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ET DE SON ORIGINE ORIENTALE

Voulez-vous être certain que toute celte prétendue institution de la Chevalerie, avec toute la symbolique romanesque qui s'y rattache, est d'origine hétérodoxe , prenez la Chronique du faux Turpin et vous y lirez au XIX^ chapitre :

« L'intention de Charlemagne était d'établir, dans la chrétienté, ti^oïs sièges apostoliques d'où dépendraient tous les autres. Le premier à Rome, sous la protection de l'apôtre saint Pierre ; le second en Galice sous la protection de l'apôtre saint Jacques et le troisième à Éphèse , sous la protection de saint jean l'Évangéliste ; de sorte que tous les différends qui auraient pu s'élever, soit à propos du dogme , soit à l'occasion de la discipline, dans les éghses inférieures eussent été portés et jugés à ces trois sièges principaux. »

Que serait alors devenue l'uniié catholique? Puis comment ne pas voir qu'il s'agit ici de partager l'autorité du pontife romain entre les hérétiques italiens, iloî/iei,, les hérétiques provençaux et espagnols , pèlerins de Saint- Jacques en Galice , et les chevaliers du Temple, palmier i„ dominant en Orient. {Voyez notre page 67, et JOH, TURPINI, Hist. de gestis Karoli Magni^ etc., ex Bibl. J. Reubei. Hanovriae, 1519.)

On trouvera également dans cette chronique que Roland est. porteur d'un cor au son puissant, figure de la prédication sectaire, et d'une épée, Durindana^ dont le nom rappelle l'Inde et la durée; que d'un dernier coup de ce glaive oriental il tranche le rocher, la pierre qui divise les frères et amis, la pierre de scandale ; que Charlemagne, vainqueur des mécréants, qui ne sont pas des Turcs, en livre un bon nombre aux flammes dans Sarragosse dont il a détruit les mosquées, et que plus de cent mille des sujets de Marsile (de Marsilia), sont faits vrais chrétiens (attendu, sans doute, qu'ils

n'ctniont avant que de faux chrétiens). Quant à la reine , veuve de IMarsile, l'Empereur veut qu'elle soit conduite en France pour y être convertie -par amour. En effet , l'épopée se termine par la conversion de Bramimonte, car tel est son nom, dont il est facile de faire règle ou loi de Bramah. Mais, quel est celui que cette princesse reçoit au baptême? On l'appelle Juliana, nom qui nous reporte au premier César, comme Bramah à l'Orient, source première de l'hérésie albigeoise et de celles qui en sont dérivées. On trouvera aisément l'étimologie de Ferragus, ce terrible magicien qui n'est vulnérable qu'au nombril et auquel Roland n'oppose qu'un bâton et des jnerres, jusqu'au moment où il parvient à lui donner la mort d'un coup de poignard bien appliqué à l'endroit fatal.

l'Ordène de chevalerie , poëme de cinq cents et quelques vers, écrit dans le dialecte picard, vers le commencement du xiit^ siècle, vous apprendra comment, en l'an 1187, l'ordre de Chevalerie fut donné à Saladin par Hugues de Tabarie, corruption de Tibériade; mythe se rattachant aux relations secrètes des Templiers et du Soudan. Tout cela est écrit d'un style naïf, parfumé d'orthodoxie.

Le roman de Lancelot du Lac, cité par Dante dans son Vidgare eloqidum, ceux dans lesquels figurent Gauvain, Perceval et ce Tristan de Léonais, qu'il place en enfer avec Paris, en ajoutant que l'amour les sépara de la vie malheureuse faite aux sectaires, VidiParis^ Tristano, che Amor di isoSTTx A. vit a dipartille, roulent tous sur les exploits de ces chevaliers Templistes, pour arriver à la vue du Saint- Graal, dont nous avons expliqué l'essence mystique et templière {Voir la note de notre page 39^). Il est donc inutile d'y revenir. Nous regrettons de n'avoir pu consulter VAvenliiroso Siciliano de Busone de Gubio, l'ami de Dante, qui, à n'en pas douter, fait allusion aux mystères de la secte, car l'une des filles de messer Gianni , compagnon de l'aventureux Sicilien, devient abbesse d'un couvent de dix vierges, sous le nom cabalistique de Sainte-Claire.

Quelque désir que nous ayons d'abréger et de concentrer dans un seul volume le résumé de matérieuxqui suffiraient à en remplir dix, nous ne saurions passer sous silence la Chanson des Saxons, par J. Bodel, publiée pour la première fois par Francisque Michel, chez Techner. Paris, 1839. Ce poëme qui commence après la catastrophe de Roncevaux, met en scène Guiieclin (Witikind), se rendant

maître de Cologne, d'où il emmène prisonnière la belle Hélissan. Or ce nom, dans lequel nous lisons Saint-Héii, sans beaucoup de difficulté, reproduit parfaitement ces deux mots si chers à Dante, El et Eli ou Héii {Voir nos pages 270 et 286.) Charlemagne vient camper sur la rive gauche du Txhin ; de l'autre côté du fleuve est le camp de Guiteclin. La belle Sébille (sibylle, magicienne, prophélesse), sa femme, a près d'elle, dans sa tente, la charmante Hélissan. Des signaiix sont établis d'un bord du fleuve à l'autre, entre celle-ci et Bérard de Montdidier {Mons desideni), son fiancé, puis entre la reine Sébille et Baudoin, neveu de Charlemagne. L'empereur favorise cette correspondance amoureuse, dans l'espoir d'amener la reine à la foi chrétienne, et c'est à quoi s'emploie de son mieux Hélissan. En efl'et, Sébille finit par se convertir après la mort de Guiteclin. Elle épouse Baudoin qui , après avoir exécuté force prouesses , couvert de l'armure des mécréants, finit par périr, victorieux qu'il est, dans un lieu écarté. A défaut de prêtre, il se communie lui-même avec trois herbes fraîches, au nom de la Trinité, après s'être tourné vers l'Orient. On peut voir, par celte esquisse rapide, que ce poëme mérite quelque attention.

Nous invitons les érudits espagnols à s'assurer, sur le texte de leur Romancero, si le Cid Campeador est bien le loyal guerrier qu'on s'est figuré jusqu'ici. Peut-être trouveront-ils la véritable signification de ce héros, qui refuse de se laisser lier les mains par son père, qui se prend d'un amour si pur et si constant pour Chimène, dont il tue le père, qui marie à contre-cœur ses filles aux comtes de (lardon, dont la brutalité s'exerce sur ces deux jeunes infortunées, etc., etc. ; leur attention devra se porter aussi sur l'histoire des sept infants de Lara et du bâtard Mudarra.

Mais nous ne saurions trop recommander aux savants allemands d'étudier, d'après nos indications, leur vieux poëme des iSicbelungen. Ils nous diront probablement ce que symbolise le jeune héros Siegfried, réunissant la force à la vaillance, vulnérable seulement par le dos, ayant, comme l'Angélique de l'Arioste, le don de se rendre invisible, et cela au moyen d'un chapeau dont il couvre sa tête, siège de la pensée. Ils nous apprendront quelle est cette fleur de perfec tion physique et morale ayant nom Chriemhild, dont s'éprend le jeune héros, et qui le paye d'un si tendre retour, en opposition avec la

terrible reine Brunhild, lançant d'énormes pierres auxquelles rien ne résiste; ce que signifie la querelle de ces (Idnwemesy dont Tune, Chriemhild, traitée de vassale par sa rivale, lui répond en l'appelant concubine ou prostituée, quoiqu'elle soit mariée bien légitimement. Enfin ils nous expliqueront à quoi peut faire allusion le changement subit opéré dans le rôle et la figure même de Chriemhild, devenue veuve par un lâche assassinat, et qui, n'ayant vécu jusque-là que d'amoi^r, ne respire plus que vengeance.

Enfin pour qu'on soit à même de remonter à l'origine de toutes ces fictions envahissant l'Europe, du midi au nord, de l'est à l'ouest, vers Tépoque de la première croisade, puis excitant une véritable fureur au moment précis où florissaient les plus illustres champions de la foi catholique, saint Bernard, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin, saint Anselme de Cantorbery, nous renverrons au Livre des rois (Shah-nameh) de Ferdoucy. Le héros de ce poëme dans lequel on remarque les circonstances les plus étranges et les plus piquantes des romans de chevalerie, s'appelle Rostam ou Rustem ; son cheval Rakushne le cède en rien, pour l'intelligence et les autres qualités, au Bayard de l'Ariosle. Le monarque persan au service duquel s'est voué Rostam, est tombé dans un piège tendu parles dragons-serpents qui ont pour maître le dragon blanc. Pour le délivrer, il lui faut surmonter sept obstacles et accomplir 5e/?Mravaux. Harassé de fatigue à la suite de ces épreuves, une jeune beauté délicieusement parée lui apparaît, après lui avoir fait servir des boissons exquises ; mais celle syrène n'est autre qu'un dragon -serpent, un ahriman déguisé, dont il conjure les charmes, en l'invitant, au nom du Ïrès-Haut, \q juste, le dispensateur de tout bien, maître de l'amour, à vider une coupe de vin. Le nom sacré du maître de l'Amour frappe de stupeur la magicienne, esprit de haine, qui devient noire et se transforme en vieille magicienne décrépite.

Le monarque persan , délivré avec ses compagnons, est resté privé de la vue ; mais Rostam combat le dragon blanc dans sa caverne, lui arrache le cœur, et son sang, dont il frotte les paupières du prince et de ses compagnons, rouvre leurs yeux à la lumière.

Alors le roi de Perse, qui sort de l'Enfer, ou à peu près, veut faire le voyage du Ciel. Il s'embarque à cet effet dans une espèce de nacelle que quatre aigles emportent dans les airs ; mais épuisé de fati-

gue, l'attelage laisse retomber l'aventureux monarque dans un affreux désert d'où il est encore tiré par Rostam ; tout cela entremêlé d'aventures, d'épisodes, de défis dans lesquels on retrouve les usages de 'a chevalerie, les épées ayant chacune leur nom, comme Durandalet Flamberge (de flamme) et jusqu'au blason aux symboles divers. Rien ensuite ne ressemble plus aux douze pairs de Charlemagne que les sept compagnons ou pairs de Rostam, prêts à défendre avec lui le roi envers et contre tous. Il n'est pas jusqu'à la belle Gurd-Afraid qui, vaillante guerrière, ne rappelle les Bradamante et les Clorinde.

Or ce poëme a été publié en 101 0, ainsi bien antérieurement aux premières épopées chevaleresques. (Voy. Tke Shah-namekof Firdausi^ translatedbyJ. Atkinson. London, 1832, et la traduction de M. Mohl.) D'un autre côté le poëme d'Antar, recueil de légendes remontant au Kahfe Aroun-al-Raschid, et réunies sous forme de roman par Etoul Moyyed, médecin et poète de l'Irak, qui le dédiait au visir de Zangui, en 1145 , nous offre le type de la chevalerie errante. Antar est un héros qui se dévoue à la défense des dames et des faibles opprimés. Monté sur son bon cheval Abjer, il est toujours prêt à dégainer sa bonne épée Dkamy en s'écriant : Je suis celui qui aime Ibla. En récompense de ses prouesses, le roi Zoheir lui donne le surnom ô! Aboulfaiiris^ père des chevaliers. Né esclave, Antar s'élève graduellement, à force de courage, de vertus et de talents poétiques, en sortant triomphant de toutes les épreuves physiques et morales, au rang des plus hauts chefs arabes ; il obtient celle qu'il aime et le roi Zoheir, aïeul de sa dame, lui donne le baiser d'honneur. On a remarqué que, dans le poëme d'Antar, Dieu est toujours désigné par une périphrase exprimant vaguement la toute -puissance du créateur. Dante nous a suffisamment mis en garde contre une pareille manière de procéder; aussi, pour nous, l'auteur persan est-il, rien qu'à ce signe caractéristique, un dissident au miheu des croyants de l'Islam et un partisan de l'ancienne rehgion nationale (1).

(1) Voy. Antar, a bedoueen romance^ tvanslated froni the arable by Teirick Hamilton, London 1820. ^«^ar, par M. Reynaud, Encyclop. des gens du monde, t, II. Fragment d^ Antar, par Caussin de Pevcevsl, Journal nsiatiqt/e, août 1833. — • Id., par Cardin de Cardone, ibid., mars \Sdk.— Lettre sur Antar, par Perron à

Que l'on compare les divers ouvrages que nous venons de citer avec les épopées chevaleresques des divers cycles, il sera bien difficile de ne pas reconnaître entre eux une extrême affinité et, par suite, de se refuser à croire que l'Orient a fourni tout h la fois à l'Occident et ses doctrines mystiques et les fictions propres à les voiler. Nous avons indiqué dans notre précis historique comment s'était opérée cette transmission à l'aide des relations multipliées de peuple à peuple par le commerce et par la guerre.

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