‹ Dante hérétiqueChapitre 33 sur 37 · RÉPONSE DE MADONNA A FREDERIC II · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE MADONNA A FREDERIC II

Cette pièce émanée d'un patarin mécontent, resté anonyme , est le meilleur commentaire que nous puissions donner de la déclaration officielle de ce prince.

'< C'est bien justice que l'excès d'orgueil n'ait pas longue durée , c'est justice qu'il fasse place à l'humiliation et subisse la peine de rester humilié. Si je me décide à vous répondre, c'est que je veux dire ce que je pense de vous, qui durant si longtemps êtes allé gonflé d'orgueil. Aujourd'hui votre chant va cajolant ces mêmes gens à qui vous avez fait souffrir tant de maux. Indice évident d'une superbe abaissée.

« Quand vous étiez en joie et en déports, il y avait chez vous peu de connaissance du bienj, objet de vos persécutions, car on vous a vu régner dans ce lieu de corruption qui n'est pas agréable à Dieu. xVussi je m'étonne qu'il vous ait laissé si longtemps vous montrer lâche persécuteur. A l'heure qu'il est vous pouvez certainement me dire, s'il vous convient , je brûle pour toi , et perdre vos chanls en plaintes.

« II ne me paraît pas que vous puissiez vous excuser de la trahison qui fut en vous ; il me semble au contraire que le Seigneur s'est indigné de la vie coupable qu'il vous voyait mener dans un monde babijlonique qu^'il avait en déplaisance. Dieu n'a donc pas voulu qu'une telle vie eût à durer davantage en ce lieu. C'est là que vous avez appris à blasphémer son nom, et votre volonté est toujours à mal faire.

« Sachez que si les péchés ont leur saison, les peines ont aussi la leur. Or vous avez, toute une longue saison, fait durer généralement les ynaux parmi nous : vous faites encore rester hors de leurs foyers maintes gens qui, citoyens honorables des communes de la Toscane, professaient la pure foi. Vous êtes bien heureux, à mon avis, de trouver toujours des bêtes disposées comme eux à en souffrir autant.

« Pourquoi donc vous avisez-vous si tard de parler de votre penser d'union avec moi, penser que j'appelle vain désormais? Lorsque vous étiez en grande élévation et en puissance par les armes, il y avait lieu d'y songer. Comment puis-je me mouvoir maintenant que l'ennemi est si fort? Je ne dois pas faire tort à la vertu de mon institut et porter pour vous atteinte à son honneur. Si jamais le mystique Phœnix vient à se consumer et à ressusciter meilleur, vous pouvez être certain qu'il arrivera le contraire de ce que vous espérez,

« Vous faites montre d'attachement en disant au sixième vers : J'ai voué mon cœur à vous aimer, madame ; démonstration qui me semble vraiment bien avisée. Vous prouvez bien que vous vous êtes mis à parler sans prendre les précautions convenables. Vous deviez d'abord vous enquérir si je voulais vous aimer, messire. Chacun de ceux que vous voyez dans ma position sait bien que faire par luimême, et chacun a à apprendre de vous ce qu'il doit faire. Si l'éléphant, animal irrésistible, vient à tomber, quiconque le saura dira : Tant pis pour sa folie, mais qu'il reste où il est.

« Il est bien juste que vous souffriez la peine de l'extrême outrecuidance dont vous avez longtemps fait preuve. Moi, j'en viendrais à accepter l'union secrète que vous me proposez, en paraissant me l'imposer ! Non, vous n'êtes pas fait de manière à plaire à gens de ma sorte, et l'affection que vous me montrez dans vos discours ne

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me paraît pas sincère. Soyez certain, de plus, c'est chose indubitable, que votre malheur présent n'est qu'un jeu près de celui qui \ous attend (1). »

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