‹ Dante, introduction a l'étude de la Divine ComédieChapitre 23 sur 71 · DANS LA FORÊT OBSCURE · texte numérisé non relu

DANS LA FORÊT OBSCURE

Après la mort de Béatrice et la composition de la Vita Nuova, Dante se trouva engagé dans une existence très active, très remplie, que plus tard il considérait comme l'ayant éloigné de la voie du salut éternel, auquel devrait tendre constamment toute la vie humaine ; c'est la << forêt obscure >> où les premiers vers de son grand poème nous le montrent égaré, vers l'année 1300. Par cette image fameuse, il a voulu sans doute représenter le péché ; mais pour bien comprendre ici ce mot, il convient de lui donner son sens le plus large, celui où ne peut manquer de le prendre un théologien rigide : c'est tout ce qui n'est pas Dieu, ou n'est pas inspiré par Dieu seul et par le souci d'affermir son règne dans le monde; c'est donc tout ce qui nous distrait et nous détourne de ce but unique, tout ce qui nous attache d'un lien trop aimé à la terre. Parmi ces préoccupations terrestres, il en est de différents ordres ; quelques-unes ont leur origine dans la part très importante que Dante prit à la politique florentine, et qui le jeta en pleine mêlée des partis, lui ôtant

la direction sereine de ses pensées et de ses actes, jusqu'au jour où, misérablement échoué loin du port, il put contempler avec effroi les mille dangers auxquels il avait échappé par miracle (1, I, 22-27) ; d'autres sont d'ordre littéraire et scientifique; plusieurs enfin concernent sa vie privée. C'est encore le poète lui-même qui va nous servir de guide à travers les sentiers tortueux où il s'égara.

Au sommet du Purgatoire, au milieu de la divine forêt du Paradis terrestre, aussitôt après la glorieuse apparition de Béatrice, se place une scène dont l'intérêt purement humain tranche sur les splendeurs surnaturelles et les allégories apocalyptiques qui l'encadrent: ce sont les reproches de Béatrice et la confession de Dante. Inflexible comme une justicière, la dame du poète se tient debout sur son char, voilée encore, et c'est aux anges, témoins émus de l'entretien, qu'elle s'adresse d'abord pour expliquer la sévérité de son attitude : << Cet homme, dit-elle en substance, avait reçu du ciel les plus heureux dons ; jamais on ne vit tant de promesses en un adolescent^. Mais le meilleur terrain, s'il n'est pas cultivé, et s'il reçoit de mauvaises semences, est celui qui se couvre des broussailles les plus épaisses. D'abord ma beauté lui servit de guide: rien qu'à contempler mes jeunes yeux, il se laissa conduire dans le droit chemin. Mais aussitôt que j'eus franchi le seuil de ma seconde vie, il se détourna de moi pour se donner à d'autres ; passée de la vie de la chair à celle de l'esprit, devenue plus belle et plus bienfaisante, je commençai à lui être moins chère ; il s'engagea dans la voie de l'erreur et poursuivit de trompeuses chimères, qui ne tiennent aucune de lei

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