Fioretti di 8. Francesco, Ch. 21 et
et suiv.) ; c'est un « prince >>, un << archimandrite >> (3, XI, 99), et un puissant « paladin >> (3, XII, 142). Mais sous cette attitude un peu trop hiératique pour notre goût, et que commandait le culte oJB&ciellement rendu dès lors au saint, au thaumaturge, Dante a parfaitement exprimé les traits essentiels de cette figure : c'est d'abord son amour pour la pauvreté, qui fut toute sa vocation, toute sa science, et c'est ensuit^ le parfum de joie que dégagea cet apostolat d'humilitél et de charité. Le poète a prêté à cet aspect capitaq du caractère de François des couleurs romanesques qui en font ressortir la spontanéité juvénile et passionnée : la pauvreté est sa << Dame >>, une dame pour laquelle il a lutté, souffert, sacrifié toute autre affection, une dame qui, unie jadis à un premier mari, Jésus, était montée sur la croix avec lui, et depuis n'avait plus essuyé que des dédains ; or telle fut rhar-|| monie qui régna entre ces parfaits amants, telle leur'i joie, telle la beauté charmante de l'épouse, qu'aussitôt des admirateurs, des amis inconnus la veille quittèrent tout pour suivre ce couple bienheureux (3, XI, 58-84). Lorsque François mourut, ayant fait approuver par deux papes la règle de son ordre (91-99), et après avoir reçu les stigmates dans la solitude de la Verna (106-108), il recommanda à ses frères la dame qui lui ayait été si chère, et leur prescrivit de lui vouer un amour fidèle (112-114); après quoi Dieu l'appela à jouir de la béatitude éternelle qu'il avait méritée << pour s'être fait humble et petit » (V. 111).
L'esprit de pauvreté, la joie d'être faible afin que les grandes œuvres accomplies par la seule imitation du divin modèle proclament mieux la puissance de Dieu, l'amour de l'humanité, fût- elle pécheresse — ca;
il faut aimer pour convertir^ — et l'amour de la nature, maudite à tort par les ascètes des siècles antérieurs, car elle est l'œuvre de Dieu, et toute la création nous invite à chanter les louanges de son créateur^, tels sont les traits du christianisme franciscain qui ont fait sur l'âme de Dante une impression profonde, et décisive, que rien ne devait effacer. Dans cette formule de la perfection chrétienne, le poète trouvait à la fois l'esprit vivifiant de l'Évangile et la condamnation des ambitions et des calculs où se fourvoyait l'Église de son temps. En glorifiant saint François comme il l'a fait, il traduisait son admiration pour le grand imitateur du Christ, et par contre-coup il vitupérait les papes, persécuteurs des frères << spirituels >>, c'està-dire de ceux, parmi les franciscains, qui s'appliquaient à observer dans toute sa rigueur la règle du maître, tandis que les << conventuels >>, bien vus des autorités ecclésiastiques, se laissaient insensiblement gagner par les préoccupations mondaines, qui viciaient partout la vie religieuse. Aussi le poète observe-t-il aveo mélancolie que la << famille >> de saint François, comme celle de saint Dominique, en était venue à suivre à rebours les traces de son père : << la pointe du pied s'appuie sur la marque du talon >> (3, XII, 115-117).
Toutefois il est impossible de passer sous silence un détail assez surprenant. Dante semble faire pe er également sur les deux portions de la famille franciscaine la responsabilité de ces erreurs : << Les uns, dit-il, esquivent la règle, et les autres la resserrent >> (126),
1. On lira dans les Fioretti (ch. 26) l'histoire des brigands qui saint François fait porter toute la collecte d'une journée.
I 2. C'est le thème du célèbre Canticus creaturarum attribué à isaint François.
oomme s'il eût été possible de renchérir sur Tesprit de pauvreté absolue et d'humilité parfaite qui fut celui de saint François ! Pour comprendre cette attitude du poète, on doit se rappeler que les résistances des Spirituels les entraînèrent parfois à des violences de langage qui parurent mettre en péril la discipline ecclésiastique et qui furent condamnées comme hérétiques^ : or on a vu avec quel soin Dante s'est gardé de toute adhésion à une idée soupçonnée de porter atteinte à la pureté de la foi et à l'unité de l'Église.
Dans le ciel du Soleil, où Dante a fait retentir les louanges de saint Dominique et de saint François, les âmes des élus apparues à Béatrice et au poète forment deux cercles concentriques, deux couronnes lumineuses. Ces deux séries de docteurs correspondent aux deux grands courants qui s'étaient partagé la pensée théologique et philosophique du moyen âge, les mystiques — c'est de leur groupe que s'élève la voix de saint Bonaventure — et les aristotéliciens, au nom desquels parle saint Thomas. Les juges les mieux informés ont fait ressortir la connaissance très précise et très sûre de l'œuvre de ces théologiens dont témoigne la classification adoptée par Dante^.
Les mystiques continuaient la tradition la plus ancienne, celle des néo-platoniciens et des Pères, de