‹ Dante, introduction a l'étude de la Divine ComédieChapitre 37 sur 71 · Si che giammai da te non fia diviso ; comp. 1, V · texte numérisé non relu

Si che giammai da te non fia diviso ; comp. 1, V

niste bolonais, Giovanni del Virgilio, lui adressa une épître en vers latins, dans laquelle il exprimait le regret que Dante n'eût pas composé son poème en latin, et l'encourageait à entreprendre une véritable épopée, dans la langue de Virgile, grâce à laquelle il obtiendrait sûrement l'honneur suprême du couronnement. Dante repoussa cette invitation, mais avoua qu'il était disposé à ressusciter le genre bucolique ; et en effet les deux poèmes qu'il écrivit en réponse à Giovanni del Virgilio sont des églogues allégoriques. Il est fort intéressant de constater ainsi que Dante vieillissant inclinait peu à peu vers la poésie latine et l'inspiration classique, par une évolution qui devait s'accentuer encore, quelque trente ou quarante ans plus tard, chez Pétrarque.

Cette nouvelle entreprise de Dante ne fut pas poussée au delà de la seconde églogue : le 14 septembre 1321, au retour d'un rapide voyage à Venise, le poète mourut inopinément. Guido Novello, menacé de représailles au cours d'un différend avec la puissante république, avait dû se hâter de présenter des excuses par des ambassadeurs, au nombre desquels figurait l'auteur de la Divine Comédie ; on était au mois d'août, à l'époque où les régions marécageuses qu'il faut traverser sont le plus malsaines : il est probable que Dante y contracta des fièvres qui, en quelques jours, eurent raison de sa robuste constitution, frappée en pleine maturité, dans sa cinquante-sixième année.

Guido Novello tint à honneur de faire des obsèques dignes de lui au poète qui avait illustré son obscure seigneurie : il prononça lui-même son éloge et fit déposer ses restes dans une chapelle voisine de l'église San Francesco ; le mausolée qu'il se proposait de lui élever ne fut exécuté qu'en 1483, par Pietro Lombardi,

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sur l'ordre de Bernardo Bembo ; et depuis cette époque, la sépulture de Dante n'a cessé d'être l'objet d'un culte de la part des Italiens, d'un respect mêlé d'admiration de la part du monde civilisé.

Une dizaine d'années après la mort du poète, les Florentins s'avisèrent de réclamer les restes du grand citoyen qu'ils avaient méconnu, et leurs instances réitérées se firent plus particulièrement vives au xix® siècle ; les gens de Eavenne y répondirent invariablement : << Vous n'avez pas su le garder vivant, nous ne vous le restituerons pas mort. >> Et Dante repose très doucement à Eavenne, dans cette ville qui est elle-même un tombeau où dorment tant de gloires. D'ailleurs, selon la juste remarque qui a clos le litige entre les deux villes, la dépouille mortelle de Dante ne peut plus être tenue pour exilée depuis que l'Italie a réalisé son idéal séculaire de liberté et d'unité nationale. Ajoutons qu'il ne serait plus exilé même si la fatalité avait porté ses restes hors d'Italie, car aujourd'hui l'humanité entière le réclame, comme un des interprètes les plus puissants des sentiments, des rêves et des aspirations qui font toujours battre son cœur et charment sa pensée, par la recherche de la vérité, par la contemplation de l'éternelle beauté.

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