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petit coin de terre où s'élevait << son beau Saint- Jean t^, << la chère bergerie où il avait dormi agneau... >>.
Nous sommes insuffisamment renseignés sur les étapes de l'exilé pendant les huit années qui lui restèrent à vivre après la mort d'Henri VII. Ce fut certainement dans la haute Italie qu'il se réfugia d'abord : le boulevard de la politique gibeline, dès lors tournée contre Kobert de Naples, était Vérone, où régnait Can Grande délia Scala, que Dante a glorifié pour sa valeur et son désintéressement (3, XVII, 76-90), et auquel il dédia son Paradis par une lettre, dont l'authenticité donne encore lieu à d'ardentes discussions.
Un autre ouvrage latin dont l'attribution à Dante, longtemps tenue pour suspecte, a trouvé récemment un défenseur résolu^, un traité de physique intitulé Quaestio de aqua et terra, nous apprendrait que le poète était encore à Vérone en janvier 1320, si nous avions bien là un résumé des thèses soutenues à cette date par Dante, dans une discussion publique ; mais cette donnée chronologique ne peut être admise qu'avec réserve. D'ailleurs rien ne nous oblige à penser que Dante se soit alors ûxê d'une façon durable à Vérone : si l'on en croit Boccace, assez bien renseigné sur cette partie de la vie du poète, celui-ci n'aurait pas attendu l'année 1320 pour faire choix de Kavenne et pour s'y établir avec plusieurs de ses enfants ; mais de Kavenne il put visiter plus d'une fois les villes de Romagne et de Vénétie, en sorte que ces diverses données ne sont pas inconciliables.
L'ancienne capitale de l'exarchat, si riche en monu-
1. Edward More, Studies in Dante, second séries ; Oxford, 1899. L'essai sur la Qtuiestio a paru en italien, à Bologne, la même année.
l'homme. 187
ments témoins des luttes suprêmes de l'empire romain, si propice au recueillement et à la méditation solitaire, avec ses horizons désolés et grandioses, avec la belle forêt de pins, aujourd'hui détruite, qui l'enveloppait du côté de la mer, et où Dante avait entendu le vent mugir de façon si caractéristique (2, XXVIII, 19-21), était une retraite qui pouvait plaire à cet exilé, avide de silence et de paix. Cependant il y fut sans doute attiré surtout par la protection et l'amitié d'un prince épris de poésie, Guido Novello da Polenta, politique plus effacé que Can Grande, mais auprès duquel, pour cette raison même, Dante devait trouver une hospitalité plus tranquille. D'autre part, la bienveillance que le tyran-poète de Ravenne témoigna à l'auteur de l'Enfer peut bien lui avoir été inspirée par l'épisode sublime qui immortalisait sa propre tante, Francesca, fille de Guido l'Ancien, que les combinaisons de la politique avaient donnée pour femme à un Malatesta de Rimini ; il est à peu près sûr que Guido Novello avait lu le chant V de l'Enfer, puisqu'il en a reproduit littéralement un vers dans une de ses poésies^. L'indulgence, souvent remarquée, avec laquelle Dante avait parlé de la faute de Françoise ne pouvait déplaire aux héritiers de la famille da Polenta.
Toujours est-il que l'exilé connut à Ravenne quelques mois ou quelques années de calme et de joies familiales, entre ses fils Pietro et Jacopo, sa fille Béatrice, et quelques amis, un notaire, un médecin, Florentins l'un et l'autre, dans la société desquels nous aimons à nous le figurer, aux heures de répit que lui laissait sa grande œuvre arrivée enfin à son terme. Sa réputation s'était répandue dans toute la région : un huma-