Ndla sua vita nuova » (2, XXX
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décevantes promesses. Vainement je lui obtins des inspirations par lesquelles, en songe ou autrement, je le rappelai à moi ; il n'en tint aucun compte, et tomba si bas qu'une seule ressource me restait pour assurer son salut : lui faire visiter le séjour de la damnation >> (2, XXX, 109-138). Alors seulement elle se tourne vers Dante et l'interroge : tout cela n'est-il pas vrai? Et le poète répond si, très bas, si bas qu'on le devine au mouvement de ses lèVres plutôt qu'on ne l'entend. Cela ne suffit pas ; il doit avouer plus explicitement ses fautes, et Dante de dire : << Les choses de la terre, avec leurs séductions trompeuses, ont détourné mes pas aussitôt que votre beauté se fut retirée de nous >> (2, XXXI, 34-36). Béatrice alors, pour rendre son repentir plus cuisant, lui explique qu'aucun autre objet mortel n'était capable de renouveler en lui les joies que lui avait values son premier, son seul amour : << Tu devais, à la première flèche décochée par les séductions des choses périssables, élever ton âme vers le ciel et vers moi, qui ne suis plus sujette à la mort ; rien n'aurait dû te faire abaisser ton vol pour t'exposer à de nouveaux coups, par l'appât de quelque femmelette ou de toute autre vanité destinée à ne pas durer >> (55-60). Puis par une exclamation toute familière : « Lève ton menton barbu! >> (68), elle fait entendre au poète qu'il n'est plus un enfant, mais un homme, et qu'ildoit comprendre toute l'absurditéde sa conduite ; et Dante, terrassé par le remords, tombe sans con-K naissance.
L'intérêt dramatique de la scène n'échappe à aucun des lecteurs de la Divine Comédie ; la moindre réflexion suffit également pour sentir la noblesse morale de cette confession volontaire du poète qui, au moment où si il convie les hommes, ses frères, à la repentance et à
la conversion, prêche d'exemple et, en toute candeur, expose sans ménagements ses propres défaillances. L'embarras commence lorsque le biographe essaie de dégager de cette confession quelque fait précis : en quoi consiste cette trahison que Béatrice reproche à Dante et que celui-ci avoue? Autant les reproches sont clairs quant à la réalité de la faute et à son appréciation morale, autant ils demeurent vagues en ce qu; concerne la nature de cette faute. Toute la difficulté réside dans l'interprétation des paroles placées dam la bouche de Béatrice. Telle déclaration, comme celle où il est dit que Dante << tomba si bas qu'il ne restait plus qu'une ressource pour l'arracher au péché >>, doit être accueillie avec prudence : il n'en faudrait pas conclure que le poète mena une vie entièrement déréglée, et s'abandonna au plaisir sans aucune retenue. L'homme qui écrivait ces vers aux approches de la cinquantaine, et qui les faisait prononcer par la pureté en personne, était un converti, qui jugeait sans complaisance ses erreurs de jeunesse ; il a dû forcer la note plutôt qu'il ne l'a atténuée.
D'autre part, quelques critiques italiens, animés à l'égard du grand poète d'une admiration qui va jusqu'au culte, et habitués à interpréter allégoriquement ses moindres paroles, s'efforcent de réduire au minimum l'aveu qu'il a cru devoir faire d'une faute ; à les en croire ,son erreur ne saurait avoir été qu'intellectuelle. Béatrice, nous explique-t-on, est le symbole d la théologie, de la science divinement révélée ; c'étai donc lui être infidèle que de suivre avec trop d'enthoi] siasme les leçons d'une sagesse purement humaine, 1 philosophie, qui le détourna peut-être des sentiers d la foi. L'avantage de cette théorie est de s'appuyer su l'allégorie de la «dame compatissante >>, telle que Dant
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Ta exposée dans son Banquet; elle tire d'ailleurs un afdroit parti de l'étude passionnée des écrivains anciens, des commentateurs d'Aristote, des astronomes, etc. que Dante entreprit en effet après l'achèvement de la Vita Nuova, et dont ses ouvrages suivants portent un témoignage éloquent.
Malheureusement le problème ne s'accommode pas d'une solution aussi simple. Écartons d'abord le scrupule infiniment respectable de ceux qui voudraient que la pure figuriedupoète ne fût effleurée par le soupçon d'aucune souillure ; faut-il leur rappeler que le mot << conversion >> n'aurait aucun sens s'il n'impliquait un changement radical dans la conscience et dans la vie du chrétien? Tous les apôtres etles grands saints — un saint Paul, un saint Augustin — ont eu leur conversion, avant laquelle ils n'étaient certes pas ce qu'ils devinrent ensuite, et ce serait, en fin de compte, rendre à leur physionomie un bien mauvais service que de trop vouloir en effacer ce qu'elle a de commun avec l'humanité moyenne. Quant à prétendre assimiler la confession du Paradis terrestre avec l'allégorie de la Philosophie dans le Banquet, c'est une entreprise désespérée ; car, dans ce dernier ouvrage, Dante se glorifie hautement de ses études philosophiques et son but même, en l'écrivant, était de se réhabiliter, aux yeux de ses compatriotes, en exposant les trésorsde science qu'il avait accumulés. Dira-t-on que le Banquet appartient à la période d'égarement, tandis que la Divine Comédie a suivi la conversion? Les dates, comme on le verra, s'y opposent; d'ailleurs les études annoncées par le poète dès la fin de la Vita Nuova (XLIII), pour se mettre en mesure d'élever à Béatrice un monument digne d'elle, sont sûrement des lectures philosophiques, par lesquelles il se préparait à son
grand poème. Prêter à la crise morale que traversa Dante le caractère d'un conflit entre la philosophie et la religion, entre la science et la foi, c'est commettre un grave anachronisme : pour le poète, il n'y avait pas antinomie entre ces termes, et sa Divine Comédie, œuvre de foi par excellence, suppose une culture scientifique plus étendue encore que le Banquet.
Si allégorisé que soit, dans le poème, le personnage de Béatrice, il conserve cependant quelques trail humains qui rappellent la Bice de la Vita Nuova, ej nulle part cela n'est plus sensible que dans la scèn< du Paradis terrestre : lorsque sa dame descend di ciel, sous une pluie de fleurs et au milieu de concerts angéliques, Dante reconnaît aussitôt << la grande puissance de son ancien amour >> (2, XXX, 39) ; il s'entend dire : << Tu ne te trompes pas ; regarde ; je suis bien Béatrice >> (v. 73), et elle est si bien femme alors, et non symbole, qu'elle met une nuance de jalousie, presque de dépit, dans ses reproches : son poète << s'est retiré d'elle pour se donner à une autre >> (v. 126), grief qui reparaît précisé, lorsqu'elle fait allusion à une << femmelette^ >> par laquelle Dante se serait trop laissé charmer. On se sent ici dans le domaine de la vie réelle, et non de l'adstraction; l'allusion à un nouvel amoui est trop claire pour qu'on puisse y fermer absolumen les yeux. Abmettra-t-on cependant que le poète en s'exprimant comme il l'a fait, n'ait eu en vue qu'un intrigue amoureuse déterminée? Il se peut ; mais i cette interprétation, trop étroitement littérale cett fois, on en préférera sans doute une un peu plus large Dante aura voulu condamner tout un ensemble d goûts et d'occupations que, d'unmot, l'on peut appelé!