LANGAGE SECRET DES SECTAIRES
Seul, l'opuscule cabalistique intitulé Vie Nouvelle, suffirait pour établir qu'il existait en 1300 une langue convenue clans les rangs de l'opposition révolutionnaire, qui s'attaquait tout à la fois à l'ordre politique et à l'ordre religieux ; en effet, on n'écrit point de ce style, avec ces images et ces formules, en s'adressant, de son aveu, aux esprits iiitelligents, sans être certain d'avoir bon nombre de lecteurs pour lesquels aucune de ces paroles si artificieusement disposées ne sera une lettre morte. Nous verrons que cette méthode n'est pas nouvelle , qu'elle a été non-seulement le résultat de la nécessité , car la compression engendre fatalement la ruse et la subtilité, mais que, dès les premiers temps de l'Église , il était de précepte, pour ceux qui se séparaient d'elle, de ne pas laisser apparaître le schisme ou l'hérésie, de cacher leur doctrine et de se donner même , au besoin , pour orthodoxes.
A l'époque dont nous nous occupons, où le rationalisme était en lutte contre la foi , l'esprit de révolte ou de réforme , comme on voudra l'appeler , contre le principe d'autorité , l'Église avait cru devoir recourir à des mesures d'une extrême rigueur pour effrayer les dissidents et avoir à punir moins de coupables. Les châtiments les plus terribles avaient été prononcés successivement , par bulles et décrets, mais surtout par les conciles de Melun et de Béziers en 1221, d'Arles en 1234, de Narbonne n 1236. Quiconque était condamné