AVANT-PROPOS. VII
altérée. Mais j'entends bien conduire le lecteur à la contemplation directe de la synthèse toujours vivante réalisée par Dante dans son œuvre; n'essayons pas de nous substituer à lui : la Divine Comédie n'est pas inabordable, pour peu qu'on fasse quelques études préliminaires. Ce livre voudrait justement lui amener des lecteurs plus nombreux et mieux renseignés.
La méthode adoptée ici consiste à faire parler Dante le plus souvent possible, en n'ajoutant à ce qu'il nous dit lui-même que le minimum d'explications nécessaires. On l'envisagera, en premier heu, par les côtés les plus extérieurs, dans ce « miheu historique » d'où est sortie sa génération, et dont les reflets colorent si vivement maintes pages de son œuvre ; puis on abordera « l'homme », dans sa personnahté d'amoureux, de citoyen, de savant, de poète ; alors seulement on pénétrera dans le sanctuaire de la « Divine Comédie », en examinant d'abord les matériaux mis en œuvre et les proportions de l'édifice, pour arriver ensuite à^la pensée intime de l'artiste et à ses moyens [d'expression.
De ces trois parties, la première seule exige sans doute quelques exphcations complémentaires.
Par « miheu historique » je n'entends pas
Vm AVANT-PROPOS.
l'ensemble des événements dont l'Italie fut le théâtre pendant les deux siècles qui précédèrent la naissance de Dante. Ce qui importe ici, plus que les faits, c'est l'écho qu'ils ont laissé dans l'esprit du poète ; c'est aussi le mouvement d'idées poHtiques, rehgieuses, philosophiques, Httéraires qui contribuèrent à façonner sa personnaHté. Tout cela, il nous suffit de l'apercevoir à travers l'œuvre de celui qui fut le plus éloquent interprète de sa génération. Il m' arrivera donc de passer sous silence tel événement qu'un historien jugerait capital, mais qui ne semble pas avoir laissé de trace appréciable dans la pensée de Dante ; inversement, je m'arrêterai sur des détails que le même historien tiendrait pour néghgeables, mais qui ont produit une impression profonde sur l'imagination du poète. L'essentiel est d'habituer le lecteur à considérer la vie de c4 lointain passé « avec les yeux d'un contem porain de Dante » ; il s'agit de « refaire ei nous par une analyse attentive et patiente k conscience de cette époque » (1). C'est don( avec la Divine Comédie elle-même, et accès soirement avec les vieilles chroniques, biei
1. Je suis heureux de citer ces expressions de M. Barbi, qt a exprimé sur ce sujet quelques vues fort judicieuses, entièn ment d'accord avec le but que je me suis proposé {Bull. Sot Dant, N. s., t. XI, p. 2).