologie^ magie, etc., et tout cela en huit jours. Or, nous avons dit que ces prétendues sciences n'étaient, en réalité, que des déguisements pour la philosophie arcane des hérétiques. On trouvera, à la fin du volume, un résumé de la Cité du Soleil, de Campanella, dont nous recommandons la lecture.
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chose bizarre, la Monarchie, où il n'est traité que d'une théorie pohtique, d'un intérêt purement terrestre, dans des termes d'une convenance parfaite, a été frappée des censures ecclésiastiques, sous le coup desquelles elle se trouve encore; tandis que la Comédie, la Yie Nouvelle^, le Banquet et les compositions lyriques, dont, il n'y a pas à le nier maintenant, l'essence est tout hétérodoxe, où l'auteur se déchaîne avec violence contre Rome et ses pontifes, ont échappé à toute répression.
Cette différence dans la destinée de ces œuvres d'un môme écrivain, inspirées pourtant par une mcMue pensée, provient de ce que la IMonarchie est le seul écrit du grand gibelin où le style soit clair et dégagé de ces ambages, de ces phrases à double sens, de cette métaphysique inintelligible pour d'autres que des initiés, dont il fait abus partout ailleurs ; le seul où l'opposition se montre à nu et marche à son but à peu près le front levé. L'auteur y déduit avec netteté des idées qui sont à la portée de toutes les intelligences, parce qu'il s'adresse à tous les hommes pensants, sans acception de foi religieuse, et qu'il prétend faire appel h l'opinion dans un intérêt exclusivement politique en apparence. Mais un système qui posait en principe la suzeraineté absolue du prince dans l'ordre temporel, qui, l'affranchissant de tout contrôle et ne le faisant relever d'aucun tribunal icibas, refusait au pontife la faculté de délier les sujets du serment de fidélité, ne pouvait paraître sans danger pour l'ordre social, en des temps encore si voisins de Frédéric II et de Philippe-le-Bel. Il fut réprouvé par l'Église parce qu'il attentait ostensiblement, sans aucun artitice de langage, à la suprématie dont elle était en possession depuis des siècles, et qui avait sauvé l'Europe de la barbarie.
Le poëme , au contraire , le Banquet et les autres ouvrages de Dante ne durent la tolérance dont ils furent l'objet de la part de l'autorité ecclésiastique, qu'au déguisement dont leur auteur sut se couvrir, aux formules de respect dont il se montra prodigue envers l'Église et ses dogmes, à l'art prodigieux qu'il déploya en trouvant le secret de parler tout à la fois le langage du catholicisme et celui de l'hérésie, de manière à être entendu dans les deux camps ennemis et à pouvoir être réclamé par chacun d'eux comme lui appartenant exclusivement. Rome sévit contre une doctrine qui lui paraissait dangereuse, qui se manifestait sans voiles et que tout le monde comprenait dans le
même sens ; elle s'abstint de prononcer où il y avait doute et obscurité.
M. de Lamartine n'a jamais mieux dit qu'en proclamant Dante « le poêle de notre époque, qui, ajoute-t-il, retrouve en lui sa propre image, et trahit ainsi sa nature par ses prédilections. » En effet, fils de guelfes, il adopta de bonne heure les idées gibelines, qu'il dissimula politiquement, pour parvenir aux fonctions publiques dans une démocratie où dominaient l'élément catholique et le dévouement au chef de l'Église romaine ; agissant en cela comme tant de jeunes gens que nous avons vus de nos jours, imbus des doctrines nouvelles, se faire les agents officiels du gouvernement dont ils désiraient la ruine. Déçu dans ses projets d'ambition, il leva le masque et passa bannière déployée dans les rangs de ceux contre lesquels il avait combattu; les exemples contemporains ne nous manqueraient pas à cet égard. Animé des sentiments les plus hostiles contre l'autorité pontificale, à laquelle il imputait son exil et l'anéantissement de ses espérances, il n'épargna ni les professions de foi, ni les protestations de son dévouement à l'Église catholique, dont il semblait n'attaquer que les abus. Qu'on se rappelle la comédie de quinze ans, et tant de serments de fidélité aux Bourbons de la branche aînée. Animé d'un pur zèle pour la foi catholique, il aspirait uniquement à une réforme, s'il fallait en croire ceux qui se font garants de son orthodoxie, et ce fut, on s'en souvient, aux cris de réforme que tomba la dynastie d'Orléans, de même que la Restauration s'était écroulée aux cris de vive la charte. Républicain au fond de l'âme, il prônait la monarchie ou plutôt la république universelle, dans laquelle il admettait pêle-mêle démocraties, oligarchies et principautés, sans songer même à indiquer comment le fantôme d'empereur qu'il plaçait à sa tête aurait à s'y prendre pour faire concorder tant d'éléments hétérogènes dispersés sur la surface du globe ; pour que les deux puissances, temporelle et spirituelle, eussent à se mouvoir librement dans leur sphère d'action, sans velléité d'empiétement de l'une sur l'autre; à peu près comme nos constituants de 18^8, échafaudant ce bel établissement politique , dans lequel l'antagonisme des deux pouvoirs, législatif et exécutif, était si savamment combiné qu'ils ne pouvaient aboutir qu'à l'anarchie ou à la dictature. Enfin, pour que rien ne manque à la ressemblance entre
deux époques si diiïércnlcs à lanl d'égards, Dante, battant en brèche la noblesse cl l'hérédité des biens, secouait déjà sur le monde les torclics du socialisme, ramassées de nos jours par d'impitoyables logiciens chez qui, par bonheur, le génie n'était pas, comme chez le poëtc llorcntin, à la hauteur de leur orgueil.
Et voilà comment notre époque se réfléchit elle-même dans l'auteur du livre de la Monarchie, comment « elle y retrouve sa propre image, et trahit ainsi sa nature par ses prédilections. » Ceux qui ont dit que Béatrice était la figure de la liberté ont deviné d'instinct une partie de la vérité. Béatrice n'est pas seulement la liberté, elle est la déesse Raison, elle est la réforme, elle est la république universelle, une et indivisible, se plaçant, pour la forme, sous le patronage d'un monarque en effigie, jusqu'au moment où elle dépouillera son déguisement catholique et, le foulant aux pieds, se révélera aux legards épouvantés sous ses véritables traits.
ENTÂTEURS ET INTERPRETES