Comparer 2® ép. aux Corinthiens, XII
dont il s'est acquitté, son ascension est aussi naturelle que la chute d'une cascade du haut des montagnes, ou la montée de la flamme vers le ciel (v. 103-142).
Et voici un autre prodige : Béatrice et Dante arrivent dans la Lune. Il faut comprendre qu'ils pénètrent dans la matière même de l'astre, que le poète imagine comme impalpable et diaphane : << L'éternelle perle du ciel nous reçut dans sa substance, comme l'eau livre passage au rayon de lumière, sans pourtant s'entr'ouvrir >> (II, 34-36). Dante a la sensation de se trouver au milieu d'un << nuage brillant, mais dense, solide, parfaitement uni, comme un diamant où se jouerait le soleil » (v. 31-33). C'est dans cette matière, dont la transparence est légèrement atténuée par une multitude de reflets, que le poète voit apparaître les premières âmes qu'il rencontre dans le Paradis.
L'idée de ces apparitions des élus dans les différents astres est une des inventions les plus curieuses de l'incomparable créateur de formes expressives que fut Dante ; elle est la clé de voûte de tout son Paradis. Car il est trop évident que les bienheureux ne peuvent résider que dans l'Empyrée, face à face avec Dieu, dont la vue est la condition même de leur béatitude ; mais si le poète s'était strictement conformé à cette donnée, le Paradis, réduit à une vision de la << Rose céleste >>, n'aurait formé qu'une sorte d'épilogue, une apothéose éblouissante, sans aucune proportion avec les deux parties précédentes, sans ces classifications, ces progressions, cette symétrie, qui consti tuent la loi fondamentale de toute son œuvre. Mai d'autre part, comment admettre des degrés dans 1î béatitude, laquelle doit être absolue, sous peine d< comporter une privation contraire à la notion même d(
Ibéatitude? Dante a trouvé chez saint Thomas la Idistinction subtile dont il avait ici besoin : les vertus let la charité des élus n'étant pas égales, ceux-ci doivent donc avoir aussi une capacité de béatitude différente^, mais chacun d'eux jouit de toute la féli- 3ité qu'il peut éprouver : il est impropre à en désirer 3t même à en concevoir davantage. Une âme, à laquelle le poète demande si elle n'aspire pas à s'élever à un 3chelon supérieur dans la hiérarchie paradisiaque, lui répond : « Notre bonheur est d'identifier nos désirs ivec la volonté de Dieu >> (III, 70-87).
Fort de cette théorie, Dante a supposé que les âmes pi occupent les degrés inférieurs de la Kose céleste — ies plus éloignés de Dieu — sont capables d'une [noindre béatitude : ce sont, comme on le verra, les enfants morts en bas âge. Mais cette distinction ellemême n'eût pas permis de réaliser un effet artistique 3t didactique suffisant, car ici la rétribution des nérites doit avoir un caractère nettement personnel : 3lle correspond au degré de charité dont chaque âme 2st capable, et par conséquent ne se prête pas à ces classifications très générales et très simples, qui se gravent aisément dans l'esprit, et qui étaient indispensables à la conception dantesque. C'est alors que ^e poète eut l'idée de prêter aux âmes la faculté l'apparaître, dans les diverses sphères célestes, depuis a plus basse jusqu'à la plus haute, sans qu'elles doivent 30ur cela quitter leur séjour de gloire et de féliciLé. << C'est là, explique Béatrice, une disposition nécessaire 30ur frapper vos intelligences peu ouvertes aux n} stères divins ; à des créatures esclaves des sens, r 1 faut parler un langage sensible » (IV, 40-48). Béatrice ''